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Elior / restauration collective / Bernard Gault
Elior au milieu du guet / Le groupe doit encore rassurer sur sa dette et ses marges
Elior va mieux mais il lui reste du chemin à parcourir. Le fort rebond du cours de Bourse du groupe de restauration collective – 9% de hausse mercredi et 7% supplémentaires jeudi matin - donne à penser que celui-ci a mis les petits plats dans les grands pour la publication de ses résultats annuels. Même si boursièrement parlant justement, à près de 2,8 euros, le titre demeure proche et de ses récents plus bas historiques touchés en octobre sous les 2 euros, avec une valorisation divisée par plus de deux depuis le début de l’année, et en baisse de 80% sur trois ans, qui incite à relativiser.
Le secteur dans lequel évolue Elior a payé un lourd tribut à la pandémie, qui a fait plonger ses comptes depuis deux ans, tandis que la fin de la crise sanitaire a correspondu au début de forte tensions inflationnistes sur les prix des denrées alimentaires et de l’énergie. Or, la forte exposition du groupe au marché français, où il est très présent notamment dans les cantines scolaires et les hôpitaux, et qui représente 44% environ de son chiffre d’affaires, le dessert au moment de répercuter la flambée de ses coûts sur ses clients.
Renégociations difficiles en France
Au 30 septembre 2022, 67% des contrats avaient été renégociés avec succès, soit 139 millions d’euros de hausses de prix sur 12 mois glissants, dont un impact de 56 millions d’euros sur l’exercice 2021-2022, soit 40% du total. Mais en France, "du fait d’un processus de renégociation plus complexe", les hausses de prix en 2021-2022 n’ont représenté que 20% du total des augmentations obtenues, explique en effet Elior.
En termes de rentabilité, le résultat d’exploitation (Ebita) ajusté correspond à une perte de -48 millions d’euros pour l’exercice clos le 30 septembre 2022, conforme aux anticipations et en amélioration comparée à une perte de -64 millions d’euros en 2020-2021. Le groupe a même renoué avec un Ebita ajusté positif au second semestre "pour la première fois depuis la pandémie" (hors pertes des activités de repas industriels "Preferred Meals" aux Etats-Unis qui ont été fermées), souligne le cabinet d’analystes Stifel.
En revanche, en France, ce même Ebita ajusté recule à -27 millions d’euros, contre -21 millions d’euros en 2020- 2021, et la marge correspondante ressort à -1,4 %, contre -1,2 % un an plus tôt. Une dégradation qui s’explique à la fois par le variant Omicron, qui a pesé un peu plus de 40 millions d’euros, mais aussi par l’inflation et le contexte difficile de renégociation de prix des contrats du secteur public pour les acteurs de la restauration collective. Il a fallu attendre en effet le 15 septembre pour qu’un avis du Conseil d’État entérine le cadre légal des ajustements de prix des contrats publics dans le contexte de fortes pressions inflationnistes.
Faible cash-flow
Autre point d’attention, "la persistance d’une faible génération de cash-flow libre", souligne Stifel. Ce free cash-flow a été négatif de 48 millions d’euros sur l’ensemble de l’exercice, et seulement positif de 11 millions d’euros au second semestre, en deçà des 32 millions d’euros espérés par le consensus. Et l’endettement net de l’entreprise a encore augmenté en un an, s’élevant désormais à 1,2 milliard d’euros, contre 1,1 milliard d’euros un an plus tôt, soit un niveau "toujours supérieur de plus de deux fois au niveau d'avant le Covid", pointe le cabinet d’analyste.
Côté positif, les revenus du quatrième trimestre 2022 sont remontés à 95 % de ceux du quatrième trimestre 2019, d’avant la crise sanitaire, et le groupe perd moins de contrats, ce qui se reflète dans un "taux de rétention" de 93,2 % au 30 septembre 2022, contre 91,4 % un an plus tôt. La prévision de croissance organique pour l’exercice 2022-2023 qui vient de débuter est d’ailleurs relevée à "au moins 8%" au lieu d’ "au moins 7%" auparavant. Quant à la marge, le groupe l’attend entre 1,5% et 2%, puis à 4% sur l’exercice 2023-2024, ce qui à ce stade constitue encore "un défi" aux yeux des analystes d’Oddo BHF.
La présentation "dans quelques semaines" de la revue stratégique menée depuis juillet par le nouveau PDG Bernard Gault, arrivé en cours d’année pour palier le départ de Philippe Guillemot, parti chez Vallourec, ne pourra être que salutaire pour des investisseurs qui ont encore besoin d’être rassurés.
A ce propos, le groupe a confirmé jeudi que l’une des options stratégiques envisagées était en discussion avec l’entreprise de services aux entreprises et collectivités Derichebourg et concernait l’apport éventuel par Derichebourg de sa branche services à Elior.
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