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Défaut / coronavirus / Zombie

Y a-t-il un risque de zombification de la zone euro post-Covid ?

Les entreprises des branches d'activité les plus affectées par la pandémie pourraient, plus que les autres, faire face à un manque de liquidités. Si elles étaient déjà en difficultés financières avant l'irruption de l'épidémie, leur risque de défaut devrait progresser.
Banque d’Espagne - Madrid
Banque d’Espagne - Madrid

Les pays développés vont-ils être confrontés à une explosion des faillites une fois que les gouvernements mettront fin à leur ample politique de soutien budgétaire ? En novembre dernier déjà, une étude de Moody's prédisait une hausse des défauts de paiement à un rythme deux à trois fois supérieur à celui enregistré dans le monde avant la pandémie de Covid-19 (3,2 %). Un phénomène qui inquiète les gouvernements et banquiers centraux, même si une lecture cynique soulignerait qu'un tel mouvement nettoierait l'environnement économique des entreprises maintenues artificiellement sous perfusion depuis des années - abstraction faite des dégâts que cela causerait sur l'emploi… 

À moins au contraire que la crise n'entraîne une hausse de ces entreprises non viables, déjà fragiles avant l'épidémie et ayant bénéficié d'aides publiques lors de l'épidémie, leur permettant de subsister beaucoup plus longtemps que prévu. Les conséquences de la crise sanitaire pourraient donc être bénéfiques pour "nettoyer" le tissu économique ou au contraire néfastes pour la reprise. Tout dépendra en réalité de la durée des aides publiques aux entreprises et la façon dont les États les attribuent, de façon sélective ou sans faire de distinction entre celles qui sont solides financièrement et les autres. "La crise de la Covid-19 suscite une double crainte : à la fois d'une vague de défaillance et d'une insuffisance de défaillances. Moins la vague serait importante, plus le risque de zombification s'amplifierait", résument ainsi cinq économistes de BNP Paribas dans une note sur le sujet.

 

La situation des SNF européennes s'est globalement améliorée depuis 2008

 

Si la part des entreprises zombies cotées a sensiblement progressé depuis trente ans, étant passée de 4 % à la fin des années 1980 à 15 % en 2017 sur le plan mondial, au niveau européen la situation financière des entreprises s'est plutôt améliorée depuis 2008. Celles-ci ont donc abordé l'épidémie dans un état plutôt stable avec des taux de marge solides et des besoins de financement réduits. La crise de la Covid a malheureusement inversé cette tendance, entraînant une hausse du risque de liquidité pour les entreprises, et en particulier pour celles appartenant aux branches d'activité les plus affectées par les restrictions sanitaires (commerce, hôtellerie-restauration et transports).

"Les entreprises de ces branches d'activité pourraient donc plus que les autres faire face à un manque de liquidité, en raison de la chute brutale de leurs recettes et d'une capacité souvent limitée à ajuster leurs coûts à court terme", expliquent ainsi les équipes de BNP Paribas. "Si ces mêmes entreprises présentaient des vulnérabilités financières avant la crise, les problèmes de liquidité augmenteraient au final les risques de défauts", poursuivent-elles. Selon les estimations de la Commission européenne datant de mai 2020, entre 58 % et 75 % du manque total de liquidité en Europe se concentre sur des entreprises financièrement vulnérables, et c'est en Espagne que ce type de sociétés est le plus important.

 

Une accélération de la zombification des entreprises ?

 

Le choc de la Covid 19 sera-t-il pour autant un accélérateur de la zombification des entreprises, du fait des mesures de soutien tels que les dispositifs d'activité partielle ou les prêts garantis par l'État, qui ont permis de diminuer le risque de liquidité des entreprises européennes, même les plus fragiles ? "Difficile à ce stade de trancher", estiment les équipes de BNP Paribas avec prudence. Car les mesures de confinement exceptionnelles mises en place dans les États pour endiguer la pandémie rendent difficile de distinguer les entreprises qui souffrent de problèmes de liquidité temporaire et celles qui sont insolvables. Selon eux, tant que la situation économique ne sera pas pleinement normalisée, l'heure ne sera pas à cette distinction et au tri entre les entreprises à soutenir et les autres.

Ceux-ci plaident même pour la préservation du plus d'entreprises possible, quitte à ce que certaines d'entre elles subsistent malgré tout. "Entre le risque de zombification et le bénéfice à préserver le capital productif et humain, le second l'emporte sur le premier", concluent-ils. Car sans soutien budgétaire massif, l'effondrement économique des économies européennes aurait été encore plus marqué, et des entreprises saines et productives, faisant seulement face à des problèmes de trésorerie, auraient disparu.

C'est donc seulement en sortie de crise que l'attention devra être portée sur le niveau d'endettement des entreprises, afin d'identifier celles qui ne sont plus viables. Dans l'intervalle, les économistes recommandent aux États d'inciter les entreprises à renforcer leurs bilans (via celui de leurs fonds propres, avec la possible transformation des PGE en prêts participatifs). Et d'améliorer les procédures de redressement comme de liquidation afin de faciliter le "nettoyage", une fois la crise terminée.

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