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Banque de France / Inflation / croissance
Pourquoi 2023 s’annonce plus pénible que prévu, selon la Banque de France / Les trois raisons d'une croissance encore plus apathique
En 2023, la France sera confrontée à un contexte économique plus corsé qu’escompté. La Banque de France a revu à la baisse de 0,2 point sa prévision de croissance du Produit intérieur brut (PIB) pour l’an prochain (0,3 %).
Grande incertitude oblige, “nous retenons pour cette prévision de la croissance en 2023 un intervalle de confiance allant de – 0,3 % à + 0,8 %”, a indiqué la Banque centrale - l’intervalle de prévision allait de -0,5% à +0,8 % lors de ses dernières prévisions en septembre. “Cela signifie qu’une récession ne peut être exclue, mais qu’elle serait alors limitée et temporaire”, a avancé l’institut d’émission.
Plusieurs paramètres expliquent cette inflexion plus importante que prévu.
Trois boulets pour la croissance
D’une part, il y a les difficultés rencontrées par l’économie mondiale et plus particulièrement par la zone euro dans un contexte de chocs énergétique et inflationniste féroces. La Banque centrale européenne prévoit maintenant une récession avec une contraction du PIB des Dix-neuf au quatrième trimestre 2022 et au premier trimestre 2023. “La demande prévue des pays partenaires de la France connaîtrait une nette dégradation. Sa croissance est révisée à la baisse de respectivement – 0,4 et – 0,2 point en 2023 et 2024, par rapport au scénario de référence publié en septembre”, explique la Banque de France.
D’autre part, toujours en défaveur du commerce extérieur hexagonal, le taux de change effectif nominal de l’euro (calculé par rapport à 42 pays partenaires de la zone euro) devrait s’apprécier de 0,9 % en 2023 quand le marché envisageait une dépréciation de 1,6 % auparavant (les prévisions des variables financières incluses dans le scénario de la Banque de France ne découlent pas de ses propres vues mais de celles des marchés à terme).
Enfin, le scénario de la Banque s’appuie sur une hausse des taux d’intérêt plus forte que celle anticipée en septembre. Alors que l’inflation élevée s’avère toujours plus persistante que prévu en zone euro, le marché s’attend à un taux Euribor à 3 mois (taux interbancaire proche du taux de la facilité de dépôt de la Banque centrale européenne) de 2,9 % en zone euro pour 2023, soit 90 points de base de plus que prévu.
Il convient de noter que cet effet négatif des taux d’intérêt sur l'activité économique pourrait même être plus puissant. En effet, pour effectuer ses prévisions, la Banque de France a pris en compte les informations de marché disponibles jusqu’au 23 novembre. Or, lors de sa conférence de presse de jeudi dernier, Christine Lagarde, présidente de la BCE, a envoyé des signaux de hausses des taux plus fortes qu'anticipées par les marchés en 2023. Ces derniers les ont désormais actées en relevant leur prévision de taux de la facilité de dépôt terminal à plus de 3 %.
Pas de boucle prix-salaires
Si la croissance française devrait être plus faible qu’escompté l’an prochain, c’est tout l’inverse de l’inflation. L’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) devrait progresser de 6 % (contre 4,7 % prévu en septembre).
Croissance très molle, forte inflation, serait-ce à dire que la France est amenée à connaître une stagflation ? Non, a affirmé Olivier Garnier, directeur général des statistiques, des études et des relations internationales de la Banque de France, à l’occasion d’une conférence de presse. “Je n'utiliserais pas ce terme car la stagflation renvoie aux années 70 où le phénomène fut durable car auto-entretenu à travers l'émergence d'une boucle prix-salaires", a déclaré l'économiste.
"Ce que met clairement en évidence notre projection est que nous ne sommes pas dans ce type de scénario avec l'apparition d'une spirale inflationniste", a-t-il ajouté, même si une importante croissance des salaires nominaux est attendue sous l'effet conjugué des difficultés de recrutement sur le marché du travail (plus d'une entreprise sur deux est concernée), de la revalorisation du Smic ainsi que de l'inflation (à leur pic les rémunérations nominales progresseraient de 6,4 % en glissement annuel lors du deuxième trimestre 2023). Pour 2024 et 2025, la Banque de France prévoit une inflation atteignant respectivement 2,5 % et 2,1%.
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