Professions financières / Antin Infrastructure Partners / infrastructures / Private equity / non-coté / Capital-investissement
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Antin Infrastructure Partners / infrastructures / Private equity / non-coté / Capital-investissement
Antin IP veut passer le Rubicon de la Bourse
Antin Infrastructure Partners, qui s’est fait connaître du grand public en s’étant sérieusement penché sur le dossier Suez-Veolia, franchit une étape fondamentale de son développement : il a l’intention de s’introduire en Bourse (IPO). Le fonds d’investissement (d’origine française) a annoncé ce matin l’approbation de son document d’enregistrement par l’Autorité des marchés financiers (AMF) et son intention de lever environ 350 millions d’euros via l’émission d’actions nouvelles – il s’agira donc d’une augmentation de capital.
Antin IP rejoint ainsi le clan restreint des acteurs européens du private equity (non-coté) dont les infrastructures représentent tout ou partie de leur stratégie ayant rejoint la Bourse, alors que cette famille est plus nombreuse aux Etats-Unis. Avec des marchés à leur zénith, le moment est en outre particulièrement favorable à une entrée en Bourse. "Sur le marché européen, on a dénombré les IPO d’EQT [issu de la famille suédoise des Wallenberg, ndlr] en 2019 et de Bridgepoint cet été, qui ont été de très grands succès. Entretemps, l’américain TPG a également fait connaître son intention de s’introduire en Bourse", remarque Mélanie Biessy, directrice opérationnelle et associée d’Antin IP.
À travers l’IPO, la société de gestion veut financer son "plan de croissance très ambitieux", ajoute-t-elle. Créée en 2007, Antin IP affichait au 30 juin dernier 19,9 milliards d’euros d’encours avec le lancement au printemps d’un fonds de 2,2 milliards d’euros destiné pour la première fois chez Antin IP aux actifs de taille moyenne (Mid Cap). Une progression de… 40% depuis 2018. Ce montant est appelé à progresser rapidement dans les quelques années qui viennent : "Ce montant ne comprend pas les actifs sous gestion du fonds NextGen Infrastructure que nous lancerons cet automne et dont l’objectif pourrait atteindre entre 1,5 et 1,6 milliard d’euros. Il ne comprend pas non plus notre prochain fonds Large Cap qui sera levé entre le dernier trimestre 2021 et fin 2022 ; nous avons fixé une cible entre 10 et 11 milliards d’euros", précise Mélanie Biessy. Ce fonds "V" est supérieur de 80% au véhicule de génération précédente, qui avait collecté 6,5 milliards d’euros, largement au-dessus de sa cible, en 2019. Cette proportion est d’ailleurs la progression moyenne observée par Antin IP entre chaque génération de fonds.
Dans le non-coté, le segment des infrastructures n’a cessé de prendre de l’importante au fil des années. Plusieurs tendances de fond le justifient. D’une part, les besoins mondiaux en infrastructures sont gigantesques et croissants : Antin IP se réfère à l’évaluation du cabinet Preqin de 670 milliards d’euros actuellement. Les programmes nationaux de rénovation et de construction annoncés par les deux derniers présidents américains Donald Trump et Joe Biden en sont une illustration. Les ruptures technologiques et les objectifs de réduction des émissions polluantes à travers le monde créent également de nouveaux besoins (énergies renouvelables, 5G, data centres, etc.).
En outre, de nombreux Etats, pour limiter les dépenses publiques, tendent à confier le financement ou la gestion de certains secteurs aux investisseurs privés, ce qui a donné naissance au segment des infrastructures dites "sociales" (hôpitaux, centres spécialisés, crèches, éducation, maisons de retraite…). Antin IP se positionne pour sa part sur 4 piliers : les infrastructures de transport, les télécoms, l’énergie/environnement et le social.
Enfin, en cette période persistante de taux d’intérêt très faibles, la classe d’actifs procure par nature des rendements relativement élevés tout en offrant une certaine sécurité aux investisseurs (car assis sur des actifs tangibles et offrant en général des perspectives de rendement à long terme). Par exemple, Antin IP revendique pour l’ensemble de ses fonds un taux de rendement interne brut de 24% en moyenne et un multiple brut rendu aux investisseurs de 2,7 fois leur mise, contre des objectifs affichés respectifs de 15% et 2 fois.
Dans ce contexte, l’introduction en Bourse d’Antin IP devra remplir plusieurs objectifs : "accroître sa puissance de feu en facilitant les co-investissements, tout comme Blackstone réfléchit à créer un fonds de capital permanent et le français Ardian un fonds de continuation ; renforcer la marque Antin avec toutes les parties prenantes pertinentes, notamment les industriels ; recruter et retenir les talents en proposant des programmes d’actionnariat pour les nouveaux collaborateurs ; et servir de ‘monnaie d’échange’ pour réaliser des acquisitions ou des partenariats avec d’autres équipes dans des stratégies nouvelles", détaille Mélanie Biessy.
Quoi qu’il en soit, les fondateurs (Alain Rauscher et Mark Crosbie) et les autres associés conserveront la majorité du capital d’Antin IP, assorti d’un lock-up de cinq ans. En cas de succès, l’IPO d’Antin IP pourrait donner des idées à d’autres. Le français Vauban IP par exemple, qui, affilié à Natixis Investment Managers, gérait 71 milliards d’euros fin 2019.
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