Entreprises / Actions / Valneva / covid-19 / vaccin / BioNTech / Pfizer
Entreprises / Actions
Valneva / covid-19 / vaccin / BioNTech / Pfizer
Jeu de dupes autour du vaccin anti-covid de Valneva
Faut-il encore croire à la mise sur le marché du vaccin anti-covid de Valneva ? La voie vers la commercialisation du serum de la plus grosse biotech française en termes de capitalisation boursière est loin d’être un long fleuve tranquille, si tant est qu’elle ne se transforme pas en cul de sac. En obtenant le 24 juin l’autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe pour son produit, le laboratoire franco-autrichien a pourtant remporté un vrai succès, a priori.
La nouvelle était d’autant plus la bienvenue qu’elle devenait de moins en moins évidente. Valneva avait reçue en avril une liste de questions de la part du comité des médicaments à usage humain (CHMP) de l'Agence européenne du médicament qui incluait des demandes de soumission de nouvelles données et de justifications supplémentaires. De plus, l’ordre du jour de la réunion du CHMP de juin ne mentionnait plus le cas de Valneva, contrairement aux précédents. Dans ces conditions, l’issue finalement positive est "très probablement le résultat d’un lobbying intense" pour défendre la biotechnologie européenne, indique à WanSquare un fin connaisseur du dossier.
Le 6ème vaccin approuvé en Europe
Le produit de Valneva est ainsi devenu le sixième vaccin à être approuvé dans l’Union européenne après ceux de Moderna, Pfizer/BioNTech, AstraZeneca, Johnson & Johnson, et Novavax, le rendant éligible à la commercialisation dans tous les États membres de l'Union européenne, ainsi qu'en Islande, au Liechtenstein et en Norvège. Ce vaccin, baptisé VLA2001, est d’ailleurs le premier contre le Covid 19 à recevoir une AMM de type standard en Europe - contre une AMM conditionnelle pour les autres vaccins -, ce qui implique que Valneva n’aurait pas besoin de conduire d’autres études cliniques.
Pour autant, l’obtention du précieux sésame n’offre pas la garantie de réels débouchés commerciaux. Ce qui explique le peu d’entrain de la Bourse, l’action Valneva retombant mercredi (à 11,3 euros en milieu d’après-midi) sous ses niveaux d’avant l’annonce de la nouvelle.
"Après l’obtention de l’AMM en Europe, l’enjeu désormais est de savoir ce que va décider la Commission Européenne au sujet de son contrat de fourniture de vaccins avec Valneva", souligne le courtier Invest Securities. Ce contrat d’approvisionnement est en effet devenu caduque. Il portait à l’origine sur la livraison de 24,3 millions de doses, une quantité déjà très faible au regard de celles commandées pour tous les autres vaccins, de 200 millions de doses pour celui de Novavax à plus de 2 milliards de doses pour celui de BioNTech et Pfizer. Si modeste soit la commande, la Commission européenne avait émis en mai l’intention de la résilier. Pour la sauver, Valneva devait obtenir au plus tard le 12 juin – date finalement dépassée - son AMM ou proposer un plan permettant de "remédier à la situation de façon acceptable". Ce plan a bien été soumis mais les premières indications de volumes fournies par Bruxelles début juin seraient insuffisantes pour assurer la continuité du programme en Europe. Or, sans évolution favorable sur ce plan, Valneva ne pourrait conclure d’avenant au contrat initial, "ce qui conduirait à la résiliation de l’accord", prévient Oddo BHF.
Marché restreint
Le vaccin de Valneva, présente certes l’avantage d’être fabriqué à partir de virus inactivé, une technologie ancienne susceptible de convaincre les populations réfractaires à l’ARN messager des vaccins phare de Pfizer/BioNTech ou Moderna, mais son marché est restreint. L’autorisation ne concerne qu’une utilisation comme primovaccination, ce qui laisse Valneva à l’écart du marché des rappels, largement prépondérant, et elle ne concerne qui plus est que les adultes âgés de 18 à 50 ans, excluant de fait les populations les plus fragiles.
Par ailleurs, "en fonction du plan de remédiation qui pourrait avoir été accepté par l’ensemble des parties prenantes, la question est de savoir si Valneva reste éligible à de nouveaux versements de la part des Etats qui souhaiteraient recevoir son vaccin, ou si les contrats à venir seront partiellement ou intégralement couverts par les 100,8 millions d’euros de prépaiements déjà reçus", explique Invest Securities. Les calculs montrent qu’en-deçà de 30% du volume de commandes du contrat initial, Valneva ne recevrait aucun nouveau versement. Ce qui conduirait immanquablement le groupe à réviser à la baisse ses prévisions de ventes, et plus globalement l’ensemble de ses perspectives pour 2022 et au-delà.
Pfizer au capital
Face à des rentrées d’argent s’annonçant moindre que prévu, Valneva a d’ailleurs déjà pris les devants. "Il est probable que le récent amendement des termes de l’accord de collaboration et de licence avec Pfizer pour le candidat vaccin contre la maladie de Lyme, répondait au besoin pour Valneva de renforcer sa trésorerie pour financer son important programme de recherche", estime un analyste. Conclu le 20 juin, cet amendement prévoit que Valneva financera désormais 40% des coûts de l’étude clinique de phase 3, contre 30 % dans l'accord initial. Pfizer versera à Valneva des redevances croissantes allant de 14% à 22%, contre des redevances commençant à 19% dans l'accord initial.
En outre, les redevances seront complétées par des paiements d’étape pouvant atteindre 100 millions de dollars. "N’ayant pas plus de détail sur les nouveaux termes de ce deal, nous ne pouvons évaluer s’ils sont à l’avantage de Pfizer ou Valneva d’un point de vue purement financier", observe Oddo BHF. Ce qui est certain en revanche, c’est que Pfizer détient désormais, pour la modique somme de 90,5 millions d’euros, 8,1% du capital de la société de biotechnologie potentiellement en mesure de mettre au point le premier vaccin au monde contre la maladie de Lyme.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

