Macro-économie / Taux / Banques européennes / Crédit / Banque centrale européenne
Macro-économie / Taux
Banques européennes / Crédit / Banque centrale européenne
Conflit russo-ukrainien : les banques européennes continuent de resserrer la vis
Le conflit opposant la Russie et l’Ukraine accroît la prudence des banques de la zone euro. Au cours du premier trimestre, ces dernières ont davantage durci leurs critères d’octroi de crédit (les directives internes des banques ou leurs critères d’approbation des prêts) pour les entreprises qu’entre octobre et décembre 2021, indique l’enquête trimestrielle de la Banque centrale européenne (BCE). Le pourcentage net de banques qui déclarent avoir resserré leurs conditions s’établit à 6 % contre 2 % fin 2021.
C’est en grande partie la guerre russo-ukrainienne qui explique ce comportement. Ce choc géopolitique a généré de l’incertitude, l’accélération d’une inflation déjà historiquement élevée (notamment en raison du bond des prix de l’énergie) et de plus fortes perturbations affectant les chaînes d’approvisionnement. Autant de facteurs ayant nourri les perceptions des institutions financières d’un niveau de risque accru et donc le durcissement de leurs critères d’octroi pour les prêts à destination des entreprises.
Un printemps plutôt inquiétant
La seconde partie du premier semestre 2022 ne promet guère d’être plus brillante, bien au contraire. Entre avril et juin, les banques escomptent un durcissement net beaucoup plus important de leurs conditions d’accès au crédit pour les entreprises (elles prévoient que le pourcentage atteindra 21 %). Historiquement, il faut remonter à juillet 2020 pour observer une telle prévision de resserrement, soit au plus fort des inquiétudes liées au risque de crédit pandémique. Avant cela, un étiage semblable avait été enregistré dans l'enquête de janvier 2012, lorsque la crise de la dette souveraine de la zone euro s'était aggravée.
Sans surprise, au deuxième trimestre, l’impact économique incertain de la guerre en Ukraine continuera de jouer un rôle mais l’anticipation d’une politique monétaire moins accommodante de la part de la BCE est également évoquée, notamment au travers des quantités de liquidités moins importantes qu’elle déversera sur les marchés obligataires. En effet, compte tenu de la disparition de son programme d’achat d’urgence pandémique (PEPP) sous la forme "achats nets" (les réinvestissements se poursuivent au moins jusqu'à la fin 2024), les acquisitions nettes de titres de l’institution de Francfort vont passer, en moyenne, de 180 milliards d’euros au premier trimestre à 90 milliards d’euros entre avril et juin. Or, l’incidence de cette moindre accommodation monétaire sur les positions de liquidité et les conditions du financement de marché va devenir négative, justifient les banques interrogées.
"Les résultats de l'enquête sont susceptibles de donner un avertissement un peu ‘colombe’ à la BCE", estime Bert Colijn, économiste senior chez ING. En ce sens que "les conditions financières se resserrent largement à l'heure actuelle, ce qui aura un effet modérateur sur les prêts bancaires dans les mois à venir. Dans une économie qui ralentit déjà sous l'effet de la guerre en Ukraine, cela ajoute au dilemme dans lequel se trouve la BCE : agir sur le taux d'inflation actuel élevé pour s'assurer que les anticipations d'inflation restent ancrées, ou maintenir une politique relativement accommodante pour ne pas aggraver le ralentissement économique", analyse l’économiste. Premier élément de réponse cet après-midi lors de la conférence de presse de Christine Lagarde, présidente de la BCE.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

