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L’euro est (quasiment) à son plus haut historique / Une histoire de taux d’intérêt et d’inflation
L’euro a rarement été aussi plébiscité. Le taux de change effectif nominal de la monnaie unique (taux de change bilatéraux pondérés par l’importance des liens commerciaux qui unit la zone euro et ses partenaires) se situe juste en dessous (-2 %) de son plus haut historique atteint lors du pire de la crise financière mondiale (automne 2008), montrent les données publiées par la Banque centrale européenne (BCE).
Dollar à la traîne
Parmi l’ensemble des monnaies les plus puissantes composant l’indice mesuré par l’institution de Francfort (dollar, yen, livre sterling ou encore franc suisse), c’est le dollar qui a vu sa valeur le plus diminuer face à la monnaie unique au cours de ces derniers mois (il représente également la plus grosse pondération au sein de l’indice) : elle s’établit à environ 15 % depuis septembre dernier.
Le billet vert voit plusieurs évènements jouer en sa défaveur. Toujours est-il qu’"à l’image des deux années qui viennent de s’écouler, c’est d’abord une histoire de différentiel de taux d’intérêt ", explique à WanSquare Daniel Morris, chef économiste de BNP Paribas Asset Management.
Alors qu’il était à l’avantage du dollar durant l’année 2022, le différentiel de taux d’intérêt directeur attendu à douze mois entre la BCE et la Réserve fédérale américaine (Fed) a basculé en faveur de l’institut d’émission européen.
Inflation tenace
En cause ? Une hausse des prix à la consommation qui paraît plus vicieuse que de l’autre côté de l’Atlantique qui pousserait la BCE à mener une politique monétaire restrictive plus longtemps que la Fed.
Alors que l’inflation sous-jacente (meilleur indicateur que l’inflation globale pour capturer la vigueur des pressions inflationnistes) américaine a reculé de 0,6 point depuis son pic de septembre dernier (elle atteint aujourd’hui 4,6 % l’an), son équivalente européenne n’a fait que croître ces derniers temps pour s’afficher à un plus haut historique de 5,7 % en mars.
" L’inquiétude est nourrie entre autres par le fait que l’inflation des biens non énergétiques demeure élevée [6,6 % sur un an en mars, ndlr] alors qu’elle a baissé fortement aux États-Unis, même si l’on s’attend à ce qu’elle diminue à son tour", estime Daniel Morris, qui avance que l’évolution de la situation du côté des services (5,1 % sur un an) demeure sans doute le principal point d’attention avec en ligne de mire : les salaires nominaux.
Or, "en Europe, les mouvements de grèves auxquels on a assisté ont parfois débouché sur des augmentations salariales significatives et elles touchent, contrairement aux États-Unis, un nombre important de secteurs", fait remarquer le chef économiste, qui juge ainsi plus probable le déclenchement d’une boucle prix-salaires sur le Vieux continent qu’au sein de l’Oncle Sam.
D’après la BCE, les salaires nominaux devraient progresser de 5,3 % en 2023, avant que leur croissance ne ralentisse pour atteindre 4,4 % l’an prochain, puis 3,6 % en 2025.
Récession américaine
Un autre facteur, même si paraissant de moindre importance, ne ferait guère les affaires du dollar : les perspectives de croissance.
L’équipe d’économistes de la Fed anticipe une récession au cours de l’année, peut-on lire dans le compte rendu de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de l’institution de Washington. Les économistes de la BCE, eux, prévoient une croissance constante de l’activité économique durant l’année 2023.
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