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Intelligence artificielle / Comité interministériel / Elisabeth Borne / Bruno Le Maire
Le gouvernement a composé son comité d’experts sur l’IA / La fine fleur française du secteur a six mois pour formuler ses propositions
Chercheurs, experts, entrepreneurs ou encore collaborateurs des Big Tech. La Première ministre Elisabeth Borne a nommé, ce mardi 19 septembre, un comité interministériel sur l’intelligence artificielle (IA). L’objectif est clair. Réunir un groupe d’une quinzaine d’acteurs clés du secteur afin qu’ils présentent, d’ici six mois, un ensemble de propositions concrètes pour venir adapter la stratégie nationale et "faire de la France un pays à la pointe de la révolution de l’intelligence artificielle", a précisé Matignon à l’occasion de l’annonce.
Sous son égide, ce comité sera piloté par le ministère de l’Economie et de Finances. Et à sa tête, Anne Bouverot, présidente du conseil d’administration de l’Ecole Normale Supérieure et docteure en IA ainsi que Philippe Aghion, économiste spécialisé dans l’innovation et professeur au Collège de France, seront chargés de le coprésider. Ces derniers seront épaulés par un bon nombre de représentants français de l’IA pour venir travailler sur trois chantiers identifiés : le renforcement des formations pour développer les talents français, l’investissement pour favoriser l’innovation française sur la scène internationale et la définition d’une régulation adaptée des différents secteurs pour protéger des dérives de cette technologie. Si celle-ci existe de longue date, elle a en revanche été propulsée sur le devant de la scène par le lancement de ChatGPT en novembre dernier. Et l’arrivée de l’IA générative - soit celle capable de reproduire les capacités cognitives humaines - dans les mains du grand public a changé la donne.
Une liste sélective
Pour tenter d’adapter les politiques du gouvernement à ce phénomène, le comité sera donc composé d’une équipe de fins connaisseurs. Il sera (entre autres) possible d’y retrouver des collaborateurs des plus grandes sociétés technologiques américaines, à l’instar de Joëlle Barral, la directrice de la recherche en IA de Google DeepMind, de Yann Le Cun, le chef de la recherche en IA chez Meta ou encore de Luc Julia, désormais directeur scientifique chez Renault mais qui auparavant œuvré chez Apple en co-concevant le bien connu assistant vocal Siri.
Au sein de ce groupe figure également le nom d’Arthur Mensch, ancien de Google et fondateur de la start-up Mistral AI, qui développe un modèle européen d’IA générative ouverte. Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes sera lui aussi de la partie, tout comme Cédric O, ancien secrétaire d’Etat au Numérique. Ou, encore, Gilles Babinet, le président du Conseil national du numérique.
C’est donc la fine fleur de l’IA et du numérique français qui a été réunie par la Première ministre Elisabeth Borne pour tenter d’analyser l’impact de cette technologie sur l’économie, la croissance, l’emploi… les sujets seront nombreux. Mais "les bouleversements technologiques et sociaux qui en découlent prouvent que la bataille pour la souveraineté passe par la maîtrise de ces algorithmes", a souligné Matignon en lançant ce comité interministériel. "Ces outils, il faut les maîtriser pour que l’on puisse s’en servir correctement. Cela fait partie de la compétitivité", a abondé Luc Julia, invité à s’exprimer sur le sujet de l’IA à l’occasion du l’évènement annuel de l’association des start-ups et VC français, France Digitale, qui s’est tenu ce mercredi.
L’utiliser à bon escient
Au sujet, par exemple, de l’impact que pourrait avoir l’IA sur les emplois, le directeur scientifique de Renault et donc membre du comité a tenu à rassurer. À nouveau, il s’agirait davantage de maîtriser la technologie plutôt que de la craindre. "L’arrivée du logiciel Photoshop n’a pas fait disparaître le métier de peintre, bien au contraire", a observé Luc Julia. "Cela a aussi permis à toute une génération de graphiste d’émerger et de proposer de nouvelles choses", a-t-il aussi commenté.
La thématique devrait en tout cas se trouver au cœur des réflexions menées par le comité. "Les enjeux sont divers, par exemple comment stimuler l’emploi grâce à l’intelligence artificielle ? Ou encore comment favoriser la mobilité sociale et la croissance ? Par ailleurs, nous nous pencherons sur la politique industrielle de l’intelligence artificielle, comment combler le déficit par rapport aux investissements américains et chinois", a de son côté avancé Philippe Aghion, co-président de ce groupement d’experts en IA.
Une stratégie déjà amorcée
Si les investissements se trouveront donc aussi au sein des problématiques explorées par les membres du comité, le gouvernement s’est toutefois d’ores et déjà penché sur ce dossier. Pour rappel, la France a entamé sa stratégie en matière d’IA en 2018, en identifiant alors les axes sur lesquels l’Hexagone devrait accélérer.
Le plan avait ainsi été doté de près d’1,5 milliard d’euros sur la période 2018-2022. Mais la technologie d’IA générative, popularisée par ChatGPT, n’avait donc pas encore été révélée. Lors de l’édition 2023 du salon d’entrepreneuriat technologique VivaTech, Emmanuel Macron avait ainsi annoncé une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros à destination de l’IA.
Celle-ci concernait cette fois la création de pôles de recherche en la matière, avec pour ambition de faire émerger deux ou trois entités à l’échelle mondiale. Puis Elisabeth Borne avait pris le relais, lors de la Rencontre des Entrepreneurs de France à la fin du mois d’août, en s’engageant alors à fonder ce comité. A noter, par ailleurs, que ces différentes initiatives françaises visant à favoriser l’innovation et la compétitivité de l’Hexagone interviennent en parallèle de la phase de négociation de l’IA Act, désormais en cours entre le Parlement, la Commission et le Conseil de l’Europe. Adopté par le Parlement européen au mois de juin dernier, ce règlement devrait quant à lui venir encadrer ces nouveaux outils à l’échelle des Vingt-Sept.
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