Professions financières / Banques / Assurance / taux négatifs
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Banques / Assurance / taux négatifs
Le système financier français encore soumis à des risques élevés
Comme tous les semestres, la Banque de France a dévoilé hier matin un panorama des risques pour le système financier français, destiné à dresser la liste des vulnérabilités auxquelles banques et assureurs pourraient être confrontées à moyen long terme. À l’aune de la sortie de crise sanitaire, le ton adopté par l’institution demeure prudent : les dangers que les banques et assureurs de l’Hexagone pourraient affronter se sont stabilisés, mais à un niveau élevé. La matrice mise au point par la Banque de France pour résumer la situation décrit ainsi cinq types de risques pour le système financier, dont trois considérés comme "très élevés mais stables". Figurent dans cette première catégorie l’exposition des banques et assureurs à l’endettement élevé et croissant des acteurs économiques, la valorisation importante des marchés qui pourrait entraîner des contraintes en termes de liquidités et enfin la faible rentabilité des banques en raison de la faiblesse des taux d’intérêt, entraînant pour les assureurs des contraintes de gestion actifs/passifs. La transformation numérique et les cyber-menaces représentent par ailleurs un "risque élevé et en hausse" pour les acteurs financiers tandis que l’exposition au changement climatique constitue elle aussi une "vulnérabilité importante" pour le système financier sur le long terme, mais sans changement par rapport au dernier rapport.
Parmi ces cinq fortes vulnérabilités, la Banque de France accorde notamment une large place au risque de taux, considéré comme très élevé donc, pointant du doigt à la fois la faiblesse actuelle des taux d’intérêt, et les dangers qu’une hausse rapide pourrait au contraire engendrer pour les assureurs. "Du fait de leur métier principal de transformation de maturités, les revenus des banques commerciales reposent largement sur la marge nette d’intérêt (MNI), définie comme la différence entre les revenus d’intérêts perçus sur leurs actifs et les charges d’intérêts à verser pour rémunération de leurs ressources", commente ainsi la BdF. En France, cette marge représente tout de même la moitié du produit net bancaire. Or, la persistance de taux bas a entraîné l’érosion des revenus d’intérêts alors qu’en parallèle, les excès de liquidités placés auprès de la BCE sont soumis à des taux négatifs depuis 2014. Et ces effets négatifs ne sont que partiellement compensés par la production abondante de crédit liée à la politique très accommodante de la BCE ainsi que par le mécanisme de tiering instauré en 2019 par Francfort. Rappelons que depuis octobre 2019, la BCE permet aux banques qu’une partie de leurs réserves ne soit pas pénalisée par le taux de dépôt, actuellement situé à -0,5 %.
Sans surprise, cette faiblesse des taux affecte également les assureurs dont le taux de rendement moyen est passé de 3,5 % à 2,6 % entre 2013 et 2019. Et, selon les calculs de la BdF cette baisse du taux de rendement pourrait se poursuivre à un rythme d’environ -15 points de base par an, alors que la BCE devrait maintenir ses taux directeurs au niveau actuel ces deux prochaines années. Par ailleurs, si les assureurs ont accumulé des réserves par le passé pour leur permettre de disposer de fonds propres suffisants d’un point de vue réglementaire (244 % de surplus de fonds propres fin 2020), la faiblesse persistante des taux pourrait affecter leur solvabilité sur le long terme. Enfin la faiblesse des taux affecte le ratio de couverture des assureurs (passifs/actifs), via la valorisation du bilan prudentiel, passé de 243 % à 214 % entre le T3 2018 et le T3 2019.
Quel serait néanmoins l’impact pour le système financier d’une hausse soudaine des taux d’intérêt à l’image du mouvement de remontée rapide des taux l’hiver dernier, par effet de contagion avec les États-Unis ? Selon la BdF, le risque de taux est relativement bien encadré par la réglementation de Bâle pour les banques et celle de Solvabilité 2 dans le cas des assureurs. Selon le dernier reporting trimestriel des banques concernant leur exposition au risque de taux, un scenario de choc adverse améliorerait leur marge nette d’intérêts et une hausse importante de leurs revenus. En revanche, les assureurs seraient négativement impactés si les taux remontaient brusquement, "en raison de l’inertie de leurs engagements ", estime la BdF. Les assureurs français pourraient ainsi se retrouver confrontés au risque de rachats massifs à leur passif et à la concurrence de nouveaux acteurs entrant sur le marché à ce moment-là, présentant des produits plus rémunérateurs. Un choc de taux aurait également un impact conséquent sur la valorisation de marché des actifs des assureurs vie, d’autant qu’ils sont principalement investis en placements obligataires et que la maturité des actifs est très élevée. Fort heureusement pour les assureurs, dans un tel cas de figure, qui nécessiterait pour eux de vendre rapidement des actifs pour honorer leurs engagements, leur taux de liquidité est important (supérieur à 50 %). Un choc de taux abrupt contribuerait donc négativement au rendement des assureurs, mais ceux-ci pourraient néanmoins y faire face puisqu’ils détiennent des titres facilement convertibles en liquidités.
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