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L'ACPR résolument optimiste pour la France / Plusieurs chantiers n'en sont pas moins à mener très rapidement
Dans ce Palais Brongniart qui a vu passer d’innombrables crises financières, la conférence annuelle de l’Autorité de contrôle prudentiel (ACPR) et de résolution a été l’occasion pour ses têtes pensantes de montrer leur optimisme. François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France en tête, pour qui "les banques et les organismes d’assurance français affichent une situation financière et prudentielle solide". Le banquier central ne voit donc pas de raison de s’inquiéter à outrance, d’autant plus que "la rentabilité des banques devrait en outre bénéficier progressivement des hausses ordonnées des taux d’intérêt ".
S’il juge qu’il est prématuré de "parler d’un ‘taux terminal’", il estime que "nous sommes rapprochés du taux neutre estimé autour de 2 %, que nous devrions atteindre lors de notre réunion du 15 décembre". La normalisation de la politique monétaire est certes une bonne nouvelle, le retour de la volatilité des marchés qui l’accompagne l’est moins. Le gouverneur de la Banque de France souligne ainsi que "la protection de la clientèle s’impose plus que jamais ".
Les fondations solides de l’Hexagone
En plus de disposer de l’atout d'avoir peu de taux variables dans l’immobilier, la France est dotée d’autres avantages conséquents. Le banquier central avance ainsi qu’après "étude de l’ACPR, les compagnies d’assurance françaises utilisent peu le même type de produits dérivés que les fonds de pension au Royaume-Uni". Une caractéristique qui explique que "les primes de CDS des banques françaises demeurent inférieures en moyenne à celles des banques aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe".
Ajoutés aux solides ratios de solvabilité de l’ensemble du secteur financier, cela fait dire à François Villeroy de Galhau que "rien ne paraît justifier aujourd’hui une restriction générale sur la distribution de dividendes, comme cela avait été fait temporairement en 2020". Ce qui ne veut pas dire que ce ne sera pas le cas, dans le cas où la conjoncture se dégraderait.
Les nouveaux dangers
Des bases solides pour l'économie française, qui ne font pas oublier des risques grandissants pour la sphère financière. Trois qui lui ne sont pas directement liés sont mis en exergue par le président de l'ACPR : le risque cyber rendu prégnant avec le conflit ukrainien, les marchés immobiliers fragilisés par la hausse des taux et les dangers liés aux cryptoactifs. Il s'inscrit sur ce dernier point dans la lignée du cinglant billet de la BCE de jeudi dernier, qui fustigeait les risques démesurés du cryptoactif roi.
D'autres dangers majeurs sont quant à eux liés plus directement au secteur financier : le gouverneur estime que "tous les épisodes d’instabilité financière depuis trois ans viennent des non-banques et non-assurances" : du "dash for cash" des fonds monétaires en mars 2020 aux fonds de pension britannique en septembre". Tantôt liés à l'effet de levier, à des manques de liquidités ou encore aux appels de marge. Sur ce point, les autorités françaises ont du pain sur la planche et il est, prévient François Villeroy de Galhau, "grand temps que nous avancions sur le renforcement du cadre réglementaire des NBFIs dans toutes ses dimensions, qu’elles soient micro, mais aussi macroprudentielles". Cela devrait permettre de disposer de "coussins de liquidité pour les fonds en difficulté".
Sur le plan des progrès à accomplir, l'ACPR ne ménage pas l'assurance vie: François Villeroy de Galhau rappelle qu'il avait souhaité des progrès en termes de transparence et de justification des frais dans le secteur. Ce lundi, il a affirmé qu'il devait "malheureusement constater que le compte d’un bon accord n’y est pas encore aujourd’hui : sous réserve d’avancées rapides de la profession, que nous continuons à souhaiter, nous prendrons donc si nécessaire une recommandation de l’ACPR d’ici la mi- 2023". Jean-Paul Faugère, vice-président de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, est d'ailleurs également allé dans ce sens. "Je sais que le sujet dérange. Et j’ai entendu les interrogations des professionnels, en particulier des sociétés de gestion et des intermédiaires", a-t-il affirmé. Tout en n'en faisant pas une fatalité, puisqu'il "continue de croire [...] qu’une approche collaborative est possible". Reste à savoir si la menace de la prise d'une recommandation suffira à produire les effets "tangibles" qu'il espère.
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