Macro-économie / Taux / Etats-Unis / PIB
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Etats-Unis / PIB
Accident de croissance aux États-Unis
L’économie américaine surprend son monde en réalisant un bien piètre départ. Au cours des trois premiers mois de l’année, le Produit intérieur brut (PIB) des États-Unis a reculé de 1,4 % en glissement trimestriel annualisé (soit 0,4 % en glissement trimestriel simple), d’après les données publiées par le département du Commerce, quand le consensus escomptait une hausse de 1 %.
Il faut remonter au deuxième trimestre 2020 pour observer une contraction de la première économie du monde, elle connaissait alors, comme de nombreux pays, son premier confinement – le PIB avait dégringolé de 31,2 % en rythme annualisé entre avril et juin 2020. À l’époque, c’est en très grande partie (à près de 80 %) la chute de la consommation de ménages, dans l’incapacité d’effectuer normalement leurs dépenses, qui avait expliqué cette débâcle.
Cette fois-ci, la demande intérieure a plutôt tenu son rang malgré les vents contraires que sont l'envolée des prix du carburant liée à la guerre opposant la Russie à l’Ukraine et la propagation d’Omicron en début d’année. En effet, portée par les dépenses en services et à moindre échelle en biens durables, la consommation des ménages a progressé de 2,7 % entre janvier et mars. L’investissement des entreprises, lui, a bondi 9,2 % sous l’effet d’une belle dynamique des dépenses d'équipement (15,3 %) et de propriété intellectuelle (8,1 %). A noter tout de même que, dans un contexte d’intensification des goulots d’étranglement au sein des chaînes d’approvisionnement liée notamment à la politique zéro covid de la Chine, les variations de stocks ont pesé négativement (la contribution s’élève à -0,84 point pour la croissance).
Les États-Unis ont également payé le ralentissement de la croissance mondiale. Ce dernier a engendré une baisse significative de leurs exportations (5,9 %), pesant ainsi à la baisse à hauteur de 3,20 points sur la croissance. "Les contributions du commerce net et des stocks continueront probablement à osciller violemment cette année, car les détaillants tentent désespérément de reconstituer les stocks épuisés, mais sont frustrés par les perturbations périodiques de la production chinoise et la nouvelle congestion des transports", analyse Paul Ashworth, économiste de Capital Economics.
Le deuxième trimestre ne devrait pas voir les États-Unis entrer en récession (elle se caractérise par une baisse du PIB en glissement trimestriel au cours de deux trimestres consécutifs) si l’on en croit James Knightley, chef économiste chez ING. "Alors que l'inflation pèse sur le pouvoir d'achat, les revenus nominaux augmentent fortement et l'emploi progresse de manière satisfaisante, ce qui, combiné, peut maintenir les dépenses. En outre, l'épargne plus élevée accumulée grâce à la pandémie et les importants gains de richesse causés par l'augmentation de la valeur des actifs peuvent également être utilisés pour maintenir une bonne croissance des dépenses de consommation", justifie l’économiste qui prévoit une croissance comprise entre 2 et 2,5 % en rythme annualisé entre avril et juin.
Lancée dans un cycle de normalisation de sa politique monétaire, la Réserve fédérale américaine (Fed) ne devrait être guère influencée par la déconvenue rencontrée par l’activité au premier trimestre. "Compte tenu de la forte pression sur les prix et des commentaires récents des responsables de la Fed, qui laissent présager des mesures plus agressives, nous pensons que la Fed augmentera le taux directeur de 50 points de base lors de chacune des réunions du FOMC [Comité de politique monétaire, NDLR] de mai et de juin et qu'elle procédera à un total de 200 points de base de hausses de taux cette année", estiment Lydia Boussour et Kathy Bostjancic, économistes chez Oxford Economics. Les marchés à terme estiment à 96,5% la probabilité d'une hausse de 50 points de base à l'issue de la réunion des 3 et 4 mai, peut-on calculer grâce à l'outil FedWatch de CME Group.
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