Macro-économie / Taux / Taux d'intérêt négatifs / Dette / banques centrales / Inflation
Macro-économie / Taux
Taux d'intérêt négatifs / Dette / banques centrales / Inflation
Cette bizarrerie économique qui aura duré près d’une décennie / La dette à taux d’intérêt négatif vient de tirer sa révérence partout dans le monde
Le changement de pied des Banques centrales ces derniers douze mois l’a conduite à disparaître du paysage de la finance mondiale. La dette obligataire qui s’échange à taux d’intérêt négatifs a totalement disparu de la surface du globe, si l’on en croit les données publiées par Bloomberg qui a construit un indice pour la mesurer (Global Aggregate Negative Yielding Debt). Cela marque la fin d’un régime de faible inflation et des politiques monétaires non-conventionnelles des Banques centrales.
Son encours a commencé à augmenter à compter de 2014 alors que nombre de Banques centrales plaçaient leur taux d’intérêt directeur en dessous de 0% pour soutenir l’activité économique et éviter la déflation qui menaçait à la suite de la crise des dettes souveraines. Une politique non-conventionnelle qui fut menée en Europe (Bulgarie, Danemark, Hongrie, Suède, Suisse et zone euro) et au Japon qui est aux prises depuis plusieurs décennies avec une inflation nulle.
Cela a eu pour conséquence qu’émerge sur les marchés obligataires souverains, mais aussi privés, un phénomène anormal que personne n’avait prédit sur le plan théorique : la dette qui s’échangeait était affublée de taux négatifs. Au moment de l’acquisition de son titre, l’investisseur s’engage ainsi à rémunérer l’emprunteur pour le financer ; un état de fait qui ne s’observait jusqu’ici qu’en termes réels et non nominaux, un investisseur obligataire pouvant se faire surprendre par l’inflation.
Si bien qu’à son pic en valeur absolue fin 2020, la dette obligataire s’échangeant à taux négatif représentait pas moins de 18.400 milliards de dollars (environ 4500 titres), soit près d’un quart de la dette négociable totale.
Compte tenu de l’envolée de l’inflation et de ses perspectives lors de la réouverture de l’économie mondiale qui succédait à la pandémie, les Banques centrales sont logiquement peu à peu sorties des politiques non-conventionnelles (leurs achats d’obligations ont également pesé à la baisse sur les taux d’intérêt). Les taux d’intérêt ont alors grimpé en flèche, faisant fondre l’encours de dette se traitant à taux négatif. Seule la Banque du Japon (BoJ) n’est pas encore sortie de ce type de politique à l’heure où nous parlons, faute de ne pas avoir vu se raviver fortement l’inflation, puisque son taux directeur demeure fixé à -0,10%.
Toutefois, la décision prise lors de la dernière réunion du Conseil des gouverneurs d’élargir la bande à l’intérieur de laquelle les taux d’intérêt à dix ans peuvent fluctuer (depuis septembre 2016, la BoJ mène une politique de contrôle de la courbe des taux pour assouplir encore davantage les conditions financières). Alors qu’auparavant la BoJ autorisait les taux à dix ans à naviguer entre -0,25% et 0,25%, l’intervalle est désormais compris entre -0,5% et 0,5%.
Il n’en fallait pas plus pour que le marché obligataire anticipe que l’institution de Tokyo sorte prochainement à son tour des politiques non-conventionnelles. Si la Banque centrale s’est défendue de toute velléité de normalisation monétaire, les investisseurs ont fait la sourde oreille et propulsé ainsi le dernier titre de référence associé à un taux négatif émis par le Japon (échéance à deux ans) en territoire positif.
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