WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Politique économique / Medef / Patrick Martin / Politique économique / PLF 2025 / fiscalité / Compétitivité / Inflation Reduction Act

Politique économique
Medef / Patrick Martin / Politique économique / PLF 2025 / fiscalité / Compétitivité / Inflation Reduction Act

Les négociations sur le futur projet de loi de finances pour 2025 s’annoncent d’ores et déjà tendues / La mise en garde de Patrick Martin

Auditionné par les membres de la Commission des affaires économiques du Sénat, le président du Medef a dressé un panorama plutôt alarmant de l’environnement économique dans lequel évoluent actuellement les entreprises françaises. Et selon lui, les discussions menées avec Bercy dans le cadre du futur projet de loi de finances pour 2025 ont déjà de quoi perturber les entreprises dans leurs futures décisions d’investissement.
Patrick Martin, président du Medef (Photo by Miguel MEDINA / POOL / AFP)
Patrick Martin, président du Medef (Photo by Miguel MEDINA / POOL / AFP)

Les presque huit heures de vol qui séparent Paris d’Ottawa risquent de sembler longues au Premier ministre, Gabriel Attal. Le locataire de Matignon s’est en effet envolé ce mercredi après-midi pour le Canada, emmenant avec lui le président du Medef, Patrick Martin. Or, ce dernier, après une quasi-nuit blanche à tenter de négocier avec les syndicats sur l’emploi des seniors - des négociations qui se sont soldées par un échec qui redonne la main au gouvernement sur l’assurance chômage, une mauvaise nouvelle pour le président du Medef -, n’a pas mâché ses mots devant les membres de la Commission des affaires économiques du Sénat qui l’auditionnait ce matin, se montrant même alarmiste.

 

Une croissance 2024 sujette à caution

 

"Nous sommes entre deux eaux et la pente est plutôt déclinante. Sans que cela soit encore catastrophique, la conjoncture se dégrade", a-t-il prévenu, parlant de secteurs dans des situations économiques diamétralement opposées. "D’un côté, l’aéronautique est en surchauffe avec des problèmes d’approvisionnement. J’aborderai d’ailleurs ce sujet avec le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, et notamment les difficultés d’Airbus à se fournir en titane. À l’autre extrémité du spectre, la situation est critique pour toute la filière construction, de l’amont industriel aux métiers de services comme les agences immobilières ", a expliqué Patrick Martin.

Et le président du Medef de dresser un tableau pessimiste de la conjoncture économique : "Les ventes de véhicules sont en baisse de 20 % par rapport à 2019. La reprise de la consommation alimentaire se fait toujours attendre. L’intérim a chuté de 8 % au premier trimestre tandis que les investissements privés diminuent depuis le dernier trimestre 2023", a-t-il détaillé. Selon lui, "les perspectives de croissance pour 2024 sont sujettes à caution ".

 

Choose France ne fait pas tout

 

D’autant qu’à cela s’ajoutent des taux d’intérêt qui peinent à être revus à la baisse. "Nous pensons que la BCE se trompe de diagnostic en maintenant les niveaux de ses taux directeurs. Or, plus vite une baisse interviendra et mieux l’investissement privé se portera", a estimé Patrick Martin. Sans oublier le contexte international qu’il juge défavorable à la compétitivité des entreprises françaises. "Sur le moyen et le long terme, le prix de l’énergie aux États-Unis reste trois fois inférieur à ce qu’il est en France. Notre pays ne se donne pas de visibilité à travers une loi de programmation de l’énergie. La tarification d’EDF manque pour l’instant de clarté et quand bien même les entreprises électro-intensives obtiendraient des tarifs favorables, ceux-ci seront toujours supérieurs à ceux de leurs concurrents américains. Par ailleurs, Joe Biden vient d’annoncer vouloir porter à 1 000 milliards de dollars le programme Inflation Reduction Act (IRA) en faveur de la réindustrialisation américaine, au lieu des 470 milliards d’euros initialement prévus. De quoi donner envie aux sociétés françaises, comme par exemple dans le secteur de la chimie, de basculer vers les États-Unis pour démarrer leurs projets de production industrielle ", a alerté le patron des patrons.

Au lieu de cela en France, selon lui, "l’on se focalise sur les investissements étrangers alors que certaines entreprises industrielles sont menacées. A ce jour, nous ne sommes pas en train de réindustrialiser le pays. Attention à ce que les investissements étrangers ne soient pas les arbres qui cachent la forêt. La réindustrialisation ne se résume pas à ‘Choose France' ’", a-t-il lancé.

 

Attention au signal envoyé

 

Pire, l’incertitude fiscale persiste pour Patrick Martin. "Malgré tout le travail accompli par le gouvernement pour réduire les charges qui pèsent sur les entreprises depuis 2017, les prélèvements obligatoires en France restent les deuxièmes plus élevés au monde. Nous avons besoin de cohérence pour tenir la trajectoire de décarbonation, rester compétitifs, maintenir et créer des emplois, augmenter les salaires. Or, le flou autour de la trajectoire de baisse de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) qui devrait être, selon nos informations, interrompue voire au moins suspendue en 2025, tout comme les allègements de charges sur les salaires de 2,5 à 3,5 SMIC, sont très perturbants ", a-t-il souligné.

Autant de mauvais signaux envoyés aux industriels qui ne seraient pas sans conséquence. "Le manque de prévisibilité et de stabilité pèse sur les décisions d’investissements et de recrutements des entreprises", a-t-il alerté.

Concernant le crédit impôt recherche, s’il a reconnu que des "effets d’aubaine avaient pu exister ", il a appelé à conserver le dispositif. Même constat s’agissant du pacte Dutreil qui a, selon lui, "très largement contribué à enrayer le rachat d’entreprises familiales françaises par des acteurs étrangers". "Le pacte Dutreil est un bien précieux. Or, nos discussions avec Bercy sur une potentielle réforme du dispositif sont elles aussi assez préoccupantes ", a-t-il déclaré.

 

Un automne sous haute tension

 

Interrogé sur le futur projet de loi de simplification, le président du Medef n’a pas hésité à blâmer l’exécutif. "Ce serait bien que les lois, quand elles existent, s’appliquent. La loi sur le partage de la valeur, issue de l’accord national interprofessionnel que nous avons conclu avec les syndicats, date du 29 novembre dernier. À ce jour aucun décret d’application n’a été pris. Il serait intéressant de passer des intentions aux actes", a fait remarquer Patrick Martin.

Ne souhaitant toutefois pas "passer pour le cœur des pleureuses", le patron du Medef a prévenu : "S’il semble qu’un budget rectificatif ne soit pas à l’ordre du jour, nous savons que nous allons avoir des discussions tendues dans le cadre prochain du projet de loi de finances et du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2025", a-t-il déclaré aux sénateurs.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article