Entreprises / Actions / télécoms / Orange / MasMovil
Entreprises / Actions
télécoms / Orange / MasMovil
Stéphane Richard fait un cadeau d’adieu à Orange
Dans un secteur des télécoms en pleine recomposition en Europe et soumis à de lourds investissements, Orange franchit le Rubicon sur le marché espagnol. Confirmant ainsi les rumeurs apparues début février, l’opérateur français et MasMovil sont entrés en négociations exclusives pour marier leurs activités en Espagne. Le périmètre exclut Totem Espagne (filiale de tours télécoms d’Orange dans ce pays) et MasMovil Portugal.
Selon les termes préliminaires discutés, les activités rapprochées seraient logées dans une société commune détenue à parité par les deux protagonistes ; ce co-contrôle absolu implique qu’aucun des deux ne consolidera l’entité. Celle-ci afficherait une valeur d’entreprise 19,6 milliards d’euros, dont 8,1 milliards pour Orange Espagne (soit 7,5 fois l’Ebitdaal estimé pour 2022) et 11,5 milliards pour MasMovil (soit 9,9 fois l’Ebitdaal estimé pour 2022, acquisition d’Euskaltel en 2021 incluse). L’écart des valorisations s’explique par la dette nette de MasMovil, qui s’élevait à 6,6 milliards d’euros fin 2021, alors que la filiale espagnole d’Orange est désendettée.
Les actionnaires de MasMovil, qui sont des fonds d’investissement (KKR, Cinven et Providence), ont voulu se ménager un mécanisme de sortie fluide, sans pour autant que cela nuise aux intérêts d’Orange. Les deux parties se ménagent donc la possibilité d’organiser à terme l’introduction en Bourse de la future entité ; auquel cas, Orange aura la possibilité d’en prendre le contrôle majoritaire (ce qui l’amènera à la consolider).
Comme en témoignent les ambitions de synergies des deux futurs partenaires, la transaction est une bonne nouvelle. Elle leur permettra d’alléger, pour le marché espagnol au moins, le poids des très lourds investissements nécessaires au développement de la 5G et des réseaux FTTH (fibre optique à très haut débit).
En outre, commercialement, l’alliance leur permet de monter très vite en puissance, dans un secteur où la taille compte. Le tout dans un contexte où le marché espagnol a reculé en 2019 et 2020 et s’oriente résolument vers le low-cost. L’accord est "une très bonne nouvelle pour Orange, qui a vu son Ebitda décliner en Espagne ces dernières années, pas seulement en raison du Covid-19 mais aussi en raison d’un marché difficile à quatre opérateurs principaux", explique Jean-Michel Salvador, analyste chez Alphavalue. Le marché espagnol est important pour l’opérateur français : il représente 10,5% de ses revenus.
La nouvelle société afficherait en 2021 un chiffre d’affaires supérieur à 7,5 milliards d’euros et un Ebitdaal dépassant 2,2 milliards. Les deux opérateurs estiment que le rapprochement permettra de dégager plus de 450 millions d’euros de synergies annuelles à compter de la troisième année après la transaction. L’analyste d’Oddo BHF voit dans la transaction l’occasion, pour le joint-venture, de se réendetter pour croître et, pour les actionnaires d’Orange, de recevoir à terme des dividendes supplémentaires, puisque l’entité combinée afficherait un ratio de dette nette/Ebitda de 2,9 fois avant synergies. Bref, Stéphane Richard quitte Orange sur une opération dont Orange peut se réjouir.
Selon les chiffres actuels, le joint-venture couvrira 16 millions de foyers espagnols via son réseau FTTH et disposera d’un réseau mobile aux capacités renforcées riche de 20,2 millions d’abonnés (11,5 pour Orange et 8,7 pour MasMobil). Les abonnés cumulés au fixe représentent 7,1 millions de clients (4+3,1 – dont 5,6 millions sont convergents) et 1,5 million de clients TV. L’entité dépassera ainsi le leader Telefonica, qui affiche 16,2 millions de clients mobile (30,5% de parts de marché fin 2021) et près de 6 millions de clients dans le fixe (37,5% de parts de marché), dont 4,9 millions dans le très haut débit. Telefonica réalise un chiffre d’affaires de 12,5 milliards d’euros.
Orange est conseillé par Lazard, tandis que MasMovil s’appuie sur Goldman Sachs (avec BNP Paribas pour le conseil en financement).
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

