WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Macro-économie / Taux / taux d'intérêt / France

Macro-économie / Taux
taux d'intérêt / France

Taux d’intérêt : comment Bercy envisage le pire (ou presque)

Alors que les marchés obligataires européens semblent à fleur de peau, est imaginé, pour la première fois dans le cadre d'une loi de programmation des finances publiques (2023-2027), une importante déviation haussière des taux d’intérêt par rapport au scénario central. Si un tel phénomène se produisait, l’ampleur de la charge d’intérêts de la dette publique en proportion de la richesse nationale apparaîtrait alors, en 2027, inédite depuis un long moment.
Gabriel Attal, ministre délégué chargé des Comptes publics - Eric TSCHAEN/REA
Gabriel Attal, ministre délégué chargé des Comptes publics - Eric TSCHAEN/REA

Longtemps écarté en raison de la mise sous perfusion des marchés obligataires par les Banques centrales près d’une décennie durant, un choc massif de taux d’intérêt affectant une économie avancée est un scénario moins improbable qu’auparavant. Il n’y a qu’à jeter un coup d’œil à l’évolution de la situation outre-Manche ou de l’autre côté des Alpes pour finir de s’en convaincre.

Dans la loi de programmation des finances publiques 2023-2027 (LPFP) présentée par le gouvernement français, les équipes du ministère de l’Economie et des Finances ont, pour la première fois dans le cadre d'une LPFP, étudié cette possibilité.

Dans le scénario central, le gouvernement suppose que la charge d’intérêts de la dette publique atteindra 2,1 points de Produit intérieur brut (PIB) en 2027 (contre 1,4 point en 2021), soit 60,6 milliards d’euros, un record depuis 2014. Les taux d’intérêt auxquels la France refinancera sa dette et en émettra de la nouvelle s’établiront à 2,50 % fin 2022, 2,60 %, fin 2023, 2,70 % fin 2024, 2,80 % fin 2025, 2,90 % fin 2026 et enfin 3 % fin 2027 (l’on parle ici du taux d’intérêt à 10 ans sur la dette de l’État). 

Le profil de taux sous-jacent à la prévision de charge de la dette repose d’une part sur l’hypothèse d’une poursuite de la hausse des taux directeurs de la Banque centrale européenne (BCE) engagée en juillet puis en septembre 2022, en cohérence avec la mission de la BCE de maintien de la stabilité des prix, et d’autre part sur les autres hypothèses macroéconomiques retenues dans la LPFP, lit-on dans le document.

Parallèlement, les équipes du ministère de l'Economie et des Finances ont fait l’hypothèse d’un choc positif (et également négatif de même ampleur) permanent de taux d’intérêt de 200 points de base par rapport à ce scénario central.

"Ce n'est pas un scénario du pire, mais un scénario haut. Il est possible d'avoir encore pire", confie-t-on à WanSquare du côté de Bercy.

 

Retour en 2002

 

Cela entraînerait une hausse de la charge de la dette en comptabilité maastrichtienne de 5 milliards d’euros supplémentaires la première année, 12 milliards d’euros supplémentaires la deuxième année, 20 milliards d’euros supplémentaires la troisième année et près de 34 milliards d’euros supplémentaires à l’horizon 2027 et donc un coût de 93,9 milliards d’euros dans cinq ans.

Pour mémoire, la hausse de la charge d'intérêts est progressive compte tenu du fait que l'augmentation des taux se répercute au fur et à mesure que la dette est refinancée, or la maturité moyenne de la seule dette d'État est d'un peu plus de huit ans et demi (est également inclus le déficit de l'année concernée qu'il faut financer).

"Si rien ne peut garantir que la trajectoire future des taux s’inscrive entre ces bornes, les scénarios dits "minimaliste" et "maximaliste" ont été dimensionnés pour correspondre aux scénarios extrêmes de taux observés depuis le passage à l’euro", explique la LPFP (dans le scénario "maximaliste" les taux longs retrouveraient le niveau d’environ 5 % qu’ils avaient il y a une vingtaine d'années).

Compte tenu de la croissance économique nominale prévue, le scénario maximaliste serait synonyme d'un retour de la charge d'intérêts de la dette publique à 3 points de PIB en 2027.

Il faut remonter à 2002 pour observer un tel poids dans la richesse nationale. Si l'on se penche sur les cinquante dernières années, c'est entre 1992 et 2002 que la charge d'intérêts de la dette publique a représenté les montants les plus élevés rapportés à la richesse nationale (pic à 3,6 % du PIB en 1996).

En moyenne, depuis 1978, la charge d'intérêts de la dette publique française a représenté 2,4 points de PIB chaque année.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article