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éditorial / Yves de Kerdrel

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Édouard Philippe recrée la droite libérale
par Yves de Kerdrel

L’ancien Premier Ministre a lancé hier au Havre son nouveau parti, Horizons, pendant qu’Emmanuel Macron commémorait l’abolition de la peine de mort. Un Parti qu’il veut de droite, mais ouvert aux centristes et aux sociaux-démocrates, avec des idées transgressives qui le positionnent clairement à droite sur le plan économique, sociétal et européen. Et avec l’ambition de compter une centaine de députés.

10/10/2021 - 06:30 Temps Lecture 17 mn.

C’est déjà une réussite. Édouard Philippe est parvenu à faire venir dans sa ville du Havre pas moins de trois milliers de sympathisants. Mais aussi des personnalités de toutes tendances. Comme la députée Marie Guévenoux présente en tant que représentante de LREM, ou Patrick Mignola, chef de file des députés MoDem, et Olivier Becht, des députés Agir.

Une douzaine d’autres députés LREM avaient annoncé spontanément leur présence, comme Cendra Motin ou Thomas Mesnier. Ce n’est pas une quelconque remise en cause de l’appartenance à LREM mais la volonté de soutenir quelqu’un avec qui on a travaillé pendant trois ans, affirme-t-on chez certains membres du parti présidentiel. Même Christophe Castaner qui, dans les coulisses n’a pas arrêté de taper sur cette initiative était bien présent.

 

La filière chiraquienne et juppéiste

 

Horizons, ce n’est pas qu’un nouveau parti, un nouveau sigle ou une nouvelle boutique politique. Édouard Philippe a tenu un raisonnement simple. Les deux tiers de la France votent à droite. Emmanuel Macron a mené depuis quatre ans et demi la politique la plus à droite qu’aucun Chef de l’État n’a menée depuis Georges Pompidou. Mais le logiciel des députés LREM n’est toujours pas à droite. Il vire même au social-écologisme.

Édouard Philippe qui est un chiraquien de la première heure, fils spirituel d’Antoine Rufenacht, ce riche protestant très proche de Jacques Chirac, et par ailleurs fidèle à Alain Juppé parce qu’il était le dernier représentant de cette lignée chiraquienne n’en peut plus de voir mourir un parti (Les Républicains) qui pèse entre 12 et 15 % alors que la demande de droite n’a jamais été aussi forte dans le pays.

 

Édouard Philippe se pose bien à droite

 

Entendons-nous bien, Édouard Philippe est à cent lieues des deux figures de l’extrême droite, d’une part Marine Le Pen qui est aujourd’hui démonétisée et Éric Zemmour qui se veut gaulliste – et regrette le RPR de Chirac - mais se fait l’avocat de Pétain ! Non sa droite est d’abord libérale sur le plan économique avec un soutien appuyé à la politique de l’offre et une très grande rigueur en matière de finances publiques, sans qu’il y ait plus d’impôts. Ce qui signifie un accent donné à la production de richesses.

Il est fondamentalement européen, notamment sur le plan industriel, énergétique, technologique et croit dur comme fer que l’Europe est le levier d’Archimède pour construire un avenir post-guerre froide et se défendre des menaces chinoises. Enfin il croit au primat de l’individu sur la collectivité. Une manière de traiter la question régalienne et celle de l’autorité en supprimant toute exonération de responsabilité. Reste l’immigration qu’il ne veut pas considérer comme un problème et surtout pas mettre dans le même sac les musulmans et les islamistes.

 

Un vrai projet de société

 

À l’entendre, comme on l’a entendu hier, on voit que l’ancien Premier Ministre, nourri de l’épreuve de la crise sanitaire qu’il a dû gérer et de sa relation parfois compliquée avec le Chef de l’État a réussi la gageure de construire un projet de société comme David Cameron en avait fait un remarquable avant d’être élu sur le fil comme Premier Ministre. Un projet enveloppé dans une vision du monde de ce siècle qui ne répond pas qu’aux défis économiques ou climatiques de demain, mais qui prend tout en compte et évite les mièvreries du parti présidentiel sur ce sujet.

De fait, les relations ne sont plus très bonnes entre Emmanuel Macron et Édouard Philippe. Le Chef de l’État fait intervenir Christophe Castaner pour démolir son ancien Premier Ministre. Alexis Köhler qui n’a jamais supporté Édouard Philippe s’en donne à cœur joie. Mais le plus déchaîné est François Bayrou qui voit dans ce nouveau parti la fin du Modem et surtout des députés Modem.

 

L’ambition de peser, pas celle d’avoir un poste

 

Car l’ambition d’Édouard Philippe, ce n’est pas de redevenir Premier Ministre. Surtout pas. Sa barbe blanche montre les séquelles du stress qu’il a enduré Rue de Varenne. Pas davantage Président de l’Assemblée nationale en dépit de tout le prestige de la fonction et le confort de l’Hôtel de Lassay. Tout ce qu’il souhaite c’est former très vite de vrais candidats à la députation et disposer d’une centaine de députés au moins lors des prochaines législatives.

Il a pu goûter de la pauvreté intellectuelle, de l’amateurisme ou de la mièvrerie et de la fatuité des "nobodys" devenus par la grâce de l’élection d’Emmanuel Macron des représentants du Peuple au Palais Bourbon. L’exemple le plus criant et le plus désolant de cette nouvelle classe politique sortie de nulle part est Gilles Le Gendre, chef du groupe parlementaire LREM avant d’être dégagé sur ordre de l’Élysée. Édouard Philippe souhaite donc avoir un vrai parti, avec des vrais députés, vraiment implantés sur leurs territoires, quitte à les débaucher dans d’autres formations.

 

Les Républicains dans une mauvaise passe

 

Tout cela arrive à un moment où les Républicains sont dans une mauvaise passe avec comme prochaine échéance un Congrès destiné à désigner le candidat de la droite auquel Xavier Bertrand ne compte pas participer. Avec deux autres candidats : Valérie Pécresse et Michel Barnier qui sont absents du débat politique et qui baissent nettement dans les sondages. Et avec le phénomène Zemmour qui fait basculer Marine Le Pen, qui ébranle à peine Xavier Bertrand mais qui attire certains électeurs de la droite de gouvernement.

Le problème de la droite est de ne pas parvenir à imposer le pouvoir de vivre comme un thème de campagne autour duquel chacun devrait se positionner. Ce qui laisse à Éric Zemmour le champ libre pour répéter les mêmes sornettes sur l’immigration, l’islam, l’islamisme, la disparition de la France et sans avoir la moindre proposition à afficher.

 

Crever la bulle sondagière et médiatique

 

Il reste que le chroniqueur du Figaro devrait bientôt officialiser sa candidature. On parle du début novembre, qui marque traditionnellement selon les sondeurs le point de départ d’une campagne présidentielle. Les experts appointés par l’Élysée ne sont pas inquiets du phénomène Zemmour et pensent que le socle électoral d’Emmanuel Macron par cette vague que personne ne prévoyait.

Par ailleurs on assiste actuellement, comme à chaque élection à un phénomène autoréalisateur qui fait que les médias parlent de plus en plus de Zemmour qui est de plus en plus invité par les médias et qui finit par "imposer" ses vérités et à créer une bulle sondagière et médiatique. Comme cela s’est passé avec Mélenchon en 2017, avec Bayrou en 2007 ou avec Chevènement en 2002.

 

À gauche le bal des figurants

 

À gauche ça patine franchement. Anne Hidalgo est passée en dessous des 5 % dans les sondages tutoyant le score d’Arnaud Montebourg. Les écologistes ont décidé de se réunir derrière Yannick Jadot pour la campagne présidentielle. Et tout porte à croire que son charisme et la montée en puissance des préoccupations climatiques vont booster son score et faire disparaître celui des socialistes très en dessous des 6,3 % acquis par Benoit Hamon en 2017.

De fait les 11 points dont bénéficie Jean-Luc Mélenchon font figure de bon score, d’autant qu’il n’a pas d’alliance avec le parti communiste et qu’il a connu un sacré passage à vide après ses ennuis judiciaires. Il n’est pas exclu, selon les politologues qu’il continue à grimper dans les sondages tout en atteignant assez vite un plafond de verre.

 

Prudence raisonnable pour la BCE

 

Au chapitre économique, le Fonds monétaire international s'attend à ce que la croissance économique mondiale soit légèrement inférieure à sa prévision de 6 % en 2021, a déclaré mardi sa directrice générale Kristalina Georgieva, citant les risques liés à la dette, à l'inflation et aux tendances économiques divergentes à la suite de la pandémie de COVID-19.

La pandémie continuait de limiter la reprise, le principal obstacle étant la grande fracture vaccinale qui fait que trop de pays n'ont pas suffisamment accès aux vaccins anti-COVID-19, a-t-elle dit lors d'un événement organisé par l'université de Bocconi à Milan. Kristalina Georgieva a annoncé que d'après les prévisions économiques mondiales qui seront publiées la semaine prochaine, les économies avancées devraient retrouver leurs niveaux de croissance d'avant-crise d'ici 2022 mais que la plupart des pays émergents et en développement auraient besoin de "plusieurs années supplémentaires" pour se redresser.

 

Une dette publique égale à la richesse mondiale produite en un an

 

Les États-Unis et la Chine restent des moteurs essentiels à la croissance mondiale, l'Europe voit sa dynamique s'accélérer mais la croissance se détériore ailleurs, a ajouté Kristalina Georgieva. Selon elle, les pressions inflationnistes devraient s'atténuer en 2022 dans la plupart des pays mais continueront à affecter certaines économies émergentes et en développement. Les banques centrales doivent se tenir prêtes à agir vite si la reprise s'accélère ou si les risques inflationnistes se matérialisent, a-t-elle ajouté.

La dette publique mondiale, qui représente environ 100 % du PIB mondial, signifie que de nombreux pays en développement ont une capacité très limitée à émettre de nouvelles dettes à des conditions favorables, a déclaré Kristalina Georgieva. Elle a notamment exhorté les pays les plus riches à envoyer plus de vaccins vers les pays en développement pour ne pas freiner la reprise, à supprimer les restrictions commerciales et à accélérer leurs efforts pour lutter contre le changement climatique.

 

François Villeroy de Galhau renouvelé

 

De son côté, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, dont le mandat devrait être renouvelé ainsi qu’Emmanuel Macron l’a proposé au Parlement, a appelé mardi à garder la tête froide face à la poussée inflationniste actuellement observée en Europe, en soulignant son caractère temporaire et relatif après une année 2020 marquée par une inflation exceptionnellement basse.

La hausse incontestable des prix de l'énergie et des matières premières est liée à la reprise elle-même, a déclaré François Villeroy de Galhau, membre du conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), lors d'un déjeuner avec des députés. "Ayons les yeux ouverts, mais gardons la tête froide. Soyons vigilants, mais pas fébriles", a résumé François Villeroy de Galhau, en précisant que le risque pour la BCE était de manquer sa cible d'inflation plutôt par défaut que par excès.

 

OVHcloud versus Atos

 

La semaine à venir va être marquée par l’introduction en Bourse du spécialiste des services informatiques dématérialisés (cloud) OVHcloud avec une valorisation qui pourrait s'établir entre 3,5 milliards et 3,7 milliards d'euros Un milliard de moins seulement qu’Atos. La société basée à Roubaix compte lever, via la création d'actions nouvelles, un montant d'environ 350 millions d'euros sur la base de la borne basse du prix indicatif de l'offre, fixé entre 18,50 et 20 euros.

En outre, des actionnaires d'OVHcloud qui ont accompagné la croissance du groupe depuis 2016, dont KKR, TowerBrook Capital et des membres de la famille du fondateur d'OVHcloud, Octave Klaba, ont informé la société de leur intention de céder une partie de leurs titres, tout en conservant une position importante au capital. Le produit brut de la cession de ces titres s'élèvera à environ 50 millions d'euros et pourra être porté à 115 millions d'euros au maximum, en cas d'exercice intégral de l'option de surallocation.

 

Choc d'offre dans l'automobile

 

Toujours du côté business, l'impact de la pénurie mondiale de semi-conducteurs sur la production de Stellantis sera pire et plus durable cette année que celui causé par la pandémie de COVID-19, a déclaré vendredi l'organisation syndicale italienne FIM-CISL. Le manque de composants électroniques a contraint bon nombre de constructeurs automobiles dans le monde à suspendre leur production. Le constructeur franco-italo-américain, né de la fusion de PSA et de Fiat-Chrysler, a pour sa part interrompu ses opérations dans plusieurs usines en Europe et aux États-Unis, ce qui se traduira par 1,4 million de véhicules en moins cette année.

Les prévisions sont qu'une telle situation pourrait se poursuivre pendant tout le premier semestre 2022. Selon les syndicats italiens, sur les neuf premiers mois de l'année, Stellantis a sorti de ses usines italiennes 319 000 voitures, soit 11 % de plus que sur la même période en 2020. Mais le responsable syndical estime qu'il sera difficile d'atteindre sur l'ensemble de cette année le chiffre de 461 000 voitures produites l'an dernier. Une réunion au ministère italien de l'Industrie est prévue demain entre Stellantis et les syndicats afin de discuter des problèmes de production et d'emploi dans le pays.

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