Macro-économie / Taux / Zone euro / Banque centrale européenne / Isabel Schnabel / Inflation
Macro-économie / Taux
Zone euro / Banque centrale européenne / Isabel Schnabel / Inflation
Omicron : la reprise européenne sera retardée, affirme Isabel Schnabel
Elle ne va pas "dérailler", mais être "retardée". C’est le message qu’a voulu faire passer Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), à propos des conséquences économiques de la propagation du variant Omicron pour la zone euro. "Nous prévoyons désormais une activité économique plus faible au quatrième trimestre et jusqu’au début de 2022", a-t-elle déclaré dans une interview au Monde, assurant qu’"il s’agit simplement d’un décalage dans le temps, phénomène souvent observé pendant la pandémie". Pour contrebalancer cela, "les ménages de la zone euro ont accumulé une épargne importante, qui soutient la reprise", avance-t-elle (la surépargne atteignait aux alentours de 350 milliards d’euros au sein des Dix-neuf à la fin de l’été).
Pour rappel, la BCE anticipe une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 4,2 % pour 2022 pour la zone euro. Toutefois, dans un scénario plus sombre, l’institution de Francfort prévoit que la croissance s’établirait à seulement 1,5 % - ce scénario fait l’hypothèse d’une crise sanitaire prolongée caractérisée par des vagues pandémiques récurrentes qui devraient induire un renforcement des restrictions à la mobilité et donc pénaliseraient l’activité.
Brouillard autour de l’inflation
Isabel Schnabel a également évoqué le brûlant sujet de l’inflation. Une inflation dont la dynamique haussière a largement échappé aux prévisionnistes de l’Eurosystème. Il y a six mois, l’institution de Francfort prévoyait une hausse de l’indice des prix à la consommation harmonisé (HICP) de 1,5 % pour 2022 ; désormais, elle anticipe une augmentation de 3,2 %. "La plupart des économistes n’avaient pas prévu l’ampleur de l’augmentation de l’inflation. C’est pour cela que nous nous appuyons encore plus qu’avant sur des enquêtes auprès des entreprises et des ménages, pour mieux comprendre le phénomène", explique la grande argentière, qui rapporte que les goulets d’étranglement devraient durer jusqu’en 2023, d’après les témoignages des entreprises.
Du côté des salaires, les données actuelles indiquent "une hausse modérée", analyse Isabel Schnabel. Dans le détail, la croissance des salaires négociés s’est affichée à 1,4 % au troisième trimestre (sur un an), tandis que la progression des coûts salariaux unitaires (l’évolution des salaires ajustée du taux de variation de la productivité) a atteint 1,2 % en zone euro, d’après les données publiées par la BCE. Des chiffres qui n’envoient donc pas le signal d’un emballement inflationniste. L’Allemande précise toutefois que "notre enquête auprès des entreprises nous a aussi appris qu’elles s’attendent à une accélération de l’augmentation des salaires. Nous surveillons cela de très près".
Changement de régime ?
Un niveau d’incertitude "exceptionnellement" élevé n’entoure pas seulement le profil de l’inflation conjoncturelle mais également sa trajectoire plus long terme, reconnaît Isabel Schnabel. "Allons-nous revenir à l’environnement désinflationniste en vigueur avant la pandémie ? Ou entrons-nous dans une nouvelle phase, qui pourrait être caractérisée par des chocs inflationnistes plutôt que désinflationnistes ?", s’interroge la banquière centrale.
Et l'inéluctable transition énergétique de constituer un aléa haussier pour l’inflation, selon elle. "Précédemment, lorsque les prix du pétrole montaient, les producteurs de pétrole de schiste augmentaient rapidement leur production, ce qui atténuait les tensions sur les prix. Cela ne se produit pas dans la même mesure actuellement. Cela s’explique probablement par le fait que la transition écologique incite moins à investir dans le secteur du pétrole de schiste. Si tel est le cas, nous allons peut-être enregistrer des tensions à la hausse plus fortes sur les prix du pétrole", analyse-t-elle.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

