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S&P voit l'avenir en rose pour la zone euro
La propagation du nouveau variant Delta sur le sol britannique et son arrivée progressive sur le Vieux Continent n'a pour le moment pas affecté le moral des entreprises et consommateurs européens, comme en témoigne la publication des enquêtes PMI hier, à un plus haut historique. Et les prévisionnistes sont donc nombreux ces dernières semaines à revoir leurs anticipations de croissance à la hausse. C'est le cas de S&P qui a dévoilé aujourd'hui ses nouveaux chiffres de croissance pour la zone euro. L'agence de notation prévoit ainsi une hausse du PIB de 4,4% pour 2021, contre 4,2% précédemment anticipés, et une croissance de 4,5% l'an prochain contre 4,4% initialement. Quels sont les facteurs qui ont poussé l'agence à se montrer plus optimiste ?
Le redémarrage de la consommation sera la clef de la reprise selon S&P, alors que l'accélération de la campagne de vaccination et le déconfinement qui en a découlé ont permis la réouverture de la plupart des boutiques et lieux de sortie. Grâce aux mesures de soutien, tels que le chômage partiel, le revenu des ménages de la zone euro a progressé de 0,17% l'an dernier, malgré une chute du PIB de 6,5%. Du coup, à la différence d'autres crises, les ménages n'auront pas besoin de puiser dans leurs bas de laine pour se remettre à consommer, explique l'agence, qui estime que l'épargne devrait retrouver ses niveaux pré Covid d'ici la fin de l'année. L'épargne accumulée pendant la crise représente 12% du revenu disponible des ménages, selon les estimations de S&P, soit 300 milliards d'euros et ces réserves ont continué de progresser au premier semestre 2021. "S'il est difficile d'estimer comment ces montants mis de côté seront dépensés et à quel rythme, l'excès d'épargne représente clairement un facteur de révision à la hausse de nos prévisions", poursuit l'agence.
Le marché de l'emploi va également reprendre des couleurs
L'industrie ne sera plus le principal moteur de la croissance, comme cela était le cas dès le second semestre de l'an dernier et en première partie d'année, lorsque les services étaient encore verrouillés du fait du confinement. Toutefois, le secteur secondaire continuera d'alimenter la reprise. D'une part parce que les perspectives de la demande mondiale devraient poursuivre leur amélioration, avec l'accélération de la croissance chinoise et américaine. Ensuite parce que cette hausse de la demande devrait stimuler l'investissement (les capacités d'utilisation ont déjà retrouvé leur niveau pré-Covid). Enfin parce que les pouvoirs publics européens se sont engagés à accroître sensiblement les investissements publics dans les deux prochaines années, encourageant les entreprises à faire de même.
Ce contexte d'accélération de l'économie européenne devrait naturellement profiter au marché de l'emploi : S&P a donc également revu à la hausse ses prévisions dans le domaine, et estime que le taux de chômage en zone euro devrait retrouver son niveau pré-Covid d'ici la seconde moitié de l'an prochain, soit un an plus tôt que ce qu'elle prévoyait initialement. Seule 2% de la population bénéficiait encore du système de chômage partiel lors du troisième confinement, ce qui signifie que la sortie progressive de ces politiques de soutien n'aura pas un impact catastrophique sur l'emploi, justifie S&P. Qui estime qu'avec la forte reprise, les entreprises vont également devoir gonfler leurs effectifs. Cette amélioration du marché de l'emploi ne devrait pas pour autant se traduire par de fortes pressions salariales, à la différence des USA où les entreprises ont du mal à recruter et sont donc obligées de faire monter les enchères. Selon l'agence de notation, l'inflation devrait donc atteindre 1,6% seulement à l'horizon 2024.
Une politique européenne coordonnée qui facilitera la reprise
Mais le principal élément qui a conduit l'agence à revoir ses prévisions est la certitude désormais que le fonds de relance européen sera opérationnel dès cette année, tous les obstacles politiques à sa mise en œuvre ayant été levés. La taille des montants qui seront versés aux États permettra ainsi de combler l'écart de croissance potentielle d'ici 2024. NextGeneration EU devrait apporter entre 1,3% et 3,9% de croissance à la zone euro ces cinq prochaines années, estime S&P. Sachant que ce plan devrait particulièrement bénéficier aux États les plus impactés par la covid -Espagne, Italie, Grèce et Portugal- réduisant de fait le risque de fracturation de la zone euro. Par ailleurs, la mise en œuvre de ce plan de relance devrait marquer un changement de paradigme dans les politiques de soutien des États : ces derniers devraient passer d'un soutien d'urgence principalement orienté vers le consommateur, à une politique de relance de long terme avec des programmes d'investissement d'envergure destinés à digitaliser et verdir leur économie.
Dans le même temps, la BCE devrait maintenir des conditions monétaires très accommodantes, avec une poursuite de ses achats de titres jusque 2023, selon S&P, et aucune hausse des taux avant fin 2024. Ce qui devrait également favoriser la reprise économique ces deux à trois prochaines années. L'agence de notation a donc décidé de voir le verre à moitié plein, et ne cite comme facteur de révision à la baisse que les nouveaux variants du virus ou un resserrement monétaire prématuré aux USA qui contaminerait le Vieux Continent via un mouvement de hausse des taux. En dehors de ça, tous les indicateurs sont au vert !
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