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Actionnariat et coentreprise : Stellantis se lie avec le constructeur chinois Leapmotor / Après avoir semé des indices, Carlos Tavares prend un virage stratégique

Alors que le directeur général de Stellantis affichait jusqu’ici une méfiance à l’égard des constructeurs automobiles chinois et de l’impact que leurs méthodes de production, moins onéreuses, pourraient avoir sur les ambitions de réindustrialisation de l’Europe, il semblerait finalement que l’offensive électrique du groupe se réalisera aussi grâce à l’un d’entre eux. Au travers d'un investissement d'1,5 milliard d'euros et de la création d'un coentreprise, Stellantis développera la présence de Leapmotor sur ses principaux marchés en dehors de l'Amérique du Nord. 
Carlos Tavares et Zhu Jiangming (© Stellantis)
Carlos Tavares et Zhu Jiangming (© Stellantis)

L’Europe tente tant bien que mal d’organiser sa riposte, en matière de mobilité électrique : contre des Etats-Unis où l’Inflation Reduction Act (IRA) attire les constructeurs, ainsi qu'à l'égard d'une Chine ayant pris une longueur d’avance industrielle et, pour qui, le Vieux continent représente un terrain de jeu commercial séduisant. C’est dans ce contexte que Stellantis a annoncé la semaine dernière avoir conclu un accord en vue de devenir actionnaire stratégique du constructeur chinois de véhicules à énergie nouvelle, Leapmotor.

Une annonce presque surprenante, dans le sens où le directeur général du groupe franco-italo-américain Carlos Tavares avait jusqu’ici plutôt l’habitude de faire preuve d’une certaine défiance à l’égard des constructeurs automobiles chinois, arguant à plusieurs reprises que les offres en provenance de l’Empire du milieu en matière de véhicules électriques étaient certes attractives, mais qu’elles s’affichaient en contradiction vis-à-vis de l’ambition de réindustrialiser l’Europe. En cause, une structure de coûts chinoise plus compétitive, qui place les constructeurs européens dans une situation désavantageuse par rapport à leurs concurrents qui peuvent importer leurs produits sur le marché européen.

 

Utiliser les mêmes armes

 

Un retournement de situation ? Peut-être pas tant que cela, puisque déjà cet été, en marge des résultats semestriels du groupe, Carlos Tavares s’était exprimé sur le plateau de France Inter en ouvrant la voie à ce type de collaboration. L’une des solutions aux structures de coût bien inférieures en Chine serait "de ne pas être dogmatique : si nous avons à faire face à des constructeurs qui ont un avantage coût de 25 %, l’une des manières de lutter, c’est d’utiliser les mêmes armes qu’eux, donc ne pas hésiter à recourir aux partenariats stratégiques, y compris en Europe, pour obtenir des coûts plus compétitifs et pouvoir faire face à cette invasion. Dans tous les cas, si on ne s’en donne pas les moyens, d’une manière ou d’une autre, la société européenne en pâtira", avait-il ainsi soutenu au mois de juillet.

L’annonce de ce nouveau partenariat semble donc s’inscrire dans cette logique. Dans le détail, l’opération s’est organisée autour d’un investissement prévu à 1,5 milliard d’euros, offrant au groupe franco-italo-américain environ 20 % du capital de son partenaire et deux sièges sur neuf à son conseil d’administration. Également, la création d’une coentreprise baptisée Leapmotor International a été actée. Celle-ci sera gérée à hauteur de 51 % par Stellantis, qui en désignera le président-directeur général. Cette société détiendra les droits exclusifs de fabrication, d’exportation et de vente des produits Leapmotor en dehors de la Chine. Les premières livraisons devraient intervenir au cours du second semestre de 2024. "Ce partenariat a un double objectif : d’une part stimuler davantage les ventes de Leapmotor en Chine, le plus important marché mondial, et d’autre part utiliser la présence commerciale internationale de Stellantis pour accélérer de manière significative les ventes de la marque Leapmotor dans d’autres régions, en commençant par l’Europe", a précisé le groupe né de la fusion Fiat-PSA à l’occasion de l’annonce. Les deux constructeurs ont par ailleurs indiqué étudier la possibilité d’étudier d’autres zones de coopération afin d’étendre davantage les synergies.

 

Avantages financiers, stratégiques et technologiques

 

Outre cela, la transaction apparaît aussi avantageuse pour Stellantis d’un point de vue financier. Chez Oddo BHF, on relève par exemple une transaction permettant de répondre à de nombreux enjeux stratégiques d’importance pour le groupe, à un prix somme toute raisonnable. "Rappelons que la liquidité nette industrielle du constructeur devrait approcher 30 milliards d’euros 2023", a fait valoir le bureau d’études. La somme d’1,5 milliard d’euros déboursés dans le cadre de cette prise de participation apparaît donc mesurée. Mais surtout, ce nouveau partenariat devrait permettre à Stellantis de résoudre plusieurs problématiques. Le groupe est en effet relativement absent du marché domestique chinois, pourtant le premier mondial, où il lui sera plus facile d’exister au travers de Leapmotor International plutôt que de le faire seul. Reste que l’accord prévoit donc aussi que le groupe aux quatorze marques développera la présence du constructeur automobile chinois sur ses principaux marchés en dehors de l’Amérique du Nord, soit l’Europe, l’Amérique du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. "Il trouve ici une réponse à l’offensive attendue des constructeurs chinois dans les années à venir et rajoute une corde à son arc", estime Oddo BHF.

Sur le plan technologique, également, la proximité avec Leapmotor permettra de procéder à un partage de savoir-faire, avec des bénéfices qui profiteront à l’ensemble du groupe. De quoi s’aligner sur plusieurs des objectifs du plan stratégique de Stellantis, "Dare Forward 2030". Il prévoit à cet horizon que les ventes de véhicules électriques représenteront l’intégralité des ventes en Europe et la moitié du mix aux États-Unis. Alors le groupe investit : il a par exemple conclu un partenariat à 10 milliards d’euros, au mois de juillet, avec des fabricants de semi-conducteurs afin de sécuriser l’approvisionnement dans ces composants essentiels à l’autonomie des véhicules électriques. Les 100 millions de dollars déployés dans un projet de site de production de lithium géothermique à la fin du mois d’août, qui rendront ses véhicules électriques produits sur le territoire éligibles à l’IRA américain. Côté Europe et sur le reste des zones d’activités du groupe, il semble donc que l’offensive électrique se préparera aussi à plusieurs.

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