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Aigline de Ginestous

Feuilleton de l'été / Aigline de Ginestous / Unibail-Rodamco-Westfield / Bercy

Feuilleton de l'été
Aigline de Ginestous / Unibail-Rodamco-Westfield / Bercy

exclusif Ils et elles feront le monde d'après - Aigline de Ginestous

EXCLUSIF. Sans cesse à la frontière entre public et privé, Aigline de Ginestous fut banquière d’affaires puis s’engagea en politique avant de rejoindre Unibail-Rodamco-Westfield en qualité de directrice des affaires institutionnelles.
Aigline de Ginestous - DR
Aigline de Ginestous - DR

"J’en garde un souvenir vertigineux". Septembre 2008, Aigline de Ginestous est âgée d’à peine 25 ans et évolue depuis dix-sept mois chez Lehman Brothers, dans la branche M&A londonienne, quand la banque américaine est déclarée en faillite. L’évènement qui a précipité la finance mondiale dans une crise inédite depuis près d’un siècle n’a guère surpris la fille et petite-fille de vignerons (son grand-père, le baron Pierre de Ginestous, a redonné ses lettres de noblesse à la blanquette de Limoux en sauvant et modernisant sa coopérative, au bord de la faillite au sortir de la seconde guerre mondiale) qui avait vu émerger des indices les mois précédents. "Cela faisait un an que je travaillais sur les institutions financières et je voyais se succéder les faillites ainsi que les augmentations de capital ", se rappelle Aigline de Ginestous.

Nomura rachetant les activités de la banque américaine en Europe, Aigline de Ginestous poursuit sa carrière à Londres au sein du groupe nippon, toujours dans le département consacré au M&A. Ce sont les stages qu’elle a réalisés en parallèle de l’EDHEC qui ont fini de la convaincre de travailler dans ce domaine. "Lorsque j’étais chez Société Générale, j’ai été particulièrement marquée par la bataille boursière entre Arcelor et Mittal Steel qui fut mon premier dossier de fusion". Le M&A l’a séduite en lui permettant "d’avoir un impact et de changer les choses".

Elle ne s’éternise pas chez Nomura et intègre Rothschild & Co, d’abord deux ans à Londres, puis, elle accepte la proposition de l’un des associés, Cyril de Mont-Marin, de rejoindre le bureau parisien, considérant qu’après avoir acquis de solides compétences techniques durant ses années britanniques, il lui faut désormais tisser d’étroites relations avec les clients, en ce sens que, "cela fait de vous un bon banquier d’affaires", fait-elle valoir. En tant qu’"associate" puis directrice adjointe au sein de l’établissement français, elle est notamment impliquée dans de nombreux deals avec La Poste, participe à la réorganisation des activités de la banque Dexia, la restructuration des banques Grecques et s’essaie au conseil aux gouvernements sous le haut patronage d’Arielle de Rothschild lorsque la Hongrie négocie avec la Commission européenne sa sortie de la procédure de déficit public excessif.

Huit ans ont passé depuis qu'Aigline de Ginestous a effectué ses premiers pas dans les fusions-acquisitions. Désirant changer d’air, elle quitte Rothschild et accomplit deux de ses rêves que sont un tour du monde en 80 jours, et marcher 1 500km jusqu'à Saint-Jacques de Compostelle, ce, avant de démarrer un MBA à l’Insead entre Singapour, Fontainebleau et les Etats-Unis. Et 2016 de s’inscrire alors comme une année charnière pour la jeune femme ; elle adhère au parti En Marche lancé par Emmanuel Macron au printemps puis pousse plus loin son engagement en politique sous l’effet de deux péripéties. D’une part, le Brexit qui se produit après "un débat démocratique très pauvre", d’autre part, l’élection surprise de Donald Trump à la tête des Etats-Unis. En conséquence de quoi, durant son échange à la Wharton School se déroulant dans le cadre de son MBA, elle décide de mettre les mains dans le cambouis en créant et animant le comité local d’En Marche de Philadelphie avant de rejoindre le QG du parti à Paris en tant que bénévole où les levées de fonds, en vue de la campagne présidentielle, rythment notamment ses journées.

Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est élu Président de la République et Aigline de Ginestous se trouve à ses côtés sur scène, dans la cour du Louvre, pendant qu’il entonne la Marseillaise à la suite de son discours. "Le 8 mai au matin, c’est un peu difficile de se dire que vous allez reprendre le cours de votre vie et faire du M&A", reconnaît-elle. Elle reste alors bénévole du parti afin de faire tout son possible pour qu’une majorité de députés de La République En Marche voie le jour à l’Assemblée nationale. Vient la victoire aux élections législatives et Roland Lescure, fraîchement élu président de la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale, lui propose de le rejoindre en tant que conseillère spéciale. Une offre difficile à refuser étant donné que, "j’avais l’opportunité de travailler sur les grandes lois économiques mais aussi sur les relations politiques à un moment assez unique puisque les cartes étaient complètement rebattues ", estime Aigline de Ginestous. Elle travaille particulièrement sur la loi Agriculture (EGALIM), chère à son cœur étant donné qu'elle a grandi dans le sud de la France, dans une famille d'agriculteurs et de viticulteurs, et sur la loi relative à la croissance et la transformation des entreprises (PACTE) dont Roland Lescure est rapporteur général et qui est votée en septembre 2018.

Elle passe alors de l'autre côté de la barrière. En effet, à la faveur du remaniement ministériel intronisant Agnès Pannier-Runacher en tant que secrétaire d'État auprès du ministre de l'Economie et des Finances, Aigline de Ginestous est appelée à Bercy afin d’être cheffe de son cabinet, conseillère parlementaire et conseillère territoires. "Le premier jour, j’arrive à huit heures, l’on m’envoie instamment dans le Nord. Dans le train, j’ai uniquement en ma possession le numéro du préfet et vais m’occuper de la faillite d’Ascoval ", se remémore-t-elle.

Douze ans après l’effondrement de Lehman Brothers, c’est au tour de la crise pandémique de faire des ravages économiques considérables et Aigline de Ginestous est de nouveau aux premières loges, Bercy étant fortement sollicité pour soutenir les entreprises. "On a eu la chance d’avoir un ministère qui a l’expérience des grandes crises, et une équipe particulièrement compétente et soudée, sous la direction d'Emmanuel Moulin [il était alors directeur de cabinet de Bruno Le Maire et est aujourd’hui directeur général du Trésor, NDLR] qui avait l'expérience de la crise financière mondiale de 2009 car il était directeur adjoint de Christine Lagarde à Bercy puis conseiller économique de Nicolas Sarkozy à l’Élysée", analyse l’ancienne banquière. Nul doute que la passion qu'Aigline de Ginestous nourri pour la plongée en bouteille en eaux profondes l'a aidée à traverser cet épisode sans précédent qu'a connu la France, eu égard à la sérénité en toutes circonstances que requièrent ces expéditions sous-marines. Et pour cause, ses tâches sont loin d’être anodines durant cette période de turbulences : elle dirige la cellule d’importation de masques du secteur privé, s'occupe de la numérisation des TPE/PME avec le click & collect et le relèvement du seuil des paiements sans contact à 50 euros, puis contribue au déploiement du plan de relance de 100 milliards d’euros sur la partie concernée par son portefeuille (attractivité, territoires, industrie 4.0 et inclusion).

La loi pour l'Accélération et la Simplification de l'Action Publique, dite "ASAP" sur laquelle elle travaillait depuis 18 mois ayant été promulguée, et la proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle, à laquelle elle a collaboré aux côtés de Bruno Le Maire depuis le G7 de Biarritz, ayant été déposée par les députés à l’Assemblée nationale début mars 2021 et votée à l'unanimité en mai, Aigline de Ginestous est venue à bout de l’ensemble des grands chantiers qu’elle avait engagés à Bercy pendant toutes ces années. Ce faisant, elle a pu répondre favorablement à la proposition d’Unibail-Rodamco-Westfield (URW) de devenir la directrice des affaires institutionnelles du groupe. "Ce qui a motivé mon choix était la volonté de garder une dimension liée à l’intérêt général et au développement du monde économique local", explique Aigline de Ginestous. 

Au sein de l’entreprise spécialiste de l’immobilier commercial, son rôle consiste, entre autres, à "définir la voix institutionnelle dans chaque pays où le groupe est présent ; je me dois de coordonner les relations publiques qu’ont les uns et les autres avec les autorités locales", détaille-t-elle. "La fiscalité, la transition écologique et environnementale ou encore l’équité par rapport aux acteurs du e-commerce seront autant de sujets à propos desquels URW s’efforcera de faire entendre sa voix", précise Aigline de Ginestous, qui est rattachée à Jean-Marie Tritant, CEO du groupe.

Se projeter est un exercice peu aisé pour celle qui, à l’Insead, aurait probablement ri au nez de quiconque lui prédisait un avenir de conseillère ministérielle. "Le goût pour la vie de la cité est quelque chose qui demeure profondément ancré en moi, néanmoins, il m’est compliqué de dire sous quelle forme cela se matérialisera dans le futur ".  Un retour dans le terroir familial à Limoux avec un mandat local ? "Peut-être, sait-on jamais…".

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