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Macro-économie / Taux / Isabel Schnabel / Banque centrale européenne / taux d'intérêt / Inflation

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Isabel Schnabel / Banque centrale européenne / taux d'intérêt / Inflation

BCE : une première baisse des taux en juin et après ? / Isabel Schnabel voit deux scénarios

Membre du directoire de l’institution de Francfort, l’Allemande avance que l’incertitude est grande concernant la trajectoire que connaîtront les taux d’intérêt directeurs au-delà de juin, mois au cours duquel la première diminution est escomptée par les marchés. Le comportement des salaires et des profits apparaîtra déterminant. Et la Fed ?
Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne - ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP
Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne - ANDREW CABALLERO-REYNOLDS / AFP

Bien malin celui qui peut deviner la pente que suivront les taux d’intérêt directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) lors du second semestre. Selon toute vraisemblance, le Conseil des gouverneurs devrait décider d'’une première baisse des taux lors de sa réunion du 6 juin. C’est en tout cas ce que croient les marchés et les dernières interventions de Christine Lagarde, présidente de la BCE, vont plutôt dans leur sens. Pour mémoire, le principal taux directeur de l’institut d’émission qu’est le taux d’intérêt de la facilité de dépôt se situe à 4 % depuis septembre 2023.

Au-delà de juin, “l’incertitude est très grande", a déclaré Isabel Schnabel, membre du directoire de l’institution de Francfort, au quotidien Nikkei. “Des données récentes ont confirmé que la dernière étape de la désinflation est la plus difficile”, a justifié l’Allemande. “Le processus […] s’est considérablement ralenti après que la plupart des chocs sur l’offre se sont dissipés et il s’avère assez cahoteux, ce qui semble être un phénomène mondial. Dans la zone euro, cela est dû en partie aux effets de base et à l’annulation des mesures budgétaires. Mais surtout, la partie de l’inflation qui s’est enracinée par des effets de second tour s’avère plus persistante”, a-t-elle ajouté.

Pour ce dernier phénomène, la grande argentière fait référence à la hausse des prix à la consommation dans le secteur des services (44,9 % de l’indice des prix européen). Si l’inflation globale mesurée sur douze mois s’est établie à 2,4 % en avril, celle des services s’est affichée à 3,7 %, et elle s’est maintenue à 4 % l’an durant de nombreux mois, probablement à cause de la répercussion des augmentations de salaires nominaux. Ces hausses influencent davantage les prix des services que ceux des autres secteurs en raison de la structure de coût de chacune des branches de l’économie (le secteur des services est relativement plus intense en main d’œuvre).

Pour se projeter, Isabel Schnabel pense en termes de scénarios. “Le premier est celui qui sous-tend les projections des services de la BCE, dans lequel la croissance des salaires se ralentit, la croissance de la productivité se redresse et les entreprises absorbent les coûts salariaux plus élevés dans leurs marges bénéficiaires. Dans ce cas, le processus de désinflation reste sur les rails et nous pouvons progressivement relâcher notre niveau de restriction”, a-t-elle avancé.

Pour ce qui est du second scénario, “les données ne confirme[raient] pas le ralentissement de la croissance des salaires, le redressement supposé de la productivité ou l’absorption des coûts salariaux plus élevés par les bénéfices, en outre il p[ourrait] encore y avoir de nouveaux chocs du côté de l’offre perturbant le processus de désinflation”, a indiqué la banquière centrale.

Concernant les rémunérations, un indicateur qui sera très suivi est celui des “salaires négociés” en zone euro pour le premier trimestre 2024. Il paraîtra jeudi prochain. Lors du dernier trimestre 2023, la croissance des salaires négociés s’était établie à 4,5 %, soit un recul de 0,2 point par rapport à son pic historique de l’été 2023. Rappelons qu’une inflation de 2 % l’an à moyen terme (l’objectif de la BCE) est compatible avec une croissance des salaires nominaux au maximum 2 points supérieurs à celle de la productivité du travail. Au regard des gains de productivité tendanciels de la zone euro qui doivent être de l'ordre de 1 % par an, la progression annuelle des salaires nominaux se devra ainsi de converger in fine vers 3%.

Un autre élément pourrait influer sur la capacité de la BCE à diminuer ses taux : le comportement de la Réserve fédérale américaine (Fed). Alors qu'elle est confrontée à une inflation persistante et, contrairement à la zone euro, à une croissance économique soutenue, d'aucuns jugent de plus en plus probable qu'elle ne daigne baisser ses taux d'intérêt cette année.

Si tel est le cas alors que la BCE diminue significativement les siens, l'euro pourrait se déprécier face au dollar, ce qui importerait de l'inflation sur le Vieux continent. Questionné sur le sujet il y a quelques jours, Philip Lane, chef économiste de la BCE ainsi que membre du directoire, a rappelé l'autre versant d'une divergence en matière de politique monétaire. "Si le marché obligataire américain offrait des taux d'intérêt élevés, cela exercera une pression à la hausse sur les rendements obligataires en Europe, ce qui aura essentiellement l'effet inverse de la dépréciation", a soutenu l'Irlandais." Ainsi, si l'on additionne ces effets, l'impact net sur l'économie européenne est largement contenu. C'est un exemple où nous devons mesurer l'impact du taux de change par rapport à l'impact du marché obligataire. Et nous le ferons à chaque réunion avant l'été, pendant l'été et après l'été", a-t-il expliqué.

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