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Danone / Russie / Antoine de Saint-Affrique
Pour Danone, la retraite de Russie est salutaire / L’opération améliorera le profil de compétitivité du groupe
Danone s’apprête à solder en Russie une aventure de trente ans. La multinationale alimentaire française y avait ouvert en 1992 un magasin dans le centre de Moscou, près de la place Rouge. La fusion en 2010 avec le producteur local Unimilk avait hissé le groupe - alors dirigé par Franck Riboud - au rang de leader des produits laitiers de la Communauté des Etats indépendants (CEI), dont la Russie, qui était même devenue brièvement le premier marché de Danone, au coude à coude avec la France.
Depuis l’invasion de l’Ukraine il y a près de huit mois, le groupe dirigé par Antoine de Saint-Affrique assumait son maintien sur place par la nécessité de répondre aux besoins alimentaires essentiels des populations civiles. Outre la suspension de tout nouveau projet d’investissement dans le pays, l’entreprise ne percevait ni cash, ni dividende ou profit de ses activités en Russie et s’était engagée donner tout profit à des organisations humanitaires.
En fin de compte, ce sont les conditions opérationnelles extrêmement tendues, à la fois en Russie et en Ukraine, qui ont conduit Danone à prendre la décision difficile de céder la plus large part de ses activités d’un pays où il emploie 8000 personnes. Le groupe a lancé le processus de transfert du contrôle de son activité Essential Dairy and Plant-based (EDP, produits laitiers essentiels et d'origine végétale). "Il s’agit de la meilleure option pour assurer la continuité de la performance opérationnelle de cette activité, pour ses salariés, consommateurs et partenaires", a-t-il indiqué. Le groupe ne conservera en Russie que des activités de "nutrition spécialisée", qui produisent en particulier du lait infantile (Blédina, Aptamil).
Jusqu'à 1 milliard d'euros de dépréciation
Le fait que la décision soit largement contrainte par la géopolitique ne signifie pas qu’elle soit dénuée d’intérêt économique ou stratégique. Au contraire, elle marque un mouvement important au sein du portefeuille des activités de Danone, alors même que les investisseurs attendent justement du nouveau directeur général - arrivé en mai de l’année dernière – qu’il remanie ce portefeuille en profondeur.
Sur un strict plan comptable, la vente pourrait entraîner une dépréciation pouvant atteindre 1 milliard d'euros. Mais en contrepartie, Danone cède une activité représentant environ 5% de ses ventes totales qui est à la fois dilutive sur la marge opérationnelle et sa croissance organique. Le calcul n’est pas forcément mauvais. Il s’agit même plutôt d’ "une très bonne nouvelle", estiment les analystes d’Oddo BHF, pour qui la Russie était "clairement un actif dont le groupe devait se séparer". Notamment du fait de faibles de marges de manœuvre pour améliorer le mix des ventes compte tenu de la nécessité de préserver les volumes en raison de contraintes liées au lait collecté.
La dépréciation potentielle attendue devrait ainsi peser moins lourd dans la balance que les bénéfices à attendre de cette sortie sur l’amélioration de la compétitivité de l’entreprise. Un avis que semble partager la Bourse, alors que l’action Danone gagne près de 2% vendredi après-midi, autour de 48,5 euros.
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