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Thales / Atos / acquisition

Atos : l’hypothèse Thales

Thales pourrait s’associer à des fonds pour acquérir le groupe de services numériques, qui est en grande difficulté. L’équipementier aéronautique, de sécurité et de Défense dément toute "discussion" avec Atos, mais confirme son intérêt pour "tout actif de cyber-sécurité". La position de l’Etat sera déterminante : la période électorale compliquera la tâche de tout prétendant.
Patrice Caine, Thales
Patrice Caine, Thales

Est-il malin pour une entreprise de s’engager dans un bras de fer avec l’Etat à la veille d’une élection présidentielle ? On espère pour Thales qu’il a bien préparé le terrain, mais c’est loin d’être certain.

Selon l’agence de presse Reuters, l’équipementier aéronautique, de Défense et de sécurité, l’un des leaders mondiaux dans ses secteurs, prépare une offre conjointe avec au moins un fonds d’investissement sur Atos, dont les difficultés persistantes ont fait fondre le cours de Bourse, le transformant en cible.

L’offre serait un prélude à un démantèlement de la société de services numériques. Précisément, Thales, conseillé par la banque d’affaires Centerview Partners, serait intéressé par le pôle Big data et Cybersécurité (BDS), qui vient de subir le départ de son directeur, le très crédible Pierre Barnabé ; le ou les fonds alliés récupéreraient le reste. L’américain Bain Capital, le britannique CVC Capital Partners et le français PAI Partners auraient été contactés. Atos avait déjà fait l'objet de rumeurs l'été dernier.

Dans un communiqué diffusé hier soir, Thales indique qu’"aucune discussion n’est en cours avec Atos", mais confirme être "potentiellement intéressé par tout actif de cyber-sécurité qui serait disponible à la vente". Sa réponse est donc ambiguë : le groupe n’a peut-être pas encore approché Atos, mais cela ne l’a pas empêché de préparer son coup en sollicitant des fonds d’investissement. La mention "disponible à la vente" laisse supposer qu’il ne mènerait pas d’opération hostile. A quelles conditions Atos serait-il prêt à vendre BDS ?

Au cours de clôture mardi (32,37 euros), ce qui exclut le bond de plus de 8% de l’action d’hier, Atos capitalisait 3,58 milliards d’euros. Thales valoriserait BDS 2,7 milliards, croit savoir une source citée par Reuters, qui indique que le périmètre représente "la moitié environ" du chiffre d’affaires d’Atos. Un montant bien improbable si l’on se réfère aux comptes annuels 2020 : BDS représentait 11% des revenus. "Il n’est donc pas impossible que l’offre ne comporte pas que les super calculateurs et la cybersécurité, mais toutes les activités digitales et cloud, qui comporteraient également la branche cloud (la potentielle dernière activité de croissance d’Atos). En cas de rachat, Atos ne conserverait que ses activités historiques en déclin structurel", analyse Romain Pierredon, analyste chez Alphavalue.

La cyber-sécurité et les données, deux relais de croissance

La cybersécurité est un relais de croissance important pour beaucoup d’entreprises de la technologie ou de la Défense : le sujet est au centre des préoccupations des Etats, des armées et, désormais, des entreprises. "Depuis la cession de leur activité de Transport, il est dans la stratégie de Thales d’acquérir des entreprises pour consolider leur cœur de métier. La cybersécurité est un de leur secteur avec la plus forte croissance, de 11% sur les 9 premiers mois de 2021, et donc naturellement un potentiel secteur dans lequel Thales aurait envie de se renforcer", confirme Romain Pierredon. Le groupe a fait un pas de géant dans ce métier en acquérant Gemalto pour 4,8 milliards d’euros en 2019. Et il travaille déjà avec Atos dans le big data, au sein d’une coentreprise nommée Athea.

L’intérêt de Thales pour BDS est évident ; Atos, à l’inverse, n’a aucun intérêt à s’en défaire : il se retrouverait sans relais de croissance. Une vente amicale est d’autant moins probable que le groupe vient de nommer un nouveau directeur général, Rodolphe Belmer, en remplacement d’Elie Girard, décrédibilisé par deux avertissements sur résultats ces huit derniers mois et des erreurs comptables qui ont été sanctionnées par les actionnaires à l’assemblée générale de 2021.

En cas d’approche hostile, un autre élément est à prendre en compte : la position du gouvernement. Selon Reuters, ce dernier s’opposerait à tout démantèlement d’Atos (dont l’ancien Premier ministre Edouard Philippe est l’un des administrateurs) à l’heure actuelle. Une position – non confirmée par Bercy – qui peut paraître étrange d’un point de vue strictement stratégique, puisque Thales est français. En revanche, s’il craint que les activités historiques d’Atos, en berne, ne soient restructurées par des fonds de private equity (avec des suppressions de postes à la clef), le risque politique est important en cette veille d’élections présidentielle et législative… Si ce n’est qu’une question de timing, on peut penser que Thales attendait que la période s’achève pour officialiser ses intentions. Nul doute que les révélations de Reuters, si elles étaient avérées, ne font pas ses affaires.

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