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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

Chroniques
Jean-Baptiste Noé

Chronique
Sri Lanka : le pays failli
par Jean-Baptiste Noé

Défaut de paiement, coupures de courant, inflation, disette, le Sri Lanka vit la pire crise économique depuis son indépendance (1948). Une situation dramatique qui le classe parmi les États faillis et dont la politique suivie est largement responsable. 

16/04/2022 - 08:30 Temps Lecture 5 mn.

 

Qu'est-ce qui fait la puissance d’un État ? La volonté des peuples ou le déterminisme géographique ? Ce débat agite les géographes depuis le début du XXe siècle, qui explorent sans cesse cette tension entre volontarisme et déterminisme. La situation d’effondrement social et politique que connait le Sri Lanka donne raison aux volontaristes : c’est une série de mauvaises décisions politiques qui engendrent la pauvreté sur l’île.   

 

État de faillite

 

L’ancienne Ceylan a officiellement reconnu son état de faillite en proclamant son défaut de paiement sur la dette extérieure. À quoi s’ajoutent des coupures quotidiennes de courant, une extrême inflation, une pénurie des produits de première nécessité : nourriture, carburant, médicaments. L’île de l’océan Indien s’est transformée en enfer pour ses 22 millions d’habitants. Alors que le prix du kilo de riz est en temps normal de 80 roupies, il a bondi à 500 roupies, devenant inaccessible pour une grande partie de la population. 

L’économie sri-lankaise repose sur trois piliers principaux : l’agriculture (thé, café), le textile (fabrication et export de vêtements), le tourisme. Une mauvaise gestion des deniers publics a conduit les gouvernements successifs à financer les dépenses par la dette et à accroître les déficits publics, obligeant le FMI à accorder des prêts d’urgence au pays, dont le dernier remonte à 2016. Loin d’assainir les finances publiques et de réduire les dépenses, les gouvernements ont poursuivi les politiques de relance, contribuant certes à s’attacher les bonnes voix électorales, mais aussi à accroître les fragilités du pays. La guerre civile perpétrée par les Tamouls a freiné le développement de l’île. Une série d’attentats conduits en 2019, notamment dans des hôtels de luxe, a fait peur aux touristes, tarissant cette manne importante de revenus.

C’est sur cette économie fragilisée que sont arrivés les confinements des années 2020-2021, fatals pour un pays vivant essentiellement du commerce international. Fin du tourisme, diminution drastique des exportations textiles et agricoles ont fait exploser un pays déjà lourdement malade. Pour y remédier, le nouveau président et son gouvernement ont décidé d’interdire les importations d’engrais afin de ne pas diminuer les réserves de change. Puis, de façon brutale, il a été décidé que toute l’agriculture sri-lankaise serait convertie au bio. En conséquence de quoi, la production agricole a connu une chute drastique, entrainant une diminution des rentrées d’argent et donc la crise alimentaire actuelle. À la diminution des rendements pour cause de bio s’est ajoutée la baisse de la production pour cause d’interdiction des engrais, ce qui a laminé les productions de thé et de caoutchouc.    

 

Mainmise chinoise ? 

 

Économiquement surendetté et politiquement fragilisé, le Sri Lanka pourrait d’autant plus facilement tomber dans l’escarcelle de la Chine. Si son principal créancier demeure le Japon, Pékin est bien présent sur l’île, notamment par les investissements réalisés dans le port d’Hambantota. Ouvert en 2010, financé à plus de 90% par la BEIC (Banque d’exportation et d’importation de Chine), il a ensuite été concédé à la Chine en 2017 pour une durée de 99 ans, le Sri Lanka n’ayant plus les moyens de l’entretenir. Ce port en eaux profondes permet notamment aux pétroliers chinois d’y faire escale sur la route qui les conduit au golfe persique.

Il est l’un des nombreux maillons du collier de perles que la Chine tisse dans l’océan Indien, de la Birmanie au golfe et à Madagascar. Autant dire que l’instabilité actuelle du pays n’est pas une bonne affaire pour Pékin, sauf si cela lui permet d’accroître son contrôle sur l’île. 75 ans après son indépendance, Ceylan est en train de perdre sa souveraineté pour passer sous pavillon chinois.

 

Jean-Baptiste Noé est Docteur en histoire économique, ancien auditeur civil de l'École de guerre, Rédacteur en chef de Conflits et Directeur d'Orbis Géopolitique.

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