Régulation / Concurrence / Autoroutes / concessions / Bruno Le Maire / Sanef / Vinci
Régulation / Concurrence
Autoroutes / concessions / Bruno Le Maire / Sanef / Vinci
Les concessionnaires autoroutiers n’entendent pas plier bagage / Ils souhaitent s'inscrire dans la transition énergétique
"La qualité de la signature de l’État est importante, tout comme le respect de ses engagements contractuels." Cette phrase prononcée par Arnaud Quémard, directeur général de la Sanef, à la toute fin de son audition par la commission sénatoriale de l’aménagement du territoire et du développement durable, visait bien entendu à rappeler les conséquences des récents propos de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, tant pour les investisseurs que pour les prêteurs.
Celui qui dirige la Sanef depuis 2018 a en effet tenu à rappeler que le modèle de financement des infrastructures en France reposait largement sur la dette et que le financement de la transition énergétique n’allait pas faire exception. La construction d’une infrastructure de recharge des véhicules et poids lourds électriques sur le réseau autoroutier hexagonal demandera "un investissement et une énergie considérable, qu’on ne peut pas porter complètement seul", d’après Arnaud Quémard.
Nerf de la guerre
En effet, si les autoroutes françaises étaient lourdement endettées lors de leurs privatisations, elles ne devraient vraisemblablement plus l’être à la fin des concessions accordées ; ainsi, réduire de façon abrupte la durée de ses dernières pourrait décrédibiliser les futurs engagements de l’État. Sur la possibilité de réductions, Arnaud Quémard a assuré, devant la commission sénatoriale, que " tout ce que je peux vous dire c’est qu’il n’existe pas un article du contrat [de concession] qui permet sur la base d’une supposée rentabilité de l’actionnaire, de réduire sa durée. "
La seule possibilité à ses yeux est d’avoir recours à l’article 38 dudit contrat, prévoyant une compensation financière dans ce cas. On comprend également en creux, que demander de lourds investissements à quelques années de la fin d’une concession risque de ne pas permettre de les rentabiliser et pourrait freiner des investissements pourtant essentiels.
Imprévisible
Les deux dirigeants des sociétés concessionnaires ont également tenu à dédouaner les parlementaires ayant avalisé la privatisation du début du siècle. Il était en effet impossible, à leurs yeux, de prévoir quels seraient les évolutions des taux d’intérêt et le dirigeant de Sanef s’est même interrogé sur le cas où "si les taux d’intérêt avaient doublé, y aurait-il eu un rapport de l’IGF sur une rentabilité à 4 % ? Certainement pas. "
Du côté de chez Vinci Autoroutes on s’est davantage défendu sur le volet financier, estimant que comme il l’avait "dit lors de la commission d’enquête il y a 2 ans et je le redis aujourd’hui. La rentabilité que nous avons est peu ou près celle qui était prévue à l’origine. "
De l’avant
Pierre Coppey a été, quant à lui, particulièrement remonté contre les membres de la commission, jugeant "qu’on ne peut pas à la fois nous reprocher un manque de transparence, qui est imaginaire, et nous dire qu’on n’a pas le temps de lire les rapports. " Il en a profité pour rappeler à quel point les autoroutes françaises étaient en bon état et qu’il était "très fier d’avoir construit un réseau qui est manifestement considéré comme le meilleur […] du monde."
Pas de quoi l’empêcher de vouloir faire preuve de bonne volonté pour autant, puisqu’il assure que ses équipes travaillent avec les services de l’État à construire des indicateurs permettant d’attester du bon état des infrastructures à remettre en fin de concession. De la même façon, chez la Sanef on clame être proactif sur le sujet, tout comme on se montre ouvert à une nouvelle organisation des concessions autoroutières.
En effet, le directeur général du groupe a rappelé qu’il opérait dans d’autres pays, avec des modalités différentes qui permettent également d’allier une gestion privée et un transfert des risques adéquat. Cela " fait partie des choses à envisager " selon ses mots.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

