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Ce que coûteront les manœuvres de la BCE en 2023 / Ca va tanguer en zone euro
L’économie de la zone euro ne sera pas insensible au changement d’orientation que la Banque centrale européenne (BCE) a amorcé il y a maintenant près de quinze mois. D’après les travaux des économistes de l’institution de Francfort, les mesures mises en place par la BCE pour lutter contre une inflation historique devraient pleinement affecter le Vieux continent cette année.
Pour mémoire, si le grand public a retenu que la première hausse de taux d’intérêt directeur avait eu lieu en juillet 2022, cette date ne signe pas pour autant le démarrage de la normalisation de la politique monétaire européenne. En effet, c’est en décembre 2021 que la BCE a commencé à diminuer son niveau d’accommodation à l’économie au travers de moindres achats d’actifs sur les marchés obligataires. Cette décision n’avait pas laissé les marchés monétaires et les taux d’intérêt à long terme indifférents, participant ainsi au début du processus de normalisation même si les taux directeurs n’avaient pas encore été relevés.
Quinze mois plus tard, la BCE a augmenté ses taux directeurs de 300 points de base - 350 selon toute vraisemblance en mars - et a commencé à réduire la taille de son bilan (depuis quelque mois grâce aux remboursements des prêts TLTRO puis à compter du mois prochain via les moindres réinvestissements des tombées de son portefeuille d’obligations). Quels sont les effets concrets de l’ensemble de ces manœuvres ?
Philip Lane, chef économiste de la BCE, s’est efforcé de les quantifier à l’occasion d’une conférence donnée à Londres. "On estime que ce resserrement a déjà fait baisser l’inflation d’environ 0,2 point de pourcentage en 2022", a indiqué l’Irlandais. Alors que l’inflation a atteint en moyenne plus de 8 % en 2022, cet impact apparaît donc mineur.
La mauvaise calibration des mesures est moins en cause que le long délai de la transmission de la politique monétaire ; il est estimé à au moins douze mois par la littérature académique. "La plupart des effets ne devraient se matérialiser qu’à partir de 2023 ", a ainsi souligné Philip Lane. Sur le front des prix à la consommation, l’inflation devrait baisser d’environ 1,2 point de pourcentage en 2023 et de 1,8 point de pourcentage en 2024 du fait du resserrement, rapportent les modèles de la BCE. En ce qui concerne la progression de l’activité économique, l’impact négatif sur la croissance du PIB réel est estimé à environ 1,5 point de pourcentage en moyenne sur 2023, 2024 et 2025, avancent les travaux de la BCE, soit près de 500 milliards d’euros en cumulé.
"Ces effets sont considérables", a reconnu Philip Lane. "Ces estimations servent à souligner les risques graves pour la réalisation de notre objectif à moyen terme si la politique monétaire avait été passive et n’avait pas réagi au choc d’inflation", a rappelé l’ancien patron de la Banque centrale d’Irlande.
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