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Patrick Drahi fait monter au créneau le Royaume-Uni
Signe des temps, un investisseur français provoque des réactions défensives des autorités britanniques. Patrick Drahi, le propriétaire d’Altice, est monté à 18% du capital et des droits de vote de BT Group. L’opération s’est faite à travers Altice UK, filiale créée par l’homme d’affaires dans le cadre de sa stratégie outre-Manche, alors qu’il vient de retirer Altice Europe de la cote d’Amsterdam en raison de sa faible valorisation. Ce véhicule avait acquis 12,1% de l’ancien monopole télécom national du Royaume-Uni en juin dernier (pour deux milliards de livres sterling), devenant son premier actionnaire. Les 6% supplémentaires (pour lesquels Altice UK a attendu le délai légal de six mois) représentent 3 milliards de livres au prix du marché actuel.
Patrick Drahi a beau indiquer ne pas avoir l’intention de prendre le contrôle de l’opérateur et avoir "engagé des discussions constructives avec le conseil d’administration et la direction" du groupe, les autorités britanniques ne s’en sont pas laissés compter. "Le gouvernement est déterminé à faire progresser le pays à travers les infrastructures numériques et n’hésitera pas à agir si nécessaire pour protéger nos infrastructures essentielles de télécommunications", a prévenu le gouvernement britannique. S’il n’a toujours pas demandé de siège au conseil d’administration de BT, le magnat des télécoms ne cache d’ailleurs pas qu’il pourrait aller plus loin : il a prévenu que sa position pourrait évoluer en cas d’intervention d’une tierce partie ou s’il obtenait l’accord du conseil d’administration du Britannique.
La réaction inhabituelle de Whitehall s’explique aisément : le gouvernement veut protéger Openreach, la filiale de gestion du réseau haut débit national que BT a été forcé de cantonner afin de garantir sa neutralité vis-à-vis des autres opérateurs. Il est très probable que derrière un BT boudé en Bourse, l’homme d’affaires franco-israélien convoite surtout cet actif stratégique. Pris isolément, il vaut près de 30 milliards de livres, soit bien plus que BT (16,5 milliards de livres hier). Il sera difficile pour Patrick Drahi de faire accepter une scission d’Openreach, dont la mission actuelle est de relier 25 millions de foyers au réseau de fibre ultrarapide, y compris dans des zones isolées. Il devrait aussi convaincre les administrateurs du fonds de pensions de BT (dont le déficit atteignait 4,6 milliards de livres au 30 juin 2021) de la pertinence de l’idée.
Les sources de marché font savoir qu’Altice UK a acquis ses titres sur le marché. En cas de besoin, il pourrait renforcer sa position de manière décisive en s’entendant avec Deutsche Telekom, qui détient actuellement 12,1% de BT depuis que lui et le français Orange lui ont vendu leur filiale commune EE en 2016. Ce qui signifie que le groupe allemand reste dans le jeu. Son directeur général Tim Hoettges s’est d’ailleurs déclaré convaincu en septembre dernier que "quelque chose se passera autour de cet actif [BT] dans les 12 prochains mois car l’actionnariat évolue rapidement" ; dans ce contexte, il avait, un mois plus tôt, qualifié la position de son groupe de "faiseur de roi". "Nous sommes à l’écoute, nous ne prenons pas d’initiative", avait poursuivi Tim Hoettges en septembre. Signe que Deutsche Telekom est plutôt vendeur, d’autant plus qu’une offre d’Altice UK lui permettrait de compenser la baisse de près de près de moitié du prix de l’action BT depuis cinq ans.
Le Royaume-Uni mieux armé pour protéger BT
Le gouvernement britannique dispose désormais d’une arme qui tranche avec le libre-échangisme mis sur un piédestal depuis les années 1980 par feu Margaret Thatcher : le National Security & Investment Act, qui entrera en vigueur en janvier et pourrait être utilisé pour empêcher la prise de contrôle de BT (lequel s’est borné à déclarer qu’il continuait à mener ses activités "dans l’intérêt de tous les actionnaires"). La secrétaire d’Etat à la culture Nadine Dorries s’est également entretenue avec les dirigeants de l’opérateur britannique pour discuter de stratégie, des investissements nécessaires dans la fibre et de l’avenir de l’entreprise face à ses prétendants plus ou moins avoués – Patrick Drahi mais aussi des fonds de private equity et des fonds d’infrastructures, qui élargissent de plus en plus leur sphère d’investissement.
BT se trouve sous pression depuis plusieurs années en raison d’une croissance réduite, d’une faible performance boursière, tout en étant confronté à des besoins d’investissements gigantesques pour développer la fibre et la 5G – des contraintes qui pèsent sur l’ensemble du secteur européen des télécoms. Philip Jansen, le directeur général de BT arrivé en 2019, veut investir 15 milliards de livres dans la fibre et réaliser à terme deux milliards de livres d’économies annuelles. Mais il est confronté à un autre problème de taille : le redressement du chiffre d’affaires se fait attendre, face à une concurrence exacerbée tant dans le contenu que dans le réseau à très haut débit, en particulier en provenance de Virgin-O2.
En montant progressivement au capital de BT, Patrick Drahi inaugure une nouvelle stratégie. Dans les télécoms, il avait jusqu’ici lancé des offres sur l’ensemble du capital d’actifs sous valorisés, que ce soit en France (avec SFR et Numéricable), aux Etats-Unis (Cablevision) et au Portugal (Portugal Telecom) avant de tailler vigoureusement dans les coûts. Mais cette fois, le plan de réduction des coûts est déjà mis en œuvre – il a conduit à de nombreuses suppressions de postes. Patrick Drahi a d’ailleurs indiqué qu’il approuvait les mesures prises chez BT.
De toute façon, le magnat des télécoms devra être patient : il ne pourra acquérir davantage d’actions BT que dans six mois.
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