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Feuilleton de l'été / Innovafeed / Clément Ray / agro-alimentaire / Agro-industrie / Portraits

Feuilleton de l'été
Innovafeed / Clément Ray / agro-alimentaire / Agro-industrie / Portraits

exclusif Série d’été - ces jeunes talents qui construisent la France de demain / Clément Ray, cofondateur d'Innovafeed

EXCLUSIF. Déterminé à avoir un impact positif sur le monde, cet ancien de McKinsey fut, avec ses associés, l’un des tout premiers à rendre possible la commercialisation de poissons nourris à base d’insectes. Si l’aventure Innovafeed a commencé dans la petite baignoire d’un studio parisien, la société, membre du très sélect club Next 40-French Tech 120, est désormais l’un des partenaires essentiels des plus grands leaders mondiaux de l’industrie agroalimentaire.
Clément Ray, co-fondateur d'Innovafeed (©Innovafeed)
Clément Ray, co-fondateur d'Innovafeed (©Innovafeed)

En 1976, Steve Jobs mettait au point "sa révolution" informatique dans le garage de ses parents à Los Altos. Cinquante ans plus tard, c’est dans la baignoire d’un petit appartement à Paris que Clément Ray, cofondateur d’Innovafeed, a commencé à élever, avec ses associés, des insectes destinés à la nourriture des poissons. "Nous avions zéro financement, nous disposions juste de nos économies. Nos tentatives d’élevage ont été une catastrophe absolue ", se remémore l’homme de 35 ans à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare. `

 

Une visite de Bruno Le Maire

 

Aujourd’hui, la petite start-up est devenue grande. Elle travaille avec le géant américain Cargill, l’un des acteurs les plus importants de l’agroalimentaire mais aussi avec l’industriel mondial ADM avec qui elle est en train de construire une unité de production. "Les numéros 1 et 2 du secteur", se félicite Clément Ray. L’entreprise possède deux sites de production dans le Nord de la France. Ses clients viennent du monde entier et 350 salariés ont été recrutés. Même le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, est venu visiter son site de Nesle en avril dernier. "Notre enjeu, aujourd’hui, est d’augmenter nos volumes de production pour pouvoir à terme livrer 100 000 tonnes de nutriments par an. Nous venons par ailleurs de signer pour plus d’un milliard d’euros de contrats sur 10 ans et nous pourrions, à terme, déployer notre technologie sur une dizaine de sites déjà identifiés. Le fait de connecter notre technologie à un site agro-industriel existant est un levier très fort de décarbonation du secteur", explique cet ingénieur diplômé de l’école Centrale-Supelec qui n’a pourtant pas toujours eu conscience de l’impact qu’il pouvait avoir sur la planète.

 

Comprendre le système

 

"A 18 ans, je ne me suis pas posé la question de l’homme que je voulais devenir. C’est un regret, j’aurais aimé m’interroger plus tôt sur ce que je voulais accomplir", confie-t-il.

A la fin de ses études, Clément Ray voyage et fait du stop pour se rendre en Mongolie et en Chine. Il en revient transformé. "J’étais assez révolté par le monde. Je trouvais profondément injuste que ceux qui avaient le pouvoir ne fassent rien pour changer les choses. Quand je suis rentré en France, j’ai voulu comprendre comment fonctionnait le système et comment les décisions étaient prises", explique le mathématicien.

Pour cela, il décide de faire du conseil et intègre McKinsey en 2011. "J’ai fait ça pendant 5 ans. L’objectif était de me rapprocher de là où les décisions étaient prises. J’estimais que je devais avoir cette grille de lecture pour pouvoir avoir ensuite un impact sur le monde. En revanche, je savais aussi que ce n’était pas un milieu dans lequel je souhaitais rester sur le long terme", précise-t-il.

Au sein du cabinet de conseil très proche des cercles de pouvoir, il s’investit sur des projets liés au secteur public. "Je travaillais pour la Bill et Melinda Gates Foundation, le gouvernement du Maroc, sur des projets de santé et d’éducation en Afrique. J’avais l’impression de ne pas être complètement inutile même si j’évoluais dans un monde assez déconnecté de la réalité", avoue Clément Ray.

 

Etre utile à sa génération

 

Mais quand certains auraient préféré rester dans le confort d’un emploi bien payé, lui, au contraire, ne va pas oublier la promesse qu’il s’est fait 5 ans plus tôt de s’offrir un "break" dans sa carrière. C’était cependant sans compter sur sa future associée Aude Guo, elle aussi consultante chez McKinsey et avec qui il noue rapidement des liens très forts. Avec son complice et troisième futur associé, Bastien Oggeri, ils refont le monde. "Nous avions envie d’apporter une contribution claire pour notre génération, qui résout des problématiques sur lesquelles il n’existe pas de solution. Nous étions très conscients des défis qu’exigeaient du système alimentaire et de son impact sur les émissions carbone et sur la biodiversité. Dans nos réflexions, nous nous sommes rendu compte que l’insecte avait tout sa place dans ce système et que nous pouvions avoir à court terme un impact durable sur le marché mondial", explique Clément Ray.

C’est ainsi que les trois camarades débutent leurs recherches. Ils creusent la réglementation, leur futur modèle économique de leur entreprise, les possibilités de financement, la science et les techniques d’élevage, les différentes catégories d’insectes, etc.

Début 2016 et après avoir rencontré, chacun de son côté, des dizaines de personnes aussi bien dans les banques, les laboratoires ou encore à Bruxelles, les associés se réunissent dans la maison des parents de Clément Ray dans le Sud de la France pour faire le point. "C’est là où l’aventure a commencé. Nous avons évalué les risques de nous lancer et nous avons décidé de tenter le coup", se souvient-il.

 

Des collègues qui mettent la main à la poche

 

Le lendemain, Aude Guo et lui démissionnent de chez McKinsey. "Tout a débuté dans ce petit appartement loué et en deux mois nous avions déjà réglé l’ensemble des éléments administratifs de notre structure ", poursuit Clément Ray.

Rapidement, la question du financement se pose. "Nous avons d’abord investi toutes nos économies respectives, puis nous avons gagné un appel à subvention de FranceAgriMer de 200 000 euros, ce qui nous a permis de lancer la R & D ", indique l’ingénieur. Au mois de juillet de la même année, une levée de fonds est organisée auprès d’anciens collègues qui investissent chacun près de 50 000 euros. "C’est ainsi que nous avons sécurisé environ un million d’euros auprès d’une vingtaine de business angels. Nos premiers investisseurs avaient compris que si nous avions pris le risque de démissionner, c’est que notre idée était bonne et ils nous ont suivis", précise Clément Ray.

Après l’échec de la baignoire, les trois associés se décident à s’installer dans une vraie structure. Ils intègrent alors les laboratoires de recherche du campus Genopole d’Evry- Courcouronnes. "Pour nous c’était Byzance ! Nous nous sommes installés dans des laboratoires de 500 m2. Je me souviens encore de la tête de nos voisins lorsqu’ils nous ont vus arriver avec nos deux tables Ikea et nos trois moustiquaires", sourit Clément Ray.

 

Des moustiquaires à l’Elysée

 

Autre bonne nouvelle : la réglementation européenne en la matière évolue en 2017, les instances autorisant la nourriture de poissons d’élevage à base d’insectes, ouvrant ainsi le marché. " Nous souhaitions absolument être les premiers au monde à commercialiser ces poissons et nous avons réussi à convaincre Auchan d’être les premiers à vendre des truites nourries à l’insecte ", insiste-t-il.

Seulement voilà, Innovafeed ne dispose pas encore à l’époque de site de production. "Nous n’avions ni les financements nécessaires, ni l’équipe, ni l’autorisation d’un point de vue réglementaire de construire une ferme d’élevage d’insectes à grande échelle", constate Clément Ray.

Loin de se décourager, les associés parviennent cependant à obtenir de la Communauté d’agglomération de Cambrai des fonds pour construire une première usine. "Un bâtiment que nous amortissions par le paiement de loyers. Cette opération nous a évité de débourser les 4 millions d’euros de capex nécessaires pour avoir notre propre site ", fait-il remarquer.

Côté réglementation, ils identifient un dispositif, France expérimentation, visant à favoriser des initiatives à fort impact économique. Innovafeed sera l’un des sept lauréats sur les 100 projets déposés. "Nous avions été reçus par le président de la République, François Hollande à cette occasion ", ajoute Clément Ray. En février dernier, c’est Emmanuel Macron qui les recevait pour leur remettre officiellement le label Next40-French Tech 120 (les 120 start-up françaises les plus prometteuses).

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