Macro-économie / Taux / Conflit Russie-Ukraine / reprise économique / Union européenne / BEI / Inflation
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Conflit Russie-Ukraine / reprise économique / Union européenne / BEI / Inflation
La guerre en Ukraine menace la reprise européenne
"La guerre en Ukraine risque bien de faire dérailler la reprise économique en Europe", prévient ce mardi la Banque européenne d’investissement (BEI) dans son dernier rapport. L’inflation, alimentée en grande partie par l'envolée des prix de l'énergie liée aux sanctions occidentales, affiche une progression de 8,1 % sur un an tandis que les observateurs tablent sur un ralentissement sensible de la croissance qui devrait, sauf surprise, se limiter aux environs de 2,9 % cette année. La stagflation n'est pas encore là mais les risques qui l'entourent ont considérablement augmenté au cours des dernières semaines. La réunion en urgence de la BCE avant-hier, à quelques heures de celle de la Fed qui a annoncé un nouveau tour de vis monétaire, avait justement pour but de calmer le jeu et de rassurer les marchés.
Des entreprises déjà mises à rude épreuve
Aussitôt les effets de la crise sanitaire atténués, les entreprises doivent à nouveau faire face aux nombreux effets pervers de la guerre en Ukraine, le tout dans un environnement toujours plus incertain : hausse des prix de l’énergie, réduction des échanges commerciaux et hausse potentielle des coûts de financement. Les secteurs du transport, de la chimie et de l’agriculture figurent parmi ceux les plus touchés alors que les entreprises implantées dans des pays proches de l’Ukraine, comme la Pologne ou la Hongrie, sont également plus durement atteintes.
Selon les estimations de la BEI, la part des entreprises européennes déficitaires devrait passer d’une moyenne de 8 à 15 % d’ici l’année prochaine. En conséquence, la part des entreprises se trouvant dans l’incapacité de rembourser leurs dettes devrait également augmenter de 10 à 17 % sur la même période.
Les entreprises de l'UE dans leur globalité ne sont que faiblement exposées à la perturbation des exportations vers l'Ukraine, la Russie et le Bélarus. Les exportations vers ces pays n'ont effectivement représenté que 1,1 % du PIB en 2019. Mais certains pays d'Europe centrale et orientale sont bien plus affectés, comme la Lettonie et la Lituanie dont les exportations vers l'Ukraine, la Russie et le Bélarus représentent plus de 5 % de leur PIB.
L'inflation pourrait exacerber la pauvreté
L'Ukraine et la Russie sont d'importants fournisseurs d'énergie et de produits agricoles, dont les prix s’envolent en raison du conflit et des sanctions. L'inflation dans la zone euro devrait désormais dépasser les 6 % en 2022, soit une hausse de 2,5 points de pourcentage par rapport aux estimations d'il y a quelques mois tandis que la consommation privée réelle pourrait bien diminuer de 1,1 %, selon les calculs de la BEI.
Les modélisations de l’institution montrent que les hausses consécutives de l’indice des prix à la consommation frappent les ménages à faible revenu de manière disproportionnée. Les ménages à faible revenu des pays plus riches d'Europe du Nord et de l'Ouest sont par ailleurs mieux à même d'absorber la hausse des prix que les ménages d'Europe centrale et du Sud-Est, en grande partie parce que le taux d'épargne et les revenus sont généralement plus élevés. Par exemple, une hausse des prix de 2 à 2,5 points de pourcentage en Slovaquie augmenterait la part des personnes menacées de pauvreté de 4,3 points, soit environ 230 000 personnes.
Les banques sous pression
Dans l'ensemble, l'exposition directe des banques européennes (prêts, avances et titres de créance) à la Russie et à l'Ukraine est relativement faible. Fin 2021, celle-ci s’élevait à 76 milliards d'euros pour la Russie et 11 milliards d'euros pour l’Ukraine, selon l'Autorité bancaire européenne. À l'heure actuelle, la principale source de risque est l'exposition des banques aux secteurs - chimie, transports et agriculture - les plus touchés par les perturbations commerciales. Toutefois, en moyenne seuls 30 % des prêts bancaires de l'UE sont destinés à ces secteurs spécifiques.
De manière plus générale, la plus grande menace pour l'économie reste le tarissement du crédit, indique la BEI. La hausse des taux d'intérêt rend déjà les prêts plus coûteux et les normes de crédit ont logiquement commencé à augmenter en Europe centrale et du Sud-Est. La pression exercée sur les entreprises de l'UE pourrait également entraîner une détérioration de la qualité des prêts, rendant les banques plus hésitantes à prêter.
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