Taux - Dette Souveraine / BCE / banques centrales / Inflation / Défaut / endettement
Taux - Dette Souveraine
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Quand Natacha Valla s'oppose à l'endettement perpétuel
L'endettement mondial des États devrait atteindre cette année des records historiques, alors que les gouvernements du monde entier ont instauré des plans de soutien colossaux pour éponger les effets économiques de la catastrophe sanitaire. Selon les prévisions de la Commission européenne, le ratio dette publique/PIB de la zone euro devrait progresser de 17 points cette année, pour atteindre 103% du PIB de la région. Et même l'Allemagne, traditionnelle bonne élève de la zone euro, a temporairement mis fin à sa règle de l'excédent obligatoire, autrement appelée "schwarze null". Ainsi, son endettement public devrait atteindre 76% du PIB en 2020, contre 60% en 2019. La France devrait de son côté connaître une hausse de son endettement de 19 points, à hauteur de 117% du PIB.
Dans ce contexte d'envolée du fardeau des États, les interrogations sur l'utilité de rembourser ses dettes se sont multipliées dans le débat public. "Une illusion dangereuse", selon Natacha Valla, ancienne directrice générale adjointe de la BCE, et Christian Pfister, dans une étude publiée par la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) cette semaine. La nouvelle doyenne de l'école de management et de l'innovation de Sciences Po défend ainsi l'idée que payer ses dettes permet aux États d'éviter des coûts importants.
Depuis le début de l'épidémie, deux types d'instruments ont été mis en avant comme instruments de financement des déficits publics, en vue d'alléger la contrainte de liquidité pesant sur les États. Le premier, évoqué par le financier américain George Soros, consisterait à émettre de la dette perpétuelle. Selon lui, celle-ci permettrait de n'imposer aux États qu'une charge budgétaire très légère, citant un taux d'intérêt de 0,5% seulement. Un niveau "étonnamment faible alors que sous l'Ancien Régime, la dette perpétuelle portait communément un intérêt de 4%", remarque Natacha Valla. L'économiste estime pour sa part qu'il est très difficile d'évaluer à quel taux une dette perpétuelle peut être émise. Et que la logique voudrait plutôt que plus l'échéance est longue (ce qui serait le cas pour de la dette perpétuelle), plus le rendement exigé par les investisseurs est élevé.
Autre outil possible pour alléger la facture des États : la mutualisation des dettes, évoquée au moment de la crise de la dette en 2012, et de nouveau mise sur le tapis sous le terme de "coronabonds", ce printemps, en pleine épidémie. Le principe ? Charger une agence européenne, bénéficiant de la caution solidaire de l'ensemble des pays membres de la zone euro, d'émettre de la dette souveraine pour le compte d'États, qui, sinon, seraient soumis au risque de ne plus pouvoir accéder aux marchés financiers. Mais selon Natacha Valla, un tel instrument empêcherait les marchés financiers de jouer leur rôle de gendarme et d'envoyer des signaux d'avertissement aux États trop dispendieux, ceux-ci n'ayant plus besoin d'émettre pour leur propre compte. Sachant qu'il pèserait sur la capacité d'emprunt des États les mieux notés, désormais garants d'États moins rigoureux. Par ailleurs, ces derniers ne verraient pas forcément diminuer les taux d'intérêt moyens auxquels ils accèdent. Bref, les eurobonds ne sont pas la panacée.
Autre type d'option pour les États souhaitant relâcher leurs engagements financiers : faire défaut ! Une hypothèse naturellement repoussée par les émetteurs au motif que l'invoquer serait autoréalisateur : "les épargnants ne voudraient pas prêter à un État qui afficherait ne pas souhaiter les rembourser", remarque l'économiste. Le défaut général est par ailleurs très impopulaire dans les États où la dette est largement détenue par les résidents, comme c'est le cas, au Japon ou en Italie.
La Banque centrale enfin peut contribuer à restaurer la soutenabilité des finances publiques des États : en promettant d'instaurer un programme d'achats de titres conditionnés à des réformes, en 2012, le président de la BCE a ainsi permis d'apaiser les tensions sur les marchés obligataires des États du sud de la zone. Mais l'indépendance des banques centrales les empêche d'intervenir sans condition pour soutenir un État en particulier. Et dans le cas actuel de destruction de capital massive et de pertes humaines sans précédent, il est peu probable que la banque centrale parviendrait à relancer l'inflation afin d'alléger la contrainte budgétaire pour les États. Enfin, créer de l'inflation en monétisant les dettes nuirait par ailleurs à la crédibilité des banques centrales, dont l'objectif principal est de garantir la stabilité des prix.
Professé et pratiqué depuis des siècles jusqu’à la période contemporaine, le non-remboursement de la dette ou son remboursement à vil prix grâce à l’érosion monétaire est donc "une vieille lune", conclut l'économiste. Il a conduit à des épisodes dramatiques, comme l’hyperinflation allemande de l’entre-deux-guerres et la dislocation politique et sociale à laquelle elle a conduit. "Même si un scénario aussi désastreux ne devait pas se matérialiser, choisir aujourd’hui de ne pas assumer les conséquences des dépenses passées aurait forcément des conséquences importantes pour la distribution des revenus et des richesses, donc pour la croissance future et pour l’équité. "
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