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Start-up / Start-up / rentabilité / Levée de fonds / Business Angel / LBO

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Start-up / rentabilité / Levée de fonds / Business Angel / LBO

Les nouveaux horizons des start-ups rentables / Rien ne sert de courir, les financements profitent encore à ceux qui sont partis à point

Financement du développement ou opérations de croissance externe pour les plus matures : les jeunes pousses françaises qui témoignent d’une croissance solide et rentable parviennent toujours à faire valoir leurs atouts, dans un environnement où les investisseurs font preuve de davantage de prudence.
© Photo by Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP
© Photo by Gabriel Sanchez / AltoPress / PhotoAlto via AFP

Exit les plans stratosphériques de développement, l’heure est à l’appréciation d’une croissance solide et régulière dans l’écosystème de la French Tech. Si les levées de fonds rythment toujours l’actualité, elles concernent des montants plus faibles pour des valorisations moins importantes, à l’exception de quelques tours de table significatifs depuis le début de l’année 2023.

Sur le podium, il y a évidemment Verkor qui se place en tête des levées de fonds depuis le début de l’année, après avoir sécurisé plus de 2 milliards d’euros en mélangeant tour de table, subventions et financement bancaire. En deuxième position, Driveco, qui a levé 250 millions d’euros au mois de mai. Si la start-up opère de fait sur le secteur stratégique (et tendance) de la décarbonation de la mobilité, plus à même d’attirer les investissements, il reste qu’elle possède une autre corde importante à son arc : celle de la rentabilité.

Une caractéristique non négligeable en ces temps où les investisseurs sont moins désireux de prendre des risques et qui se traduit aussi dans la manière dont les start-ups rentables parviennent encore à bénéficier de financements. S’il s’agissait, pour Driveco, d’une levée de fonds au format plus "classique" (auprès du gestionnaire de fonds de pension néerlandais APG), d’autres solutions s’offrent aussi aux plus petites start-ups rentables. En témoigne, par exemple, la levée de fonds de Skeat de 3 millions d’euros annoncée au mois de septembre. Pour ce spécialiste de la transformation numérique du secteur de l’hôtellerie-restauration, fondé en 2018 par Marc Sarfati, Maximilian Vigier, et Axel Marciano, cette troisième série de levée de fonds a l’intérêt de présenter un format original : elle a été réalisée exclusivement auprès de business angels. "Au début de l’année 2023, lorsque nous avons commencé à organiser cette levée de fonds, 90 % des VC’s avaient mis leurs investissements en pause. Plutôt que de perdre notre temps, nous nous sommes directement tournés vers des entrepreneurs qui, en plus de nous apporter un soutien financier, pourraient aussi nous aiguiller", explique le président-directeur général de l’entreprise, Marc Sarfati, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.

 

Témoin du sérieux du modèle

 

L’intérêt ? S’attacher les financements et les conseils de business angels reconnus dans ce secteur d’activité et plus généralement dans le monde de l’entrepreneuriat, à l’instar de Frank Zorn (Groupon ou Deskeo), Yann Evin (Gaz européen), Thomas Battistini (fondateur de la chaîne de restauration Jour), Pascal Petit (Thynk ou Serena) ou encore Maxime Peribere (Accessite). Une preuve de confiance témoignant aussi du sérieux de la trajectoire de la société, qui sans s’appuyer sur un modèle d’hyper-croissance s’est développée au travers d’associations stratégiques ayant fait leurs preuves sur le long terme. "La rentabilité vient d’un parti pris, mais aussi d’une réalité. Lorsque nous avons démarré, nous n’avions pas accès aux importantes levées de fonds. Nous avons donc choisi de nous appuyer sur des partenariats stratégiques. Aujourd’hui, nous comptons parmi nos clients des poids lourds du secteur comme Accor, Partouche ou Paris Society. Après des années de croissance régulière et avoir franchi le cap de la rentabilité, cette troisième levée de fonds auprès de business angels aguerris et connaisseurs de notre secteur confirme la pertinence de notre modèle d’affaires. Notre faiblesse d’avant est en quelque sorte devenue notre force aujourd’hui", ajoute Marc Sarfati.

De quoi pousser ces business angels à financer le développement de la société, dont les rentrées financières et la visibilité sont assurées. "Nos revenus proviennent d’un abonnement de nos sociétés clientes, qui utilisent notre technologie et nous touchons également une commission sur les transactions réalisées au travers de nos QR codes", nous fait remarquer Maximilian Vigier, directeur des opérations de Skeat. De fait, entre la technologie des QR codes qui permet aux restaurateurs et hôteliers de gagner du temps sur certaines tâches répétitives (paiement de l’addition ou distribution des menus, par exemple) et l’accompagnement sur la stratégie numérique des établissements utilisant leur technologie, qui s’adapte aux problématiques de chaque client, le modèle est désormais bien rodé. "La croissance n’est plus ce qui importe en premier plan. Ce sont désormais les chiffres, point de vente par point de vente, ce que nous apportons en fait en surplus de croissance et de bien-être aux salariés. Cela fait six ans que nous investissons dans la Tech, ces fonds serviront plus particulièrement à nous développer sur le plan commercial. Nos modèles sont sur mesure et puisque nous fournissons un réel travail d’accompagnement numérique à nos clients, nous nous attachons aussi à les choisir", poursuit-il.

S’il s’agit ici d’un financement visant à développer l’activité, les start-ups qui font preuve de rentabilité et dont les objectifs se portent désormais sur de la croissance externe se voient également être éligibles à un autre type d’opération, de plus en plus en vogue dans la French Tech : celui des leveraged buy-out (LBO), ou achat avec effet de levier. En clair, cette opération consiste en un montage financier, permettant de procéder au rachat d’une entreprise cible en ayant recours à de l’endettement. Et puisque la dette se rembourse au travers des résultats de l’entreprise acquise, encore faut-il que celle-ci dégage des profits. "Les start-ups éligibles sont celles qui sont rentables et qui témoignent d’une croissance certaine, avec des objectifs d’acquisitions ciblés", explique à WanSquare Fabien Billet, avocat associé et fondateur du cabinet Walter Billet Avocat, en charge de la practice private equity.

 

Des vertus pour les élus

 

Une aubaine de financement pour les start-ups rentables les plus matures ayant donc des cibles en vue et qui apparaît intéressante pour plusieurs des parties prenantes. "Il s’agit surtout d’une solution de financement intermédiaire avant une sortie vers un industriel. À la différence d’une levée fonds, il y a un volet de cash out dans les opérations de LBO : les fondateurs ou une partie des actionnaires y cèdent des titres", rappelle l’avocat.

Si les LBO n’ont pas toujours été monnaie courante dans la French Tech, l’avocat observe néanmoins que ce type d’opération gagne en popularité dans l’écosystème. Et pour cause : "Il y a plusieurs vertus aux LBO. D’une part, cela peut permettre à des fondateurs de sociétés en croissance et disposant d’un bilan solide de réaliser une partie de leur patrimoine. D’autre part, cela peut aussi permettre de restructurer l’actionnariat d’une société, et permettre à des investisseurs de sortir quand leurs objectifs de temps et de multiples sont atteints et de les remplacer par de nouveaux investisseurs pour un nouveau projet de développement", souligne Fabien Billet.

Ironie du sort, les start-ups qui participent à ce type d’opération ne sont pas forcément celles qui se sont illustrées sur des levées de fonds massives. De fait, la question de la rentabilité se pose logiquement plus vite lorsque des capitaux abondants ne permettent pas de financer une hyper-croissance. "Il est intéressant d’observer que les start-ups qui réussissent à faire des LBO n’ont pas forcément beaucoup levé en equity. Les sociétés qui n’avaient pas recours à des augmentations de capital importantes ont dû atteindre rapidement le seuil de rentabilité. Aujourd’hui, une partie d’entre elles sont éligibles à des opérations parfois très intéressantes", conclut Fabien Billet.

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