Dirigeants, gouvernance / Assemblée générale / LVMH / Veolia / L'Oréal / Elior / Salaire / dirigeants
Dirigeants, gouvernance
Assemblée générale / LVMH / Veolia / L'Oréal / Elior / Salaire / dirigeants
Les salaires des dirigeants en cette saison d’assemblées générales / Alors que des écarts se creusent, certains PDG veulent montrer l'exemple
Il y a des chiffres qui interpellent. Le dernier rapport d’Oxfam France a mis en lumière l’écart grandissant entre les rémunérations des salariés et des présidents-directeurs généraux (PDG) dans les cent plus grandes entreprises françaises cotées. Le constat est le suivant : "l’écart de rémunération moyen entre le PDG et le salaire moyen est passé de 64 à 97" entre 2011 et 2021, pointe l’étude de l’organisation. A comprendre, donc, que les PDG des plus grandes entreprises françaises de la place parisienne ont gagné, en moyenne, 97 fois le salaire moyen de leurs employés en 2021 – contre donc 64 fois dix ans auparavant -. Dans un contexte d’inflation galopante qui réduit le pouvoir d’achat des consommateurs, la nouvelle a de quoi faire parler.
La statistique peut tout de même être contextualisée au sein d’une année 2021 qui avait été marquée par les performances exceptionnelles des entreprises françaises, qui profitaient alors du rebond de l’économie post-confinements. Pour preuve : le CAC 40 y avait alors bondi de 31,1 % (dividendes inclus), selon les données de Morningstar. Soit la plus forte hausse de l’indice phare de la Bourse de Paris depuis 1999. Une performance qui peut donc expliquer, dans une certaine mesure, que l’écart des rémunérations entre PDG et salariés se soit ainsi particulièrement accru en 2021.
Une question de signal
Malgré tout, en matière de signal envoyé, l’information reste peu avantageuse pour les dirigeants du fleuron des entreprises tricolores. Alors en cette saison d’assemblées générales (AG) annuelles, lors desquelles les rémunérations des PDG sont dévoilées et soumises au vote des actionnaires, certains patrons ont décidé de montrer l’exemple. En choisissant de ne pas se faire augmenter ou, même, de renoncer à leur cachet.
Entre autres, Bernard Arnault, PDG de LVMH, a par exemple décidé de ne pas augmenter son salaire. Alors que le numéro un mondial du luxe a fait état de bénéfices exceptionnels au titre de l’année 2022 et que, une dizaine de jours avant l’AG, le groupe a démontré débuter l’année 2023 dans cette même lignée de record, le patron de LVMH a ainsi choisi de ne pas soumettre d’augmentation de son salaire aux actionnaires de la société. Ces derniers ont quant à eux été gratifiés d’un dividende de 12 euros par action (contre 10 euros l’année précédente), tandis que les salariés du groupe ont pu recevoir plus de 1 000 euros supplémentaires au fil de l’année, au travers de différentes primes d’intéressement ou de participation.
D’autres s’alignent
Chez L’Oréal, autre géant du CAC 40, la ligne de conduite s’aligne. Fort d’une année 2022 exceptionnelle, le leader mondial de la beauté a, par exemple, versé une prime de 2 000 euros à ses salariés après avoir généralement augmenté leurs rémunérations de 6,63 % (au regard d’une inflation à 5,7 % dans l’Hexagone). Les actionnaires de L’Oréal ont, eux, bénéficié d’une progression de leur dividende de 25 % sur un an, à 6,60 euros. Quant à Jean-Paul Agon (président du conseil d’administration), et Nicolas Hieronimus (directeur général), ils ont choisi de ne pas demander d’augmentation à leurs actionnaires en AG. La hausse de l’enveloppe globale des rémunérations des administrateurs est, quant à elle, restée limitée, en s’appréciant de 1,6 million à 1,7 million d’euros. Chez Veolia, même son de cloche : après avoir enregistré des résultats en forte hausse au terme de l’exercice 2022, le président du conseil d’administration Antoine Frérot et la directrice générale du gestionnaire d’eau et de déchets, Estelle Brachlianoff, ont choisi de ne pas s’augmenter à l’issue de l’AG.
Des décisions qui prennent ainsi place dans des sociétés à qui l’année 2022 aura été plus que profitable. Mais certains groupes faisant état de difficultés financières vont encore plus loin. Après avoir pris la présidence et la direction générale du groupe de restauration collective Elior à l’issue de l’AG il y a près de deux semaines, Daniel de Richebourg a annoncé par la suite renoncer à sa rémunération fixe de 900 000 euros bruts, qui devait lui être versée au titre de l’exercice 2022-2023. De même, le patron d’Elior a décidé de limiter sa rémunération variable court terme : en cas d’atteinte des critères de performance, elle sera plafonnée à 500 000 euros bruts. Si ces critères sont dépassés, elle sera plafonnée à 750 000 euros bruts. En cause, le choix de contribuer personnellement à "l’effort collectif de redressement [des] marges opérationnelles", a fait valoir le dirigeant, puisque la société reste fortement endettée. Alors que la saison des AG est encore loin d’être terminée, reste à voir si d’autres dirigeants décideront de suivre cette démarche.
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