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Allemagne / Banque centrale
La Bundesbank couvre ses pertes à coups de centaines de millions / Les dommages collatéraux du resserrement monétaire débutent
Avis de tempête sur le compte de résultat de la Banque centrale allemande. La Bundesbank a annoncé avoir réalisé un profit nul au titre de l’année 2022. Ce résultat net a été obtenu en puisant dans les provisions pour risques à hauteur de 972 millions d’euros, peut-on constater dans les documents publiés par la Banque centrale allemande. Atteignant près de 20 milliards d’euros, ces provisions ont pu être constituées grâce aux bénéfices importants que la plus grosse Banque centrale du Vieux continent a générés durant les années passées.
Liés à la politique monétaire ultra-accommodante conduite par l’Eurosystème, - les Banques centrales nationales participent de la mise en œuvre des mesures de politique monétaire-, ces bénéfices se transforment en pertes en partie à cause du relèvement des taux d’intérêt directeurs ayant débuté en juillet dernier. Pour le comprendre, il faut se plonger dans le bilan de l’institut d’émission.
En effet, au cours de la décennie précédente, en vue de combattre la menace déflationniste, la Bundesbank a acheté massivement des titres obligataires privés et publics (1 000 milliards d’euros) sur les marchés financiers et mené des opérations de refinancement à long terme auprès des banques ultra-rhénanes (TLTRO) à tarif préférentiel (plusieurs centaines de milliards d’euros).
En face, son passif est composé en majeure partie des dépôts des banques auprès d’elle ; leur évolution est le reflet des mesures non-conventionnelles (la Buba crédite le compte d’une banque lorsqu’elle lui achète un titre de dette ou lui fait un prêt TLTRO). Ainsi, la taille de son bilan s’est envolée pour atteindre jusqu’à 3 011,1 milliards d’euros fin 2021. A noter qu’une part importante de ce passif était rémunérée à taux négatif jusqu’en 2022 (taux de dépôt à -0,5 %), ainsi, fait rare, les ressources de la Banque centrale lui rapportaient.
Retour de bâton
Or, depuis juillet dernier, en vue de lutter contre une inflation historique, ce taux de dépôt a été relevé de 300 points de base (250 points de base sur l’année 2022).
La problématique à laquelle sont confrontés les grands argentiers (pas seulement en Europe) a été résumée ce matin par François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, à l’occasion de son audition par la commission des finances de l’Assemblée nationale. "Le coût des passifs augmente plus rapidement que le rendement des actifs ; c’est un phénomène transitoire qui va durer quelques années", a-t-il expliqué, précisant que la Banque de France, elle, dégagera un bénéfice au titre de l’année 2022.
L’effet sur le compte de résultat des Banques centrales va s’aggraver dans les années à venir. De fait, s’il atteignait 2 % en fin d’année, le taux de dépôt moyen sur l’ensemble de 2022 était bien plus faible. Alors que les banques de la zone euro vont continuer de disposer de plusieurs milliers de milliards d’euros de dépôts auprès de l’Eurosystème pendant un certain temps (le quantitative tightening fera baisser ce montant) et que le marché anticipe un taux de dépôt terminal à près de 4 % pour terrasser l’inflation, l’on comprend vite que la facture pourrait s’avérer particulièrement salée pour les Banques centrales européennes dans les temps qui viennent.
Un phénomène que l’on reconnaît aisément outre-Rhin. "Dans les années à venir, les charges pourraient bien dépasser les provisions pour risques constituées. Dans ce cas, la Bundesbank ferait état d’un report de pertes. Les bénéfices futurs devraient alors être utilisés pour réduire le report de pertes", explique ainsi la Bundesbank. De son côté, François Villeroy de Galhau a déclaré que les réserves mises de côté par la Banque de France devraient lui permettre de "couvrir les pertes de revenus sans faire appel à une recapitalisation de l’actionnaire".
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