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Macro-économie / Taux / Etats-Unis / plafond d'endettement / Défaut

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Etats-Unis / plafond d'endettement / Défaut

États-Unis : la date fatidique se rapproche / Ils pourraient faire défaut début juin

Faute d’avoir pu suspendre ou relever le plafond régissant la quantité de dette qu’il peut contracter, le gouvernement américain pourrait ne plus être en mesure de satisfaire à l’ensemble de ses obligations le 1er juin, a alerté Janet Yellen, secrétaire au Trésor. Explications.
Janet Yellen, secrétaire au Trésor - Volodymyr Tarasov/ZUMA Press/ZUM
Janet Yellen, secrétaire au Trésor - Volodymyr Tarasov/ZUMA Press/ZUM

Le premier semestre 2023 s’avère plutôt agité pour les États-Unis en termes financiers. Déjà confronté à d’importantes secousses affectant son système bancaire, l’Oncle Sam est également aux prises avec une législation plutôt contraignante vieille d’un siècle : le plafond d’endettement, quantité de dette maximale que l’Etat fédéral peut contracter.

Depuis le 19 janvier, ce plafond a été atteint (31.400 milliards de dollars), si bien que les États-Unis ne peuvent contracter de nouvelle dette – autre que pour rembourser la dette arrivant à échéance -, ce qui conduit la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, à se démener tant que faire se peut pour que s’égalisent dépenses et ressources.

 

Date butoir avancée

 

En effet, pour faire face à ses dépenses, l’Etat fédéral ne peut s’appuyer sur ses seules recettes et doit s’endetter pour régler la différence ; le Trésor a ainsi pris des mesures "exceptionnelles" de réduction de dépenses, notamment l’arrêt des versements à plusieurs fonds de retraites et de prestations de santé ou d’invalidité des agents publics, en vue de limiter les flux de trésorerie sortants du compte courant dont il dispose à la Réserve fédérale (291,7 milliards de dollars à fin avril).

Si le 13 janvier, Janet Yellen avait indiqué qu’il était "peu probable" que les liquidités qu’il a à sa disposition et les mesures extraordinaires adoptées ne permettent pas de tenir jusqu’au début du mois de juin, son discours a changé. De fait, "après avoir examiné les recettes fiscales fédérales récentes, nous estimons que nous ne serons pas en mesure de continuer à satisfaire toutes les obligations du gouvernement d’ici le début du mois de juin, voire dès le 1er juin, si le Congrès ne relève pas ou ne suspend pas la limite de la dette avant cette date", vient-elle d’écrire dans une lettre adressée, entre autres, au président républicain de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, qui plaide pour qu’un relèvement du plafond s’accompagne d’un plan de réduction des dépenses publiques, ce à quoi les Démocrates s’opposent.

 

Marchés inquiets

 

Sans surprise, la publication de cette lettre n’a pas laissé de marbre les taux d’intérêt souverains de court terme (le taux à trois mois des Etats-Unis a pris 20 points de base et est au plus haut depuis près de vingt ans) ni le marché des dérivés de crédit (Credit default swap – CDS). Ces produits permettant de s’assurer contre le défaut d’un émetteur, ont vu la prime qui leur est associée (spread) s’envoler de plusieurs dizaines de points de base, en particulier le CDS à un an portant sur la dette américaine. Et pour cause, le paiement des intérêts sur sa dette fait partie des obligations auxquelles est soumis l’Etat fédéral et s’il se trouvait à court de liquidités il pourrait bien ne plus être capable de les assumer.

C’est ainsi que Janet Yellen a rappelé que "les impasses passées sur la limite de la dette nous ont appris que le fait d’attendre la dernière minute pour suspendre ou augmenter la limite de la dette peut nuire gravement à la confiance des entreprises et des consommateurs, augmenter les coûts d’emprunt à court terme pour les contribuables et avoir un impact négatif sur la note de crédit des États-Unis".

Pour mémoire, l’Oncle Sam avait perdu son triple A à l’été 2011, à l’occasion de l’une des précédentes crises sur le plafond de la dette. "Les manœuvres politiques de ces derniers mois mettent en évidence le fait que la gouvernance et l’élaboration des politiques américaines deviennent moins stables, moins efficaces et moins prévisibles qu’on ne le pensait auparavant ", écrivait notamment S & P Global Ratings pour justifier la dégradation de la note américaine.

 

Situation sans précédent

 

Si Républicains et Démocrates ne trouvent pas d’accord d’ici quelques semaines, il semble peu aisé de prédire comment se comportera le Trésor, étant donné que cette situation n’a aucun précédent. Des chercheurs de la Brookings Institution, think tank washingtonien, avancent que le Trésor avait mis en place un plan d’urgence en 2011 lorsque le pays a été confronté à une situation similaire, et qu’il paraît "probable" qu’il le suivra si cette situation inédite se produisait.

"Dans le cadre du plan 2011, il n’y aurait pas de défaillance sur les titres du Trésor", rappellent-ils, expliquant que "le Trésor retarderait les paiements pour toutes les autres dépenses qu’il doit assumer jusqu’à ce qu’il dispose d’au moins suffisamment de liquidités pour payer les dépenses d’une journée entière. En d’autres termes, il retardera les paiements aux agences, aux bénéficiaires de la sécurité sociale et aux prestataires de l’assurance-maladie plutôt que d’essayer de choisir les paiements à effectuer qui sont dus un jour donné".

L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers, qui n’est pas connu pour avoir sa langue dans sa poche, a estimé entre 2 et 3 % la probabilité que les États-Unis fassent défaut sur leur dette au cours des prochains mois.

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