Macro-économie / Taux / CEPII / Balance commerciale / Déficit commercial / Multinationales / Commerce extérieur
Macro-économie / Taux
CEPII / Balance commerciale / Déficit commercial / Multinationales / Commerce extérieur
Déficit commercial : les multinationales françaises pointées du doigt
Les politiques de réindustrialisation mises en place depuis une décennie (CICE, Pacte de responsabilité, baisse de l'impôt sur les sociétés entre autres) semblent avoir échoué à résorber le déficit commercial de la France qui, après un niveau annuel record en 2021, a atteint en mars 2022 la barre symbolique des 100 milliards d’euros en cumul sur douze mois glissants (3,7 % du PIB). Si ce résultat reflète en partie des facteurs conjoncturels (crise sanitaire et guerre en Ukraine), il traduit surtout la détérioration structurelle du solde commercial français depuis presque vingt ans, souligne le Centre d'études propectives et d'informations internationales (Cepii).
Le dernier rapport de l'organisme public insiste sur le rôle central et structurant des entreprises multinationales françaises dans le commerce extérieur : en 2018, elles réalisaient en effet près de la moitié des exportations (46 %) et près d’un tiers des importations (31 %) de produits manufacturés. L’institut revient alors longuement sur la responsabilité de ces mêmes multinationales, qui contribuent certes positivement au solde commercial des biens, mais dont le tassement de leur excédent de près de 2 points de PIB entre 2000 et 2018 expliquerait la détérioration du solde commercial français depuis 2000.
La dégradation de leur excédent résulte avant tout d’une faible performance des exportations entre 2000 et 2005, couplée à une hausse modérée des importations. Après la crise financière, leurs exportations augmentent au même rythme que leurs importations, de sorte que leur solde commercial reste relativement stable. Cette détérioration ne traduit pas une mauvaise spécialisation des multinationales françaises au début des années 2000 ou leur rachat par des investisseurs étrangers, mais bien une tendance spécifique des secteurs qu’elles dominent, au-delà des conditions de coût communes à toutes les entreprises sur le sol français.
Les pertes de parts de marché à l’exportation, combinées à la hausse plus rapide des importations, des multinationales françaises sont "cohérentes avec un modèle d’internationalisation s’appuyant au moins en partie sur la délocalisation de certains pans de production, pour servir les consommateurs étrangers comme nationaux", détaille le rapport. De tels choix industriels ont pu être observés au niveau industriel, comme pour le secteur automobile français au début des années 2000.
L’amollissement des performances commerciales des multinationales françaises constitue l’une des composantes majeures de l’évolution observée depuis deux décennies : un déficit commercial qui se creuse, tandis que la balance courante reste quasiment équilibrée, reflet d’une spécialisation faisant la part belle aux services et aux investissements à l’étranger, au détriment de l’activité industrielle sur le sol français. "Le défi de la réindustrialisation de la France ne relève donc pas tant d’un rééquilibrage macroéconomique du solde courant que d’une réorientation des choix d’internationalisation de ses entreprises. À commencer par ses multinationales", concluent les économistes du Cepii.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

