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Entreprises / Actions / EDF / nucléaire / Luc Rémont / Xavier Girre

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EDF / nucléaire / Luc Rémont / Xavier Girre

Comment Luc Rémont veut redresser EDF / Son premier défi sera de stabiliser une dette astronomique

EDF a connu en 2022 une année noire, la chute inédite de sa production nucléaire ayant conduit à des pertes historiques qui ont creusé son endettement. Luc Rémont, le nouveau PDG de l’électricien, est à pied d’œuvre pour redresser l’entreprise et lui faire retrouver des marges de manœuvre lui permettant de financer ses importants investissements à venir.
Luc Rémont, Pdg d EDF - Eric TSCHAEN/REA
Luc Rémont, Pdg d EDF - Eric TSCHAEN/REA

Un chiffre d’affaires record, propulsé par la hausse des prix de l’énergie, une production nucléaire d’électricité en chute libre, des pertes abyssales et une dette faramineuse. S’attendre au pire n’empêche pas de constater le désastre. Ce qui était très certainement la dernière présentation de résultats annuels d’EDF en tant qu’entreprise cotée, et aussi la première tout court pour Luc Rémont, le nouveau directeur général de l’énergéticien depuis le 24 novembre dernier, a montré le très mauvais état dans lequel se trouve l’entreprise que l’Etat détiendra bientôt de nouveau à 100 %.

Le montant de la perte nette de 17,9 milliards d’euros, jamais vu depuis les plus de 20 milliards d’euros de pertes de France Telecom (aujourd’hui Orange) et de Vivendi lors de l’explosion de la bulle Internet au début des années 2000, témoigne de l’accident industriel et financier auquel l’entreprise a été confrontée.

 

Plus faible production nucléaire depuis 1988

 

La production d’électricité du deuxième parc nucléaire le plus important au monde avec 56 réacteurs, derrière celui des Etats-Unis (99 réacteurs), a plongé l’an dernier à ses plus bas niveaux depuis 1988. Elle s’est établie à 179 térawattheures (TWh), soit 81,7 TWh de moins qu’en 2021. Et ce "en raison évidemment d’une moindre disponibilité du parc nucléaire liée principalement aux contrôles et aux réparations réalisées sur les circuits des réacteurs après la découverte du phénomène désormais connu de tous de corrosion sous contrainte", a rappelé vendredi Luc Rémont lors de la présentation des résultats annuels de la société.

Il s’est avéré que les 16 réacteurs nucléaires les plus récents du parc étaient aussi les plus sensibles à ce phénomène se traduisant par la présence de microfissures sur des tuyauteries en acier inoxydable du circuit d’injection de sécurité. Pour les réparer à marche forcée, EDF a dû appeler à la rescousse des soudeurs américains et canadiens, la France manquant de bras qualifiés après des années de pertes de compétence de sa filière nucléaire, délaissée par les politiques jusqu’à la soudaine volte-face d’Emmanuel Macron il y a un an.

De seulement 30 réacteurs en état de marche au 1er novembre dernier, le groupe annonce désormais 43 réacteurs opérationnels à date. Grâce également aux efforts de sobriété des Français, EDF est ainsi parvenu à éviter le black-out cet hiver, mais pas les pertes. La facture du recul de la production nucléaire se monte à 29,1 milliards d’euros sur l’excédent brut d’exploitation (Ebitda), l’indicateur clé de rentabilité d’EDF. L’énergéticien a été contraint d’acheter à prix d’or de l’électricité sur le marché de gros, où les prix se sont envolés parfois à plus de 700 euros le mégawattheure (Mhw).

"Ensuite, les mesures régulatoires prises en vue de limiter la hausse des prix pour les consommateurs ont représenté un impact de 8,2 milliards d’euros", a pour sa part indiqué Xavier Girre, le directeur financier d’EDF. Il s’agit des 20 TWh additionnels que le groupe a été contraint par son Etat actionnaire de vendre à prix cassé de 46,5 euros le MWh aux fournisseurs alternatifs dans le cadre du mécanisme dit de l’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh).

Ainsi, EDF a enregistré l’an dernier une perte brute d’exploitation de 5 milliards d’euros, contre un excédent de 18 milliards d’euros en 2021. Pour 2023, Luc Rémont a souligné que la priorité était "le redressement opérationnel d’EDF ", le groupe visant un excédent brut d’exploitation (Ebitda) "significativement supérieur" à celui réalisé en 2021.

 

"Redressement des flux"

 

Surtout, EDF sera jugé sur sa capacité à financer les ambitions de renouveau nucléaire qui lui ont été assignées, et ce alors que sa dette financière nette s’est envolée à 64,5 milliards d’euros à fin 2022. Le groupe devra tenir la date de 2035 pour le démarrage du premier réacteur nucléaire de nouvelle génération EPR sur les six voulus d’ici 2050 par le président de la République.

Pour Luc Rémont, la question de l’endettement colossal d’EDF peut-être résolue. "Je crois en notre capacité de remettre la production en marche et à améliorer graduellement la disponibilité du parc nucléaire pour stabiliser puis réduire ce niveau de dette", a-t-il affirmé.

Afin de résoudre l’équation financière, Xavier Girre, a pour sa part indiqué que le groupe misait pour l’an prochain sur un "redressement des flux en 2023 très significatif " qui devrait lui permettre "à la fois de financer ses investissements […] et de faire face aux besoins de financement ". Sur les 16,2 milliards d’euros d’investissement engagés par EDF l’an dernier, 7,5 milliards ont concerné des activités de maintenance et 8,5 milliards des investissements de développement dans le nucléaire, les réseaux ou les énergies renouvelables.

En attendant, l’Etat n’a toujours pas totalement les mains libres chez EDF dont la sortie effective de la Bourse reste en suspens. Si la puissance publique détient 95,82 % du capital du groupe à la clôture provisoire de son OPA simplifiée, le retrait obligatoire de la cote va dépendre de la décision de la Cour d’appel de Paris sur la demande de sursis déposée par les actionnaires minoritaires qui contestent toujours le prix de rachat de 12 euros. L’audience sur le fond est prévue le 23 mars.

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