Macro-économie / Taux / Etats-Unis / note souveraine / Moody's
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Moody’s menace le triple A des États-Unis / Il est placé sous perspective négative
La note financière des États-Unis connaît décidément une mauvaise passe. Alors que Fitch Ratings a décidé de la dégrader d’un cran (de AAA à AA +) en août, Moody’s vient de placer le AAA de l’Oncle Sam sous perspective négative. S & P Global Ratings avait quant à elle retiré le triple A aux États-Unis en 2011. La principale raison du changement de perspective à négative s’explique par le fait que "les risques de détérioration de la solidité budgétaire des États-Unis ont augmenté et pourraient ne plus être entièrement compensés par les atouts uniques de l’État souverain en matière de crédit ", souligne l’agence de notation américaine.
Dans un contexte de taux d’intérêt plus élevés, sans mesures budgétaires efficaces pour réduire les dépenses publiques ou augmenter les recettes, Moody’s s’attend à ce que les déficits budgétaires des États-Unis restent très importants, ce qui augmentera "considérablement le coût de la dette". Alors que les déficits budgétaires ont atteint en moyenne 3,5 % du PIB entre 2015 et 2019, l’agence de notation anticipe qu’il s’établira aux alentours de 6 % du PIB à court terme et d’environ 8 % d’ici 2033 du fait des dépenses liées au vieillissement de la population et à la charge d’intérêts.
Pour mémoire, dans le cadre de sa lutte contre une inflation dont l’ampleur s’est montrée inédite en quarante ans, la Réserve fédérale américaine (Fed) a augmenté ses taux d’intérêt de 525 points de base depuis mars 2022, ce qui a généré une hausse de plusieurs centaines de points de base du coût auquel se financent les États-Unis. Le taux d’intérêt américain à dix ans a progressé de 3 points de pourcentage depuis début 2022 pour s’établir à 4,70 %.
De sorte que Moody’s s’attend à ce que les charges d’intérêts en proportion des recettes fiscales et du Produit intérieur brut (PIB) passent de 9,7 % et 1,9 % en 2022 à environ 26 % et 4,5 % d’ici 2033. Lors de l’exercice fiscal 2023 (octobre 2022 – septembre 2023), les charges d’intérêts se sont élevées à 711 milliards de dollars, soit une augmentation d’un tiers sur un an, mais elles sont le reflet d’un monde passé. En effet, en rythme annualisé, elles se sont affichées à 980 milliards de dollars lors du troisième trimestre 2023.
Le jugement de Moody’s se nourrit aussi de la polarisation politique dont sont victimes les États-Unis. "Alors que la solidité des finances publiques s’affaiblit, le risque augmente que les divisions politiques limitent encore l’efficacité de l’élaboration des politiques en empêchant la prise de mesures qui ralentiraient la détérioration de l’accessibilité de la dette", souligne l’agence. "Ces éléments soulignent le risque politique croissant qui pèse sur la situation budgétaire des États-Unis et sur leur profil de crédit souverain global", ajoute-t-elle.
Les négociations interminables entre Républicains et Démocrates au premier semestre pour que soit trouvé un accord sur le plafond de la dette publique américaine sont l’un des éléments illustrant cette polarisation politique. L’on peut également citer : la première destitution d’un président de la Chambre des représentants dans l’histoire des États-Unis, l’incapacité prolongée du Congrès à choisir un nouveau président de la Chambre des représentants et les menaces accrues d’une nouvelle fermeture partielle du gouvernement en raison de l’incapacité du Congrès à se mettre d’accord sur les crédits budgétaires.
Il n’en fallait pas plus pour que, dans la foulée de la publication de Moody’s, la porte-parole de la Maison Blanche, Karine Jean-Pierre, déclare que l’abaissement de la perspective était "une nouvelle conséquence de l’extrémisme et du dysfonctionnement des Républicains au Congrès".
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