Macro-économie / Taux / BCE / pepp / achats d'actifs
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La Banque centrale européenne pourrait desserrer son étreinte
La Banque centrale européenne (BCE) va-t-elle lever - un peu - le pied ? D’aucuns estiment qu’à l’issue de sa réunion, jeudi, le Conseil des gouverneurs pourrait annoncer la décision de diminuer le rythme des achats net d’actifs liés au programme d’achat d’urgence face à la pandémie (PEPP). Pour rappel, les achats nets liés au PEPP atteignent aux alentours de 80 milliards d’euros chaque mois depuis le mois d’avril ; la BCE avait augmenté la cadence de 20 milliards d’euros par rapport à la moyenne du premier trimestre en réaction aux tensions sur les conditions de financement en zone euro (la hausse des taux d'intérêt américains avait contaminé l'Europe). Pour rappel, depuis le début de la crise, la BCE a dépensé 1 325 milliards d’euros au titre du PEPP, alors que l’enveloppe qui lui est allouée est de 1 850 milliards d’euros ; le programme doit courir au minimum jusqu’à mars 2022.
Plusieurs raisons justifieraient de moindres achats au quatrième trimestre. D’une part, les conditions de financement sont plus accommodantes qu’auparavant en zone euro ; les taux d’intérêt nominaux souverains (qui représentent une part de ces conditions de financement) ont diminué ces derniers mois : le taux d’intérêt français à 10 ans a perdu 30 points de base depuis son plus haut mi-mai, même chose pour les taux d’intérêt allemands. Ajoutons que le constat est encore plus frappant pour les taux d’intérêt réels (les taux nominaux ajustés des anticipations d’inflation), lesquels ont le plus d’impact sur l’économie.
François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, a reconnu que cette amélioration des conditions financières avait retenu l’attention de la Banque centrale, si bien que "nous devrons décider des volumes mensuels pour le quatrième trimestre" au cours de la réunion de jeudi, a déclaré le grand argentier. "Dans l'ensemble, nous pensons que la communication récente des membres du Conseil des gouverneurs suggère que la BCE annoncera jeudi une légère réduction du rythme de ses achats pour les trois prochains mois, en réponse à 'l'amélioration des conditions de marché'", anticipe Gilles Moëc, chef économiste d'AXA IM.
D’autre part, l’institution de Francfort va publier ses nouvelles prévisions de croissance et d’inflation, prévisions qui sont toutes deux attendues en hausse, puisque tant l’activité que les prix ont augmenté plus que ne l’anticipait la BCE au cours de l’été. "L'inflation sous-jacente pourrait être révisée à la hausse à 1,4-1,5 % pour les deux prochaines années, contre 1,1 % pour 2021 et 1,3 % pour 2022 dans les projections de juin", avance Frederik Ducrozet, économiste chez Pictet Wealth Management. Ce dernier juge que "l'accent devrait être mis sur les perspectives à moyen terme - nous pensons que l'inflation IPCH de base de 2023 ne sera révisée à la hausse que de 10 points de base, à 1,5 %", ce qui la laissera, "bien en dessous du nouvel objectif symétrique" de 2 % l'an, tempère l’économiste.
Compte tenu de ces nouvelles perspectives, "ne pas réduire le rythme des achats de PEPP, au moins quelque peu, soulèverait des questions sur la crédibilité de la fonction de réaction de la BCE", analysent les économistes de Deustche Bank, qui estiment que si baisse des achats il doit y avoir, elle ne dépassera pas 20 milliards d'euros ; les achats nets liés au PEPP représenteront donc toujours au moins 60 milliards d'euros par mois, soit le rythme d'achats affiché entre décembre dernier et février.
Rappelons qu'en plus des achats liés à la pandémie, la BCE conduit des acquisitions d'actifs à hauteur de 20 milliards d'euros par mois au titre de l'APP (Asset purchase programme). Ce programme qui existait avant la pandémie prendra fin "peu avant de commencer à relever les taux d’intérêt directeurs", explique la BCE. Ce n'est pas pour demain.
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