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Zone euro : dégringolade inédite de la demande de prêts des entreprises / Les taux d’intérêt sur le banc des accusés
Sans surprise, la politique monétaire restrictive de la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas sans effet sur le financement de l’économie. Alors que ces derniers mois, elle a justement normalisé, puis durci sa politique monétaire pour influer à la baisse sur la demande et donc sur l’inflation, l’institution de Francfort fait état, dans son enquête sur la distribution du crédit bancaire, d’un effondrement de la demande de prêt des entreprises.
Le pourcentage net de banques signalant une hausse de la demande de crédit de la part des entreprises s’est affiché à -42 % durant le deuxième trimestre (après -38 % au premier trimestre), du jamais vu depuis que la BCE a commencé à conduire cette enquête en 2003. Dans le détail, la diminution nette de la demande de prêts a été la plus forte depuis 2003 pour les PME (pourcentage net de -40 %), tandis que la baisse nette de la demande de prêts aux grandes entreprises (pourcentage net de -34 %) est restée légèrement plus limitée que pendant la crise financière mondiale.
"En outre, la diminution nette de la demande a été la plus forte depuis le début de l’enquête pour les prêts à long terme (-46 %), tandis que la demande de prêts à court terme a diminué dans une moindre mesure (-22 %), tout en restant proche du niveau historiquement bas de la crise financière mondiale", signale l’enquête.
En cause ? En premier lieu le niveau général des taux d’intérêt (puis la baisse du besoin de financement pour l’investissement fixe en second), répondent les banques interrogées. Pour mémoire, la BCE a augmenté ses taux d’intérêt directeurs de 400 points de base en un an et réduit la taille de son bilan de près de 20 % au cours de ces dix-huit derniers mois. En conséquence de quoi, alors que les sociétés non financières de la zone euro empruntaient à 1,5 % auprès des banques début 2022, le taux atteint aujourd’hui plus de 4 %.
Du côté des données en dur, la croissance annuelle des prêts aux entreprises de la zone euro a atteint 3 % en juin, soit une baisse de près de six points de pourcentage depuis son pic en octobre 2022 (8,9 %) quand la moyenne 2015-2019 (post-crise des dettes souveraines et pré-pandémie) s’établissait à 2,3 %. Attention, la tendance s’inscrit toutefois bien davantage à la baisse. En effet, le glissement annualisé sur six mois ressort à 0,3 % (taux de variation annualisé de l’encours de crédit aux entreprises entre décembre 2022 et juin 2023).
Inflexion prochaine à Francfort ?
D’après Bert Colijn, économiste senior chez ING, cette enquête montre que "les effets de resserrement de la politique monétaire sont significatifs à l’heure actuelle et se traduiront par un affaiblissement de l’investissement jusqu’à la fin de l’année 2023 ". Il ajoute que "dans cette économie déjà faible, où la croissance stagne et où les indicateurs récents sont en baisse - l’indice PMI de la zone euro pour le mois de juillet a indiqué une contraction - cela est devenu un point de débat plus important pour la BCE lors des prochaines réunions afin de déterminer la fin du cycle de hausse".
A très court terme, cela ne devrait pas peser sur la très probable décision, attendue demain, du Conseil des gouverneurs de la BCE d’augmenter de nouveau les taux d’intérêt directeurs de 25 points de base (le taux de la facilité de dépôt s’établirait alors à 3,75 %).
Toutefois, le risque augmente que "compte tenu de l’effondrement de la demande de crédit, de l’affaiblissement des indices PMI et de certains signes naissants de ralentissement de l’inflation, la BCE ne signale pas explicitement une nouvelle hausse des taux en septembre et s’oriente vers une dépendance totale à l’égard des données", anticipe Chris Hare, économiste senior chez HSBC.
Rappelons que les choix de la BCE en matière de fixation des taux d’intérêt directeurs dépendent de trois facteurs : les perspectives d’inflation compte tenu des données économiques et financières, la dynamique de l’inflation sous-jacente et la force de la transmission de la politique monétaire.
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