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L'Oréal / Nestlé / agroalimentaire / cosmétique / luxe
L’Oréal et Nestlé font leurs affaires
Lorsque le fonds activiste Third Point fit pression sur Nestlé en 2018 pour qu’il cède sa participation de plus de 23 % au capital de L’Oréal, le président du géant agroalimentaire suisse Paul Bulcke avait reconnu que le sujet figurait "à l’agenda du conseil" d’administration, mais que "la bonne décision serait prise au bon moment". Bien lui en a pris : en cédant 4 % du capital du géant français des cosmétiques au prix de 400 euros par action, il a récolté deux fois plus que s’il était passé à l’acte il y a trois ans.
Nestlé récupère ainsi 8,9 milliards d’euros, qu’il utilisera pour financer partiellement un plan massif de rachat d’actions de 20 milliards de francs suisses (19,2 milliards d’euros) entre 2022 et 2024, dont 10 milliards l’année prochaine. Nestlé n’a pas souhaité passer sous la barre des 20 % afin de continuer à consolider sa participation dans ses comptes – il conserve par ailleurs deux sièges au conseil d’administration de L’Oréal. Le groupe français procédera à l’annulation des titres, ce qui fera passer la participation de Nestlé de 23,3 % à 20,1 %.
Même si la vente n’est que partielle, le groupe helvétique, conseillé par Credit Suisse et les avocats de Darrois Villey Maillot Brochier, envoie un signal à ses actionnaires en confirmant qu’il se préoccupe bien de l’optimisation de son bilan, alors que le pacte d’actionnaire qui le liait à L’Oréal avait pris fin en mars 2018. Avant l’opération, sa participation dans L’Oréal représentait en effet autour de 15 % de la valeur globale de Nestlé. La Bourse a d’ailleurs salué l’initiative : l’action du Suisse progressait de 1,6 % en fin de matinée.
L’opération est également très positive pour L’Oréal, conseillé par Centerview Partners et le cabinet juridique Orrick Rambaud Martel. A 400 euros, il obtient une décote très élevée de 5,84 % par rapport au cours spot de l’action, alors que les décotes dans ce type d’opérations sont en général comprises entre 2 % et 3 %. Étant donné le niveau de décote, la transaction a un effet relutif de 4 % sur le bénéfice net par action, ce qui est notable étant donné le niveau actuel du cours de L’Oréal. Les investisseurs ont d’ailleurs apprécié, le titre s’adjugeant entre 1 et 2 % ce matin. L’opération permet en outre "d’optimiser le bilan de L’Oréal en bénéficiant d’excellentes conditions de financement" – le groupe a eu recours à un prêt structuré par BNP Paribas.
En annulant les actions rachetées, L’Oréal consolide la structure de son actionnariat : la famille Bettencourt Meyers verra mécaniquement sa participation passer de 33,3 % à 34,7 %, à un moment de transition avec la succession de Jean-Paul Agon à la direction générale du groupe, remplacé par Nicolas Hieronimus le 1er mai dernier, à l’occasion de la dissociation des fonctions de président et directeur général.
La famille, conseillée par les avocats de Bredin Pratt, a obtenu auprès de l’Autorité des marchés financiers une dérogation à l’obligation de déposer une offre publique d’achat, Nestlé ayant été à l’initiative de l’opération – on est dans le cas d’une relution passive.
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