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Chine / Xi Jinping / tech
Le gouvernement chinois se replace au centre de l'échiquier
L’année 2021 voit naître de nouvelles réglementations - nombreuses - qui visent à contenir les "excès du capitalisme" en Chine. En effet, le secteur de l’éducation ne peut plus engranger de profit ; l’ensemble des entreprises de ce secteur doivent devenir des institutions à but non lucratif. En 2016, ce marché représentait 30 milliards de dollars, il est estimé aujourd’hui à 120 milliards de dollars et se contractera à 22 milliards de dollars selon Goldman Sachs. Par ailleurs, les données ont été inscrites comme le cinquième facteur de production avec le travail, la terre, le capital et la technologie. De fait, pour Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine, "qui contrôle l’information à la main haute". C’est pourquoi le chef de l’Empire du Milieu encadre l’utilisation des données (notamment à l’étranger). Cet encadrement ressemble au RGPD européen appliqué depuis 2018. Enfin, le secrétaire général du Parti souhaite "stimuler une concurrence loyale, lutter contre le monopole et empêcher l’expansion désordonnée du capital ". Une pluie de sanctions s’est alors abattue sur les plus grandes entreprises du pays avec notamment l’amende record infligée à Alibaba de 18,2 milliards de yuans, soit 2,33 milliards de dollars pour abus de position dominante. Cette amende représente 4 % de son chiffre d’affaires de 2019. D’autres entreprises ont été mises au pas. Didi, l’empereur chinois des VTC, a été forcé de se retirer des boutiques d’applications sur smartphone car il est accusé d’avoir collecté illégalement les données personnelles de ses utilisateurs.
Ces sanctions vues de l'extérieur peuvent paraître comme un rejet de l'Occident et du capitalisme, notamment de la participation étrangère dans son économie, hypothèse que John Plassard, directeur adjoint chez Mirabaud & Cie réfute totalement : "Je ne suis absolument pas convaincu par cette vision. Il faut savoir que le président Xi Jinping a étudié aux États-Unis, il possède donc une très bonne connaissance de l’Occident et reste assez objectif sur la question. La priorité pour le pays est de devenir la première puissance mondiale. C’est quand même un combat de coq entre la Chine et les États-Unis, la compétition est très intense. Il n’y a pas de rejet du capitalisme, ce serait un peu se tirer une balle dans le pied. Le gouvernement chinois ne veut pas que la manne étrangère soit totalement absente de son économie. D’autant plus, qu’il a une stratégie à long terme pour son économie, notamment avec la nouvelle route de la soie qui va asservir une certaine dépendance des pays étrangers vis-à-vis de la Chine. Ce n’est donc pas un renfermement, mais plutôt une mise au pas de certaines entreprises. Le but principal est de se replacer au centre de l’échiquier."
Pendant près de quatre décennies, la Chine s’était pliée à la théorie de Deng Xiaoping : "Peu importe qu’un chat soit noir ou blanc, s’il attrape la souris, c’est un bon chat ". Cette théorie préconise de prendre les mesures économiques performantes sans tenir compte de l’idéologie marxiste. La Chine avait donc procédé à une ouverture économique et à un laisser-faire libéral. Ceux-ci ont permis d’éradiquer l’extrême pauvreté, ainsi qu’à hisser la Chine à la deuxième place de puissances économiques mondiales. L’Empire du milieu est aujourd’hui une puissance mondiale dont beaucoup de pays dépendent, puisqu’elle est, bien que de moins en moins, l’ "atelier du monde". Lui cependant, s’est développé de manière à garder son indépendance, comme preuve nous pouvons retenir que la Chine est parmi un des seuls pays à avoir produit et déployé ses propres Gafa.
Cependant, aujourd’hui Xi Jinping estime que "les entrepreneurs doivent comprendre qu’ils doivent leur célébrité et leur fortune au Parti ". Une commission qu’il préside invite "les entreprises très profitables à rendre plus à la société". Pour John Plassard, "c’est une double question : politique et économique. Ce sont les 100 ans du Parti communiste, cette reprise en main explique le souhait fort du gouvernement chinois de se placer au centre de l’échiquier face à des entreprises qui avaient pris des proportions absolument énormes. Ensuite, cette accélération très rapide de l’e-commerce a pris de court le gouvernement chinois, d’autant plus qu’elles ont réussi dans un temps très court de se créer un monopole et enregistraient des croissances quasi-exponentielles. Il faut quand même se rappeler que Jack Ma, le fondateur d’Alibaba, était un professeur à la base. Ce sont devenus des grands paquebots qui asphyxiaient totalement la concurrence. Enfin, c’est un rappel à l’ordre que l’on ne peut pas critiquer le gouvernement chinois. Deux semaines avant la tentative d’introduction en Bourse de Didi Global, Pékin qui possède une participation, lui avait dit qu’il ne voulait pas qu'il s’introduise en Bourse. Or, la société ne l'a pas écouté et maintenant cette société est quasiment en train d’être nationalisée." Les magnats de la technologie se sont donc empressés de déverser des milliards à des œuvres caritatives pour prouver leur loyauté au Parti.
De plus, le Président chinois a compris que l’augmentation des inégalités jusqu’ici couverte par la hausse générale de la prospérité constitue une menace pour le Parti communiste. La Chine est aujourd’hui l’un des pays les plus inégalitaires du monde. Les 1 % les plus riches du pays détiennent 30,6 % de la richesse du pays, selon Credit Suisse. Le nombre de milliardaires s’est établi à 878. À l’opposé, le pays compte encore 225 millions de pauvres, vivant avec moins de 5,50 dollars par jour, selon la Banque mondiale. Ces inégalités sont très paradoxales pour un pays au régime communiste, d’autant plus que son contrat social repose sur sa capacité à assurer la prospérité de la population.
Pour la "prospérité commune", l’Empire céleste mise sur un élargissement de sa classe moyenne avec moins de personnes à revenu faible ou élevé. L’enrichissement du plus grand nombre est un enjeu crucial pour libérer l’épargne et accroître la demande intérieure. D’autant plus que la consommation des ménages chinois reste faible. Elle représente moins de 40 % du PIB (contre 55 % en France). La menace qui met le plus en péril la croissance future du pays est le vieillissement accéléré de sa population. La classe moyenne se plaint de plus en plus des difficultés d’accès au logement, à l’éducation et aux services publics de base. En conséquence, les Chinoises ne font plus de bébés et ce malgré la libéralisation des lois sur l’enfant unique. Pour l’instant aucune réforme sur la fiscalité, la protection sociale, le système de retraite ou l’accès aux services publics n'est mentionnée. Pour John Plassard, cette remise au pas n'est pas totalement innocente : "La répartition de la richesse est une question récurrente depuis de nombreuses années en Chine. Cependant face aux récents scandales de corruption au sein même du Parti communiste chinois qui a fait les grands titres des journaux, le potentiel démentiellement des grandes entreprises "privées" et la mise au pas de certains dirigeants milliardaires est aussi une façon de dévier l’attention du peuple."
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