Feuilleton de l'été / Orange / télécom
Feuilleton de l'été
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Ils et elles feront le monde d'après - Aliette Mousnier-Lompré
Aliette Mousnier-Lompré importe l’art du contre-pied chez Orange. Au sens propre comme au figuré. Âgée de 38 ans, la directrice des opérations et services clients de la division entreprises ("Business Services") chez Orange a souvent créé la surprise.
Alors que les diplômés de l’enseignement supérieur sont plutôt rares dans le milieu du football professionnel, Aliette Mousnier-Lompré a mené de front Sciences Po Paris et une carrière de haut niveau au Paris Saint-Germain. C’est d’ailleurs son amour pour le ballon rond qui l’a conduite rue Saint-Guillaume : "Je savais qu’une classe préparatoire n’était pas compatible avec le football de haut niveau. J’ai choisi de tenter Sciences Po alors que je suis plutôt une scientifique à l’origine", s’amuse-t-elle.
Ironie du sort, Aliette Mousnier-Lompré, qui n’est "pas particulièrement geek", se retrouve désormais entourée… d’ingénieurs. Mais elle a fait de cette différence un atout. "J’ai toujours travaillé dans des environnements très techniques. Mais je n’essaye surtout pas de prétendre avoir des compétences de pointe. Ma valeur ajoutée est de bâtir des ponts entre différents mondes : parce que quand vous êtes entourés d’experts techniques, vous pouvez perdre de vue le client et les enjeux pour l’activité et les salariés", analyse-t-elle.
Cette qualité d’ambassadrice explique en partie pourquoi Aliette a été propulsée en 2016, après 5 ans dans des fonctions marketing puis trois comme cheffe de cabinet du directeur de l’innovation, du marketing et des technologies, directrice des réseaux internationaux (Global Enterprise Networks).
Une prédisposition ("j’ai grandi dans une famille de quatre enfants, dans laquelle j’étais toujours la médiatrice ; j'ai souvent été déléguée de classe…"), qu’elle a su faire fructifier grâce au football. "Lorsque l’on mène en parallèle une vie en entreprise et un sport d’équipe de haut niveau, on est habitué à chercher la performance, mais cela ne peut fonctionner que si les responsabilités sont très clairement définies et qu’avec des complémentarités très fortes. Dans un cas comme dans l’autre, on aborde la question de la diversité des compétences, la confiance et l’autonomie : le footballeur ne demande pas l’avis du coach avant de faire une passe ; une stratégie a été déterminée en amont, l’équipe s’est entraînée, mais chacun doit ensuite s’adapter aux circonstances pendant le match". Des responsabilités claires et l'autonomie. Précisément les raisons pour lesquelles Aliette a choisi Orange en début de carrière, un peu par hasard. "Mon premier contact avec Orange s’est fait à l’occasion d’un stage en 2005. Je me suis trouvé dans une équipe où l’ambiance était très agréable, où l’on m’a fait confiance et où l’on m’a donné des responsabilités. Je me suis très bien senti. Me sentir bien dans l’équipe avec des collègues qui se sentent bien est un levier de motivation", raconte-t-elle.
Accompagner les changements
Le tempérament d’Aliette Mousnier-Lompré a été rapidement mis à l’épreuve lorsqu’elle s’est retrouvée à la tête des réseaux internationaux d’Orange, à un moment charnière. "Le marché des télécoms était en pleine mutation, les réseaux télécoms se tournant de plus en plus vers les réseaux informatiques et les logiciels. Ce sont des ruptures majeures qui touchent les ingénieurs dans leur identité, qui leur donnent l’impression que leur expertise est remise en question. Ils peuvent avoir du mal à se projeter dans l’avenir ", analyse-t-elle.
Dans ces moments de bouleversement, la dirigeante, en capitaine d'équipe, veut emporter l'adhésion plutôt que de contraindre et préfère désamorcer les crises plutôt que provoquer des clashes. "L’enjeu est de donner une vision simple de ce qui se passe sur le marché et pour les parties prenantes, notamment nos clients. Il faut montrer aux équipes en quoi elles peuvent être utiles et quelle valeur ajoutée elles peuvent apporter – de quoi les rendre fières. Il s’agit de construire une histoire et de laisser les gens bosser pour apporter leur expérience", poursuit-elle, rendant hommage à la hauteur de vue que Sciences Po lui a apportée.
Mais si le football et Sciences Po ont été formateurs sur ce point, Aliette Mousnier-Lompré a également puisé dans une autre expérience, qui a vu le jour lorsque sa carrière sportive s’est arrêtée. Celle-ci a en effet pris fin au début de son année internationale à l’université californienne de Berkeley en 2003, suite à une sérieuse entorse. Un mal pour un bien : "Cette blessure m’a permis de me concentrer sur mes études au département Peace and conflict studies, où l’on étudiait la gestion des conflits au sens large, tant géopolitiques qu’interpersonnels, mêlant relations internationales, psychologie, sociologie…", explique-t-elle.
Nommée directrice opérationnelle d'Orange Business Services en 2019, Aliette Mousnier-Lompré va voir ses qualités mises à rude épreuve par la crise sanitaire. L’activité qu’elle dirige consiste à accompagner les grandes entreprises dans leur transformation numérique, qui concerne tant les réseaux de communication, la cybersécurité et le cloud (informatique dématérialisée). "C’est un métier où l’on joue les pompiers : il faut gérer les pannes et les crises. Mais il a également une dimension stratégique, puisque nous accompagnons les entreprises et leurs salariés à travers l’aventure de la transformation digitale". Avec la pandémie, ce sont des milliers de clients qu'il faut accompagner dans leur transition brutale vers le télétravail et les visioconférences, qui saturent les réseaux et font exploser les applications. Les drames qui se déroulent à très longue distance, comme en Inde par exemple, laissent une impression d'impuissance. Aliette Mousnier-Lompré reste fidèle à ses principes : "Il est important de donner les clés à l'équipe dirigeante locale, de ne pas vouloir tout piloter de Paris. Mon rôle était de fixer un cadre général, de montrer que j'étais attentive à la situation et à leur disposition lorsqu'ils auraient besoin d'aide", raconte-t-elle, comme pour la mise en place d'un système de télémédecine pour les collaborateurs et leurs proches.
Femme dans un milieu masculin, non technicienne dans un métier d'ingénieurs, jeune à des postes à responsabilité… Autant d'obstacles qu'Aliette Mousnier-Lompré a su dompter. "Je n'ai jamais ressenti ça comme un problème, mais c'est évidemment un marqueur. J'ai toujours assumé assez clairement ma différence", explique-t-elle. Jusque sur des terrains où beaucoup ne s'y seraient pas risqués. Mariée à une femme et mère de deux enfants, les questions de diversité et de visibilité dans l'entreprise lui tiennent à coeur. Bénéficiant du soutien d'Orange, elle est membre de L'Autre Cercle, association pour l'inclusion et la gestion de la diversité LGBT+. "J'ai réalisé dès le début de ma carrière qu'il faudrait que je me positionne ; rester dans le placard conduit à se couper de toute vie sociale réelle au bureau", argumente-t-elle. Mais fidèle à elle-même, elle cherche encore une fois à bâtir des ponts et préfère la discussion aux postures radicales. Face un commentaire homophobe d'un collègue qui ignorerait sa vie privée, Aliette Mousnier-Lompré fera preuve de franchise amicale, parce qu'elle sait que cela fera réfléchir l'auteur des commentaires désobligeants. L'idée, encore, d'avoir un impact en emportant l'adhésion.
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