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Macro-économie / Taux / France / Exportations / PIB

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ukraine Qui profite d’un euro aux abois en France ?

UKRAINE. La monnaie unique s’est dépréciée de près de 17 % face au dollar en douze mois sous l’effet de plusieurs chocs. Certaines branches de l’économie hexagonale en bénéficieraient plus que d'autres.
Eric TSCHAEN/REA
Eric TSCHAEN/REA

Cela ne s’était plus vu depuis plus de deux décennies : un euro vaut moins d’un dollar. Depuis un an, une dépréciation de près de 17 % de la monnaie unique face au dollar est observée sous la conjonction de plusieurs chocs : la guerre en Ukraine qui affecte davantage les perspectives de croissance de la zone euro que celles des États-Unis et la politique monétaire plus agressive de la Réserve fédérale américaine (Fed) vis-à-vis de l’inflation que celle menée par la Banque centrale européenne (BCE).

Une hausse de l’inflation importée est l’une des conséquences de cette dépréciation : en 2019, 55,5% des importations hexagonales en biens en provenance des pays hors de l’Union européenne étaient libellées en dollars, d’après Eurostat. Dans le cas du pétrole, si le prix du baril de Brent en dollars a augmenté de 13 % sur un an, la facture en euros s’est alourdie de plus de 35 % - les prix à la pompe ont augmenté, eux, de "seulement" 12 % sur un an, à cause de la part des taxes, du raffinage et du transport dans le prix final ainsi que de la remise de 30 centimes par litre accordée par l’Etat.

Symétriquement, la baisse de la valeur de l’euro rend plus compétitives les entreprises exportatrices. Une baisse de dix centimes de la valeur de l'euro par rapport au dollar a un impact positif d'un milliard d'euros sur le résultat d'exploitation d'EADS, énonçait Louis Gallois, ancien patron du géant de l'aéronautique.

Les estimations semblent indiquer que, toutes choses égales par ailleurs, une dépréciation de 10 % de l’euro par rapport à un pays partenaire hors zone euro relève la valeur des ventes d’un exportateur moyen vers ce pays d’environ 6 %, indiquait une étude du Centre d’études prospectives et d'informations internationales (Cepii). Cinq points correspondraient à une hausse des volumes exportés et un point à une hausse du prix des unités vendues (la valeur de la monnaie étant plus faible, l’exportateur peut accroître sa marge à prix facturé constant).

Le chiffre atteint même 7 à 8%, d’après le Conseil d’analyse économique (CAE) lorsque l’on raisonne au niveau agrégé. En ce sens que "la dépréciation non seulement améliore la situation des exportateurs déjà en place, mais elle fait aussi entrer de nouvelles entreprises sur les marchés export", explique l’organisme rattaché à Matignon.

Au niveau des entreprises françaises, au moins deux facteurs semblent jouer dans leur performance à la suite d’une dépréciation du taux de change. D’une part, le secteur auquel elles appartiennent. La valeur des exportations des firmes du secteur des véhicules à moteur, remorques et semi-remorques augmente en moyenne de 8,4% en cas d’une dépréciation du taux de change de 10 %, celle des firmes de l’agroalimentaire de 4,6 % seulement, estime le Cepii.

Derrière l’automobile, les autres équipements de transport, les machines et appareils électriques ou encore l’agriculture, chasse et activités de services liées seraient les secteurs dont les exportations profiteraient le plus d’une baisse de l’euro (hausses respectives de 7,7 %, 7,6% et 7,2 %).

D'autre part, le pays de destination des exportations a une certaine importance. A la suite d'une dépréciation de 10 % vis-à-vis du dollar ou de la livre, les exportations en valeur augmentent respectivement de 9,2 % vers les États-Unis et de 8,6 % vers le Royaume-Uni, alors que les exportations vers la Chine ou les pays à bas revenu n’augmentent que de 5,7 % suite à une dépréciation bilatérale de même ampleur, avance l'étude du Cepii.

"Une explication possible est que les produits français exportés vers les États-Unis ou le Royaume-Uni sont plus substituables aux produits américains ou britanniques (et donc plus sensibles aux différences de prix) que ne le sont, par exemple, les produits exportés vers la Chine vis-à-vis des produits chinois", expliquent Jérôme Héricourt, Philippe Martin et Gianluca Orefice, auteurs de l'étude. 

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