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Bolloré pourrait lancer une offre sur Vivendi dès cet été / Le rachat de ses propres actions renforce la probabilité de l’opération
Le groupe Bolloré poursuivra-t-il ses grandes manœuvres en 2023 ? La cession par sa filiale Vivendi de la major Universal Music Group (UMG) en 2021 a été suivie en 2022 par celle de la logistique africaine. L’année dernière a aussi été celle de la passation de témoin entre Vincent Bolloré et son fils Cyrille à la tête du groupe éponyme.
La question sur toutes les lèvres cette année est de savoir ce que compte faire l’entreprise bicentenaire de la trésorerie positive de 1,2 milliard d’euros avec laquelle elle a terminé 2022 grâce à la cession de Bolloré Africa Logistics à l’armateur MSC.
Le mois qui débute va apporter une première réponse. C’est "courant avril" en effet que le conseil d’administration du groupe doit arrêter sa décision sur le projet d’offre publique d’achat simplifiée (OPAS) en numéraire annoncé à l’occasion de la publication mi-mars de ses résultats annuels.
Cette OPAS portant sur 9,78 % de son capital représenterait un décaissement d’environ 1,7 milliard d’euros. De prime abord, d’aucuns pensent qu’elle a rendu moins probable le lancement d’une offre publique d’achat (OPA) de Bolloré sur Vivendi (dont le groupe détient déjà 29,5 %), considérée comme l’étape clé de la simplification de la structure de la "galaxie Bolloré" anticipée depuis longtemps par les analystes. L’action Vivendi a d’ailleurs accusé le coup le jour de l’annonce et les suivants, avant de commencer à se reprendre.
Cette opération, qui porterait sur un peu plus de 288,6 millions d’actions Bolloré au prix unitaire de 5,75 euros, "a semé la confusion", constate JP Morgan. Mais pour les analystes de la banque d’affaires, qui ont analysé ses implications dans une récente étude, le scénario d’une OPA de Bolloré sur Vivendi tient toujours la route, et même encore davantage qu’auparavant.
Cela paraît pourtant contre-intuitif. Pourquoi le groupe utiliserait-il en effet une partie de sa nouvelle flexibilité financière pour racheter ses propres actions et compliquer le financement d’une éventuelle offre sur Vivendi ?
Cascade de holdings
"La clé pour comprendre les motivations de la famille Bolloré est de comprendre la structure de détention du groupe Bolloré", explique JP Morgan. Le groupe est détenu à 66,8 % par la holding Compagnie de l’Odet, elle-même détenue à plus de 50 % par une autre holding, Sofibol, ainsi que par d’autres holdings… détenues par le groupe Bolloré.
Sofibol est à son tour détenue à plus de 50 % par Financière V, détenue à 50 % par Omnium Bolloré, qui est détenue à 50 % par Bolloré Participations SE, la holding au sommet de la pyramide qui appartient à la famille Bolloré. Sachant qu’à chaque niveau, les autres investisseurs sont toutes des holdings filiales du groupe Bolloré, l’entité cotée tout en bas de la chaîne.
L’avantage de cette structure complexe est qu’elle permet à la famille Bolloré, avec un peu plus de 50 % de chaque maillon de la chaîne, d’avoir le contrôle total du groupe Bolloré malgré une participation très faible. Celle-ci était de seulement 5,5 % si l’on remonte au début 2021, a calculé JP Morgan, mais elle confère à la famille un intérêt économique plus important, que la banque évalue à 12 %. Ce qui s’explique par le fait que Bolloré possède "une part importante de lui-même", souligne la banque, du fait de la structure de détention circulaire évoquée plus haut.
Le rachat l’an dernier par la Compagnie de l’Odet de 3,5 % du capital de Bolloré a renforcé cet intérêt économique. Et il en sera de même avec le rachat envisagé par le groupe de 9,78 % de son capital. Au total, en additionnant les deux effets, JP Morgan a calculé que la participation de la famille dans le groupe Bolloré passerait de 5,5 % à 6,4 % du capital, soit une augmentation de 15 %. Mais son intérêt économique augmenterait lui de 12 % à 17 %, soit un bond de 41 %.
En somme, et c’est là que l’on veut en venir, ces deux opérations combinées "augmentent d’environ 40 % la valeur ajoutée pour la famille dans le résultat d’une OPA sur Vivendi", souligne JP Morgan. Et ce alors que selon ses calculs, Bolloré disposera toujours - après son OPAS sur 10 % de son propre capital - d’une capacité financière suffisante pour lancer une offre en cash sur Vivendi.
Donc, non seulement, le rachat d’actions envisagé par Bolloré ne réduira pas la probabilité d’une offre sur Vivendi mais il en constitue "une étape clé, une condition préalable", conclut la banque d’affaires américaine. Et cette offre pourrait intervenir selon elle "au début de l’été, sinon plus tard dans l’année."
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