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Chroniques / Jean-Baptiste Noé

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Jean-Baptiste Noé

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Afrique : revoir le logiciel de la France
par Jean-Baptiste Noé

Si Barkhane vit ses dernières semaines, l’intervention française en Afrique semble aussi de plus en plus provisoire. Battue en brèche par la Chine et la Turquie, soumise à des oppositions virulentes de la foule et des dirigeants, la présence française est en recul et oblige à revoir le logiciel d’analyse de l’Afrique. 

21/05/2022 - 08:30 Temps Lecture 5 mn.

 

C’est la fin de la présence française en Afrique. Sur le plan militaire, Barkhane vit officiellement ses dernières semaines. Sur le plan politique, la diplomatie française n’a plus de prise sur les gouvernements. Sur le plan économique, l’intérêt est ténu et les grandes entreprises s’en détournent.

En dépit des pressions de la France, via la Cédéao notamment, la junte malienne refuse de passer le pouvoir et d’organiser de nouvelles élections. Minées par la propagande russe, les populations africaines se montrent de plus en plus anti-françaises, que ce soit au Gabon, au Mali ou au Niger. L’échec sécuritaire est patent. Près de dix ans après la mise en place de "la guerre contre le terrorisme", les attentats sont toujours présents dans la zone des "trois frontières" ; le nord du Nigeria connaît toujours des attaques et des enlèvements de jeunes collégiennes et, fait nouveau, des attaques terroristes se sont déroulées au Togo.

 

Togo : premières attaques terroristes

 

Les 10 et 11 mai, le nord du Togo fut l’objet de sa première attaque djihadiste mortelle sur son sol. 8 soldats furent tués lors de ce raid lancé contre une base militaire du nord. 60 hommes armés et à moto ont attaqué la base le soir du 10 mai. Les combats ont duré toute la nuit, avant qu’ils ne repartent au petit matin vers le Burkina Faso, depuis longtemps un intense foyer de djihadistes. Cette première témoigne du glissement djihadiste vers le golfe de Guinée. Elle est d’autant plus inquiétante que l’armée togolaise est aujourd'hui incapable de repousser ces attaques. Rien ne s’oppose donc à ce qu’une action de guérilla organisée fasse un raid sur Lomé, la capitale, pour s’en emparer. Ce serait alors la première fois que les mouvements djihadistes auraient un accès direct à un grand port du golfe de Guinée, et donc une porte d’entrée aux trafics de drogue venant d’Amérique latine.

Outre l'attaque au Togo, son voisin le Bénin a également été le théâtre, au cours du mois d’avril, de plusieurs raids djihadistes. Ces attaques ne sont que les dernières en date d'une escalade croissante de la violence djihadiste qui s'étend du Burkina Faso au littoral de l'Afrique de l'Ouest. La Côte d’Ivoire est également touchée, avec une attaque qui a tué un gendarme dans le nord du pays. Dans ces trois pays, Togo, Bénin, Côte d'Ivoire, les violences djihadistes se sont propagés à partir de leur voisin commun, le Burkina Faso.

 

Faible intérêt économique

 

Pour les entreprises françaises, l’intérêt économique de l’Afrique est faible et sans commune mesure avec la place de ce continent dans l’imaginaire commun. Les derniers chiffres fournis par les services des douanes démontrent ce faible poids. L’Afrique noire représente à peine 2 % du commerce français quand le Royaume-Uni en représente 6 %. En 2021, les exportations vers l’Afrique (Maghreb et Afrique noire) représentaient 23,5 milliards d'euros quand les exportations vers la Belgique se sont montées à 37,2 milliards. Les entreprises françaises commercent davantage avec la Belgique qu’avec l’ensemble du continent africain.

Ces réalités obligent à revoir le logiciel français à l’égard du continent. La Chine et la Turquie prennent des parts de marché, la Russie a imposé ses mercenaires et semble plus préférable que la France pour de nombreux gouvernements. En se focalisant sur l’Afrique, la pensée stratégique française oublie d’autres zones mondiales pourtant essentielles à sa puissance : l’océan Indien et la Polynésie, l’Asie centrale et l’Amérique latine. Il y a à la fois un rétrécissement de la pensée mondiale et un enfermement dans des paradigmes désormais obsolètes. Au moment où la base de Gao est en train de préparer sa fermeture et où le drapeau français serait bientôt roulé et rangé, c’est à l’Afrique d’après qu’il faut penser et à une révision générale des raisons d’une présence.

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