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Réduflation / Oddo BHF / Inflation / Coca-Cola / grande distribution / industriels / producteur / agro-alimentaire
Protection des marges rime de plus en plus avec "réduflation" / Le phénomène reste ignoré par nombre de consommateurs
La fin semble bien justifier les moyens en période d’inflation. Du moins du côté des producteurs agroalimentaires. Si Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté Industrielle et Numérique a annoncé hier qu’un accord avait été trouvé avec les distributeurs pour limiter l’impact de l’inflation sur les consommateurs, le locataire de Bercy a d’ores et déjà prévenu : une fois ce "trimestre anti-inflation" terminé, les industriels devront renégocier leurs prix avec les distributeurs.
En cause, la baisse des prix du fret ou de ceux des matières premières, qui devrait donc permettre aux producteurs de répercuter cette diminution de leurs coûts de production dans leurs prix de vente. Des prix d’ailleurs parfois maintenus artificiellement gonflés au détriment des consommateurs, notamment au regard du phénomène de "réduflation", qui gagne du terrain. Le terme, qui synthétise ceux de réduction et d’inflation, consiste pour les industriels à réduire les quantités offertes tout en gardant le même prix, voire en les augmentant. Et pour rester discret, à conserver les mêmes emballages que pour les quantités proposées auparavant.
La pratique n’est pas nouvelle
Déjà, à la fin du mois de janvier, une enquête de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) avait confirmé que la pratique était bien installée. Environ 11 % des commerces visités et 7 sur 31 des usines contrôlées par la DGCCRF faisaient état d’anomalies. L’application de la réduflation est d’autant plus "difficile à identifier par le consommateur [qu’il] est rarement attentif au poids des produits qu’il met dans son chariot. Ainsi, la [réduflation] peut s’apparenter à une inflation invisible qui est très probablement sous- estimée dans les indices classiques de mesure de l’inflation", avertit le bureau d’études Oddo BHF, dans une note parue à ce sujet. Selon le cabinet, 29 % des consommateurs n’auraient pas conscience de la progression de cette pratique - par ailleurs légale - visant pour les producteurs à protéger leurs marges.
La réduflation est pourtant en progression : l’association Foodwatch recensait par exemple, en 2022 et sur un panier composé de six produits, une augmentation moyenne du prix au kilo ou au litre de 25 %. Tandis que le poids de ce panier a quant à lui diminué, sur la période, de 12 %. "Les marques rivalisent d’ingéniosité pour tromper les acheteurs et n’hésitent pas à jouer sur la taille des emballages afin de faire croire que les quantités sont plus importantes. […] Encore plus fort, les marques vont même jusqu’à convaincre les acheteurs que cette baisse de quantité est pour leur bien", souligne Oddo BHF, en reprenant l’exemple de Coca-Cola.
Les distributeurs contre-attaquent
Le géant américain, en 2019, avait décidé de réduire de 5 centilitres (de 50 à 45 centilitres) la taille de ses cannettes vendues en Suisse. Il expliquait alors répondre à une attente des consommateurs. Mais surprise, la taille initiale de 50 centilitres sera pourtant réintroduite dans le pays en mai prochain. Et si Coca-Cola justifie ce retour par de nouvelles enquêtes menées auprès des consommateurs, la marque semble en fait avoir cédé à la contre-attaque des distributeurs.
La Coop, distributeur helvète, avait ainsi décidé d’importer des bouteilles de 50 centilitres de Coca-Cola tout en vendant les bouteilles au "format suisse" de 45 centilitres, au même moment. Aussi, le distributeur avait alors ajouté dans les assortiments les bouteilles de son frère ennemi, Pepsi. In fine, quatre années plus tard, Coca-Cola a décidé de réintroduire le produit initialement retiré. Le tout pour un prix… égal à celui de la bouteille de 45 centilitres.
Ces techniques de réduflation touchent principalement les produits transformés, à l’instar des yaourts, des boissons, ou des fromages puisque les produits frais voient leurs prix affichés au kilogramme, précise Oddo BHF. Et de conclure avec la citation du journaliste culinaire Michael Pollan : "Vous pouvez manger tout ce que vous voulez du moment que vous le cuisinez vous-même".
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