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Inflation ; Taux directeurs ; Banques centrales ; Perspectives ; BCE ; Fed ; Banque d'Angleterre ; Christine Lagarde ; Jerome Powell ; Europe ; États-Unis ; Croissance

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Inflation : quel sera le prochain coup des Banques centrales ? / La fracture entre "colombes" et "faucons" se creuse

Après une année 2022 éprouvante, l’inflation en Europe et aux États-Unis semble ralentir en ce début 2023. Les marchés réclament l’arrêt des politiques monétaires restrictives mais les Banques centrales ne l’entendent pas de cette oreille, du moins pas tout de suite.
Christine Lagarde, présidente de la BCE, à gauche, et Jerome Powell, président de la Fed, à droite (Patricio Murphy/ZUMA/REA)
Christine Lagarde, présidente de la BCE, à gauche, et Jerome Powell, président de la Fed, à droite (Patricio Murphy/ZUMA/REA)

Préoccupation majeure de part et d’autre de l’Atlantique, l’inflation est encore sur toutes les lèvres en ce début d’année 2023. Alors que son envolée commence à marquer le pas, la pression s’accentue sur les banquiers centraux pour ralentir leur offensive sur le front de la hausse des taux d’intérêt, voire y mettre un terme. En Europe comme aux États-Unis, la série d’annonces de remontée des taux de la semaine dernière ne bénéficie plus d’un consensus aussi prononcé qu’auparavant, marquant une "divergence croissante entre les perspectives 'faucons' des banques centrales et celles plus 'colombes' des marchés", estime Erik Knutzen, directeur général de Neuberger Berman.

Qu’en est-il vraiment ? Avec une inflation annuelle à 9,2 % en décembre en zone euro et à 6,5 % outre-Atlantique, l’année 2022 aura donné du fil à retordre à Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), et Jerome Powell, son confrère de la Réserve fédérale américaine (Fed). Toutefois, la hausse des prix a vraisemblablement déjà franchi son pic et devrait refluer dans les mois à venir. La BCE table sur un retour à 3,6 % d’ici la fin de l’année – en conformité avec les prévisions des économistes qui oscillent globalement entre 3 % et 4 % – tandis qu’aux États-Unis, l’inflation devrait se rapprocher des 2 %.

 

"Effondrement des prix du gaz européen"

 

Les matières premières, notamment le pétrole et le gaz, ont constitué la principale composante de l’inflation en 2022, particulièrement en Europe, encore largement dépendante du gaz russe au début de la guerre en Ukraine. Ainsi, alors même que l’envolée des cours de l’énergie avait été à l’origine de l’emballement des prix à la consommation dans les économies avancées, leur modération a entraîné un recul mécanique de l’inflation en fin d’année 2022. "Ne sous-estimons pas le potentiel monstrueusement désinflationniste de la composante énergie", rappelle Patrick Artus, conseiller économique chez Natixis.

Dans la foulée, la composante alimentaire est également attendue à la baisse. "La question n’est pas de savoir si mais plutôt quand les prix baisseront, c’est une très bonne nouvelle pour nos économies, les consommateurs et les banquiers centraux", souligne François Rimeu, stratégiste senior chez La Française AM.

En outre, les économistes ne semblent plus tellement redouter de boucle "prix-salaire". "L’inflation salariale ne provient pas tant d’un marché du travail tendu mais plutôt du fait que les agents anticipent que l’inflation va continuer", explique François Rimeu. "Or, depuis six mois, ces attentes sont déjà en train de baisser aux États-Unis, toujours avec un temps d’avance sur l’Europe, entraînant moins de revendications salariales graduellement dans toutes les zones", poursuit-il.

Le ralentissement de l’inflation enregistré sur la fin d’année 2022, devrait ainsi se poursuivre au premier semestre 2023 par le simple jeu des effets de base, dans la mesure où les cours des matières premières resteront inférieurs aux niveaux enregistrés un an auparavant.

 

Le problème de l’inflation sous-jacente

 

L’inflation sous-jacente offre une image plus précise de l’état de l’économie en excluant les prix de l’énergie et des denrées alimentaires, qui ont tendance à être plus volatils que les autres. C’est justement sur ce point que le bât blesse. Abstraction faite des éléments susmentionnés, l’inflation "cœur" de la zone euro et des États-Unis ralentit péniblement, voire progresse en Europe. "L’inflation baisse mais sa composante sous-jacente reste extrêmement dynamique en Europe comme aux États-Unis", observe Jean-Christophe Caffet, chef économiste chez Coface.

Même si globalement, l’inflation sous-jacente recule outre-Atlantique, à 4,4 % contre 4,7 % un an plus tôt, celle-ci est repartie à la hausse sur les derniers mois à +0,3 % en décembre contre +0,2 % en novembre, une première depuis août. En Europe, cette donnée est passée de 5 % en novembre à 5,2 % en décembre, soit le chiffre le plus élevé depuis la création de la monnaie unique.

"L’inflation sous-jacente en Europe demeure extrêmement élevée et persistante car les entreprises cherchent notamment à reconstituer leurs marges bénéficiaires, elle constitue un socle difficile à attaquer", constate Patrick Artus, dont les perspectives prédisent une inflation "cœur" encore à 5 % en fin d’année. "Il sera compliqué de la faire passer en deçà de 4 % sans dégrader fortement le marché du travail", estime quant à lui Jean-Christophe Caffet, qui souligne le conflit d’intérêts des banques centrales entre le court et le moyen terme.

 

Fin de cycle ?

 

Alors que faire ? Les récentes hausses de taux de la Fed, de la BCE ou encore de la Banque d’Angleterre la semaine dernière témoignent de la prudence des banques centrales face à l’impatience des marchés. Et si les instituts d’émission prévoient certes d’augmenter encore un peu leurs taux directeurs dans les prochaines semaines, on semble quand même se diriger vers une fin de cycle. "On pourrait même se demander si les banques centrales ne se seraient pas entendues à Davos pour envoyer un message commun", s’interroge François Rimeu.

Il y a des signes qui ne trompent pas. Par exemple, aux États-Unis, les taux directeurs sont passés au-dessus des obligations d’État à deux ans. Les marchés signalent de cette manière à la Fed que les conditions sont devenues trop restrictives pour l’économie. "Historiquement, cette configuration a toujours été annonciatrice de la fin du cycle de hausse des taux à très court terme", explique le stratégiste. "En Europe c’est pareil, on voit mal comment la BCE pourrait maintenir sa hausse des taux alors que toutes les autres banques centrales s’arrêtent", poursuit-il.

Mais pour l’instant, Jerome Powell ne semble "pas particulièrement préoccupé" par la divergence entre la Fed et les marchés, car "elle reflète moins des points de vue différents sur les fonctions de réaction de la Fed plutôt que des points de vue différents sur la trajectoire de l’inflation", analyse Erik Knutzen.

La ligne de crête est étroite entre lutte contre l’inflation et risques avérés de récession. Espérons que les banques centrales sauront trouver le chemin pour sortir nos économies de cette mauvaise passe sans trop d’encombres. Les prochains mois s’annoncent décisifs.

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