Macro-économie / Taux / Suisse / Banque nationale suisse / Conflit Russo-ukrainien
Macro-économie / Taux
Suisse / Banque nationale suisse / Conflit Russo-ukrainien
Cette banque centrale européenne qui a subi une perte faramineuse
Le "trésor de guerre" de la Banque de Russie constitué de 570 milliards d’euros de réserves de change (aujourd’hui pour moitié immobilisées) a fait jaser les observateurs depuis le début du conflit russo-ukrainien. Pourtant, il fait bien pâle figure - en valeur absolue - à côté de celui de la Banque nationale suisse (BNS) d'autant plus que l’économie helvète est deux fois plus petite que l’économie russe. En effet, les placements en monnaies étrangères de l’institut d’émission suisse atteignaient plus de 960 milliards d’euros au 31 mars 2022 (997,2 milliards de francs suisses dont 6 % est composé d’or).
Sans surprise, la forte exposition de la BNS aux marchés financiers (actions et obligations pèsent près de 940 milliards de francs) l’a conduite à enregistrer, compte tenu des turbulences à l’œuvre, une perte de 31,7 milliards d’euros (32,8 milliards de francs) durant le premier trimestre (trois quarts de ses placements sont libellés en euros ou en dollars), a-t-elle annoncé. C’est un chiffre assez proche de celui qu’elle avait affiché au cours des trois premiers mois de l’année 2020 quand la pandémie a démarré (38,2 milliards de francs).
Au premier rang des coupables de cette déconvenue financière figure le marché obligataire. La remontée généralisée des taux d’intérêt nourrie par les perspectives de normalisation de la politique monétaire des Banques centrales a généré une chute de la valeur des obligations d’États (elles représentent deux tiers des placements en devises de l’institution basée à Zurich et Berne). Cette dégringolade (25,1 milliards de francs) explique près de 70 % de la perte sur les positions en monnaies étrangères. Par ailleurs, le portefeuille d’actions de la BNS a également souffert ; ces actifs risqués ayant été pénalisés par le déclenchement du conflit russo-ukrainien et la hausse effective et anticipée des taux d'intérêt - sa valeur a diminué de 10,7 milliards de francs.
Pour limiter la casse, la BNS a pu compter sur l’appréciation du cours de l’or portée par une période d’incertitude croissante (son stock d’or a généré une plus-value de 4,2 milliards de francs).
"Le résultat de la Banque nationale dépend principalement de l’évolution sur les marchés de l’or, des changes et des capitaux. C’est pourquoi de fortes fluctuations sont la règle, et il n’est que difficilement possible d’en tirer des déductions pour le résultat de l’exercice en cours", a précisé la Banque centrale aux 165,6 milliards d'euros de fonds propres (171,5 milliards de francs).
La quantité astronomique de réserves de change dont dispose aujourd’hui la BNS trouve son origine dans les achats massifs de devises qu’elle a conduit sur le marché des changes depuis l'après-crise financière mondiale. Par ce biais, elle s'est efforcée de contenir les pressions persistantes à la hausse sur sa monnaie, au grand dam de certains.
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