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Chroniques / Bernard Spitz

Chroniques
Bernard Spitz

Chronique
De l’Élysée au Quirinal
par Bernard Spitz

Le plan de relance italien, l’argent européen qui arrive, la fierté du pays d’accueillir le G20, l’autorité de Mario Draghi sur un gouvernement resserré donnent en Italie un sentiment de nouveau départ, de reconstruction, presque de révolution. Dans le même temps la tectonique des plaques politiques bouge avec le retour du Parti Démocrate emmené par Enrico Letta, la perspective de l’élection présidentielle italienne et le réchauffement des relations avec la France.

19/10/2021 - 10:00 Temps Lecture 9 mn.

 

La remontada du Parti Démocrate 

 

Le gouvernement s’était construit autour d’un équilibre entre 4 partis tous en théorie de forces plus ou moins similaires : le Parti Démocrate, le Mouvement 5 étoiles, la Ligue et Forza Italia de Berlusconi, auxquels s’ajoutait le parti Fratelli d’Italia, qui est resté habilement en dehors. Au départ, le maillon faible en était la partie gauche entre un Parti Démocrate en déclin et un mouvement cinq étoiles instable. Enrico Letta en quittant Paris pour tenter de sauver le centre-gauche du funeste destin du Parti socialiste français a pris ses risques. Il en est aujourd’hui récompensé.

Les élections municipales dans les grandes villes ont renversé la situation. C’est un vrai triomphe pour le parti démocrate, vainqueur à Naples, Bologne, Milan et depuis hier aussi à Turin et Rome. La droite qui se croyait forte a perdu ses fiefs, tout comme le mouvement Cinq étoiles. Enrico Letta a gagné son pari, en se faisant au passage élire à Sienne comme député. Il sort légitimé dans son rôle de chef de parti, ayant emmené ses troupes à la victoire et grand gagnant de cette séquence, même s’il est encore loin d’avoir fait l’unité du centre gauche.

A droite, le recul est sensible mais inégal. Au sein de la Ligue, les couteaux s’affutent avec un Giorgetti qui apparaît comme l’homme fort, très populaire dans les milieux industriels d’Italie du Nord, d’autant que le positionnement radical qui faisait la force de son leader Salvini a été confisqué peu à peu par Giorgia Meloni, la populaire cheffe de Fratelli d’Italia. Succès du Parti démocrate, échec de la droite, la recomposition est en marche. Mario Draghi, lui, poursuit son action, sans s’attarder à regarder le paysage.  

 

La marche sur Rome 

 

Il y a quelques jours, une marche à Rome de quelques milliers de protestataires a fini dans la violence par le saccage du siège de la CGT italienne et une tentative vite stoppée par la police de marcher sur le palais du gouvernement. Pour l’Italie qui a vu dans cet épisode une sorte de mini-remake de la marche sur le Capitole à Washington, cet événement a été un choc. Il n’a peut-être pas été sans favoriser en réaction l’élection de Roberto Gualtieri dans la capitale italienne.

Les commentaires tournent autour de deux analyses : d’une part, l’idée que la banalisation des thèses d’extrême droite a fait sauter toutes les inhibitions ; de l’autre qu’une sorte de colère sous- jacente dans le tissu social cherche des terrains pour s’exprimer.

A cet égard, il est intéressant de voir que la thématique sociale qui a servi de terreau à ce mouvement est celle des anti-vaccins. En Italie le dispositif a été en effet plus contraignant que chez nous et dans de nombreuses villes, monte depuis des semaines un mouvement de contestation qui n’est pas sans faire penser à celui des gilets jaunes. Cette hypersensibilité populaire interroge aussi les gouvernants quant à la capacité d’acceptation sociale de mesures pro-environnementales et de ses conséquences possibles. A noter la prise de position favorable au nucléaire du ministre Cinq étoiles de…la transition écologique qui montre bien la difficulté de résoudre des injonctions contradictoires.

Reste que comme le dit un grand patron italien : "le gouvernement est fort en Italie quand les partis sont faibles et qu’un homme peut rassembler". C’est le cas de Mario Draghi qui est donc très fort, plus que jamais. Mais il y a tant à faire et la situation de départ n’est pas bonne, la croissance italienne est depuis longtemps en berne, l’administration notamment judiciaire reste en grand retard (d’où des réformes importantes en cours). Mario Draghi a souligné le seul critère pertinent du plan de relance : bien utiliser la dette pour les investissements d’avenir. Toute la difficulté pour lui sera dans l’exécution.

 

L’élection présidentielle italienne

 

La question de la future élection du président de la République italienne au début de 2022 est désormais dans tous les esprits. Il est à noter que la question sera tranchée avant la nôtre. Le résultat des élections municipales va dissuader la droite de la tentation de procéder à des élections législatives anticipées. Dès lors, à partir de deux scénarios de départ, un troisième est en train de faire son chemin.

Les deux scénarios sont : - Soit le renouvellement de Mattarella, pendant au moins deux ans. Celui-ci ne l’exclurait pas mais ne demanderait rien et attendrait qu’il y ait sollicitation générale des partis pour le lui demander. Dans ce cas, Draghi resterait jusqu’aux élections de 2023. - Soit l’élection de Draghi. Il se passerait alors un mouvement de présidentialisation du régime. Puisque Draghi a nommé les principaux responsables des entreprises publiques et que c’est lui qui a la confiance de Bruxelles, il déplacerait dans ce cas le champ du pouvoir vers le Quirinal, résidence du Président de la République, mais cela supposerait une compatibilité avec la majorité future et avec le choix du nouveau Président du Conseil italien.

Un troisième scénario déjà évoqué il y a quelques mois et dont la cote remonte est celui qui verrait le départ du président Mattarella, mission accomplie et l’élection d’une femme, Maria Cartabia, l’actuelle ministre de la Justice qui a aussi été présidente de la Cour constitutionnelle. Dans ce cas Mario Draghi resterait en place, accomplirait la suite de son travail et serait en pole position pour prendre ensuite la tête de la Commission Européenne.

 

Le Franco-Italien à l’honneur

 

Dans ce contexte singulier, les relations franco-italiennes sont au beau fixe. Le président Mattarella a été reçu en visite d’État à l’Élysée, le forum franco -italien des entreprises à Rome entre Medef et Confindustria a été un succès, à la conférence de Cernobbio Bruno le Maire a été chaleureusement applaudi, l’acquisition de Borsa italiana par Euronext s’est faite sans polémiques, le Medef était le patronat étranger le mieux représenté à la conclusion du B20 des entreprises.

La perspective de la signature du traité du Quirinal entre les deux pays va donner une touche symbolique et politique supplémentaire. La présidence française de l’Union européenne suivra, qui s’inscrira dans la continuité. On se souvient que le traité de l’Élysée voulu par le Général de Gaulle avait marqué la réconciliation franco-allemande. Rien de comparable cette fois naturellement, si ce n’est la solennité qu’il s’agit de donner au troisième côté du triangle franco-allemand-italien sur lequel repose l’Union européenne post-Brexit. 

L’Italie et la France sont alignées sur un grand nombre d’enjeux, il faut traduire cela par des actes sur le plan économique et politique. Ce rapprochement se produit dans un contexte international particulier qui voit le concept "d’America first" interpeller un pays pourtant très atlantiste, qui sans contester l’OTAN, commence à penser que l’autonomie stratégique européenne est à construire d’urgence.

Dans un contexte où l’Allemagne et aussi les Pays-Bas sont en phase d’élaboration d’un gouvernement et de son programme, l’axe Franco-italien apparait de plus en plus central. Il a vocation à s’élargir au-delà des traditionnels sujets communs en matière de services financiers, de télécoms, de tourisme ou du luxe ; en incluant des sujets relatifs à l’espace, la défense, le digital, les paiements, l’énergie et l’industrie ; et en agissant ensemble sur l’évolution de l’Union, avec un point d’attention particulier sur la Méditerranée en matière de sécurité. Avanti !

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