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Macro-économie / Taux / Balance commerciale / France / prix de l'énergie / Dette extérieure

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ukraine Commerce extérieur : la France a touché le fond mais creuse encore / Le déficit de la balance commerciale signe un nouveau record

UKRAINE. Choc énergétique oblige, jamais un tel écart n’avait été observé entre la valeur des biens qu’importe l’économie française et celle qu’elle exporte. Alors que la dynamique des prix de l’énergie jouera fortement sur les performances du commerce extérieur cette année, elle ne doit pas masquer un déséquilibre persistant du solde commercial aux multiples conséquences.
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique - Eric TSCHAEN/REA
Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique - Eric TSCHAEN/REA

Le sale temps demeure pour le commerce de biens de l’économie française. Sur une période de douze mois terminant en novembre 2022, le déficit de la balance commerciale (échanges de biens avec le reste du monde) s’est établi à 159,5 milliards d’euros, d’après les données publiées par les Douanes. Il s’agit d’un nouveau record et la comparaison avec l’an passé à la même période fait froid dans le dos compte tenu du doublement du déficit (78 milliards d’euros sur la période de douze mois finissant en novembre 2021).

 

 

 

 

Il faut dire qu’entre-temps, la Russie a envahi l’Ukraine à la fin de l’hiver dernier faisant bondir les prix de l’énergie (pétrole et gaz) et avec eux celui des importations de biens de l’économie française. Si le prix du baril de Brent a augmenté de 40% en moyenne en 2022, les prix sur le TTF - la principale plateforme gazière d'Europe - ont atteint en moyenne plus de 130 euros le mégawattheure environ, soit plus de sept fois plus que la moyenne des prix entre 2016 et 2020.

De sorte que le gouvernement s’attend à un déficit de 156 milliards d’euros sur l’année 2022. Et la situation ne devrait guère être plus favorable pour cette année, reconnaît lui-même l’exécutif.

 

Où va le prix du gaz ?

 

En effet, il anticipe un déficit de la balance commerciale de 154 milliards d’euros, peut-on lire dans le projet de loi de finances 2023. Un chiffre lié à "l’hypothèse d’une stabilisation des prix des imports d’énergie à leur niveau record de 2022", explique le rapport économique, social et financier (RESF) joint au projet de loi de finances qui détaille les prévisions macroéconomiques et de finances publiques du gouvernement (il est préparé par la direction générale du Trésor et la direction du budget).

Si les prix de l’énergie refluent en raison d’une météo plus douce et d’une dégradation de perspectives de croissance de l’activité, plusieurs aléas à la hausse demeurent. D’une part, le flux gazier en provenance de Russie, déjà sur la pente descendante depuis de nombreux mois pourrait tomber à zéro dans le cadre mesures de représailles (30 milliards de mètres cubes pourraient alors manquer à l’Europe soit environ 10% de sa consommation, alerte l’Agence internationale de l’Energie).

D’autre part, alors que les pays européens ont sollicité à plein les pays producteurs de gaz naturel liquéfié en 2022 pour reconstituer leurs stocks de gaz dont leur mix énergétique dépend fortement (notamment l'Allemagne et l'Italie), ils ont pu profiter de la moindre demande chinoise, la deuxième économie de la planète étant aux prises une large partie de l’année avec la pandémie.

Ayant relâché ses mesures de restriction et amendé sa politique zero-covid, la croissance du PIB de l’Empire du Milieu devrait atteindre 4,4% cette année après 3% en 2022, d’après Jenny Gang, directrice chez S&P Global Commodity Insights. En conséquence de quoi, la demande de gaz naturel liquéfié devrait croître de 6,6%, selon l’agence de notation américaine.

Au regard de l’ensemble de ces éléments, "nous pensons que les prix du gaz en Europe pourraient passer un peu en dessous de 100 euros le mégawattheure au printemps prochain, mais qu'ils devraient remonter plus tard en 2023, pour atteindre une moyenne légèrement supérieure à 100 euros le mégawattheure sur l'année.", avancent les économistes de Deutsche Bank.

 

Deux conséquences 

 

Seule l’aggravation du déficit de la balance commerciale de l’Hexagone trouve son origine dans la guerre en Ukraine, le déséquilibre du solde en lui-même date de plus de deux décennies. Et il a notamment deux conséquences. La première est qu’il entraîne un déficit de la balance courante de la France (aux échanges de biens avec le reste du monde, sont ajoutés les services et les revenus) et tout déficit doit être financé – l’excédent enregistré en 2021 est notamment dû aux performances de CMA CGM. En l’occurrence, c’est donc l’endettement extérieur du pays des Lumières qui croît année après année : sa position extérieure nette est débitrice à hauteur de 800 milliards d’euros (il s’agit de la différence entre les actifs détenus par la France à l’étranger et les actifs détenus par le reste du monde en France).

Par ailleurs, alors que les réflexions sur le drame français de la désindustrialisation n’ont eu de cesse de fleurir au cours des années écoulées, le fait que la balance commerciale affiche un déficit tenace pourrait ne pas seulement en être le produit mais aussi la cause. C’est un point soulevé par les économistes François Geerolf et Thomas Grjebine dans une note réalisée pour le compte du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii).

"Pour un niveau de demande interne de biens manufacturés donné, un déficit de la balance des biens manufacturés conduit à diminuer la production, en la remplaçant par des importations", indiquent les deux économistes, qui rappellent donc qu’un "déficit de la balance des biens manufacturés diminue de façon mécanique la production de biens pour une demande donnée". Si bien que "lorsque ce déficit augmente (ou que le solde commercial se dégrade), la production de biens diminue encore (par rapport à la situation antérieure où le solde commercial était moins dégradé), ce qui amène à la désindustrialisation", analysent-ils.

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